Twinkle

Cruels préjugés de la société envers ses enfants...

Shoko, jeune traductrice spécialisée en italien, est confrontée à un grave problème d’alcoolisme... Mutsuki, docteur en médecine trentenaire, entretient une relation avec un jeune étudiant, Kon... Aux yeux de la société, Shoko a dépassé l’âge correct pour se marier, quant à Mutsuki, sa liaison doit être passée sous silence. Leurs parents respectifs conviennent alors d’un mariage arrangé, pour "sauver les apparences". La jeune femme qui prend son rôle très à cœur va tout tenter pour faire plaisir à "son mari", allant jusqu’à accepter son jeune amant dans leur maison...

Kira Kira Hikaru traite d’un sujet délicat, qui en englobe plusieurs : la perception de l’individu par l’ensemble de la société. Shoko, trente ans, toujours pas mariée, est alcoolique... l’image de la femme japonaise telle qu’elle "doit" être en prend un sacré coup ! Et ça, la société bien pensante n’aime pas, et ne le conçoit pas. A partir de cet instant, tout ne va être que mensonges. La discussion ? Non, mieux vaut occulter le problème comme s’il s’agissait d’une mauvaise crise d’adolescence qui va passer. Se cacher derrière des images d’Epinal est d’autant plus simple... Cette politique de l’autruche est d’autant plus grave qu’il s’agit de la vie d’autrui... Autre "problème", Mutsuki. Mutsuki a une situation, et ça, c’est très bien vu, d’autant plus qu’il est médecin... "mais", il est homosexuel... Difficile pour ces deux êtres de vivre de manière épanouie dans ce monde qui assurément, n’est pas le leur...

...Ils acceptent donc l’exercice du mariage arrangé, sans savoir au départ, ni pour l’un ni pour l’autre ce qui les a mis dans cette situation. Mais les tabous n’ont pas lieu d’être entre eux deux, et dès le départ ils vont "s’avouer" leurs secrets. Dès lors, une sorte de complicité va s’installer entre eux... une complicité toute relative dans un premier temps. Shoko ne s’épanouit que dans son travail, mais son problème lié à l’alcool ne s’arrange pas. Seule toute la journée, elle se noie dans la boisson et désespère de ne pas être aimée... Qu’à cela ne tienne ! Puisqu’elle n’a pas ce qu’elle désire, elle ira le chercher, afin de satisfaire les autres. Shoko va alors rencontrer Kon, le jeune amant de Mutsuki. Kon est buté, et ne veut pas entendre parler de la jeune femme... malgré tout, à force de persévérance, elle va finalement parvenir à le faire venir chez eux. La réaction de Mutsuki n’est pas celle qu’elle espérait...

...Si le couple poursuit cette cohabitation bon gré malgré, le regard réprobateur et inquisiteur de la société va à nouveau se poser sur eux ; comment se fait il qu’un couple n’ait pas d’enfants ?!... Shoko va commencer à se poser des questions (en rapport à sa vie et ses attentes), et va s’enfoncer dans une spirale effrayante d’où il est difficile de s’extraire seule...

Le principal attrait de la jeune femme, est de vouloir le bonheur des autres avant le sien. Lors d’une séance chez le médecin, une idée folle et poétique va lui traverser l’esprit... avoir un enfant avec les deux hommes qui "partagent" sa vie... mais comme toujours, les a priori et le politiquement correct la rattrapent...

Deuxième long-métrage réalisé par Jôji Matsuoka (il tourne entre 1981 et 1987 deux moyens-métrages en 8mm et un court en 16mm, tout en écrivant des scripts de pinku et porno, dont le "fameux" Lesbian Harem [1] - Rezubian Hâremu - en 87), Kira Kira Hikaru est l’adaptation du roman homonyme écrit en 1991 par Kaori Ekuni. Après avoir "découvert" Tadanobu Asano dans son premier film (Bataashi Jingyo /1990), et juste avant de revisiter le mythe d’Hanako (Toire no Hanako-san /1995), Matsuoka tente de décrypter la société nippone contemporaine... il y parvient d’une certaine manière, qui n’est d’ailleurs peut être pas la plus attendue. Le côté réaliste et dramatique de la situation est bien là, mais un certain onirisme ponctue les séquences, dans des voyages nocturnes muets de toute parole - ce qui confère au film une sorte d’univers étrange, à mi-chemin entre l’étude sociétale et le conte...

...et là où Jôji Matsuoka fait fort, c’est dans le choix de son actrice principale : Hiroko Yakushimaru (Tonda Couple, Satomi Hakkenden). S’il y a bien une actrice qui incarne une certaine pureté aux yeux des Japonais, c’est elle ! Matsuoka, en la choisissant prend un pari risqué... mais réussi ! L’ex-égérie de la Kadokawa donne ici une prestation forte mais tout en finesse... A ses côtés l’excellent Etsushi Toyokawa (Kizudarake no Tenshi, Dog Star) dans l’un de ses tout premiers films (le cinquième pour être exact), et un Michitaka Tsutsui (Shikoku, KT) âgé d’à peine vingt-et-un ans.

Les préjugés sont forts dans la société actuelle, qui plus est au Japon... Matsuoka en tire malgré tout un joli bilan, quelque peu désabusé mais emprunt d’espoir, qui prouve une fois de plus que l’amour est le sentiment le plus pur qui soit.

Kuro | 17.04.2003 | Japon

Au Japon en VHS.

VCD (HK) | Panorama Entertainment | Au format [1:85], en japonais (stéréo), avec sous-titres chinois et anglais imposés | Le pressage en lui-même est... infâme ! Panorama* tente peut être de rivaliser avec Ocean Shores ?... en tous cas, le VCD de Kira Kira Hikaru a le mérite d’avoir été pressé par le rectum, et ça, c’est déjà pas mal ! [Le rectum compresse les déchets qui sont expulsés par l’anus.]

*à la décharge de Panorama, je tiens à préciser que ce VCD a près de dix ans.

[1Réalisé par Tomohaki Hosoyama, à qui l’on doit notamment les adaptations live de Otenki Onêsan (Weather Girl) avec Kei Mizutani, puis Misa Aika, dans le rôle titre.

aka きらきらひかる - Kira Kira Hikaru | Japon | 1992 | Un film de Jôji Matsuoka | D’après le roman écrit par Kaori Ekuni | Avec Hiroko Yakushimaru, Etsushi Toyokawa, Michitaka Tsutsui, Mariko Kaga, Masahiko Tsugawa, Kai Ato, Yusuke Kawazu, Yukio Ninagawa, Satoko Oshima, Kumiko Tsuchiya, Hatsuo Yamaya
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