Typhoon

Un bateau américain est pris d’assaut par des pirates thaïlandais sous le commandement de Sin, ressortissant nord-coréen. Les mercenaires ne laissent personne en vie, et Sin quitte le navire avec une cargaison inhabituelle : 12 kits de guidage pour missiles nucléaires, convoyés par les USA vers le Japon, fabriqués en secret à Taiwan en enfreignant les accords passés avec la Russie. Une crise en devenir, si le monde apprenait leur existence... Le gouvernement sud-coréen décide de mettre la main sur Sin, en dépit des recommandations américaines et japonaises de ne pas intervenir ; il se pourrait bien après tout, qu’un missile soit pointé sur la péninsule coréenne. Pour mener cette mission secrète à bien, il faut éviter Interpol où le risque de fuite d’informations est trop grand ; par conséquent il faut recruter quelqu’un d’extérieur à la cellule présidentielle. Un homme de la marine, avec une expérience commando, sans famille ou presque, et dont la disparition ne ferait pas de vagues. L’honneur échoue à Kang Se-jong, major de l’école navale qui accepte fièrement la mission. La traque peut commencer... Trouver la réelle identité de Sin pour comprendre ses motivations - les systèmes de guidage ne sont qu’une monnaie d’échange avec des traffiquants russes pour obtenir ce qu’il convoite vraiment - et lui tendre un piège émotionnel, sera pour notre héros la première étape d’une chasse qui le conduira au coeur d’une tourmente, politique, identitaire et climatique...

Kwak Kyung-taek, réalisateur de Friend et Champion, s’attaque avec Typhoon - à l’époque nouveau record de budget pour l’industrie cinématographique sud-coréenne - au blockbuster politico-mélodramatique sur fond de Corées divisées. Un film maintes fois tourné au cours des dernières années, traumatisme fondateur oblige, dont la trame du « frères, oui, mais dans une autre vie » commence à sentir le réchauffé. Typhoon, notamment pour justifier son titre, s’éfforce tout de même de se démarquer de ses nombreux semblables. Quant à savoir s’il y parvient vraiment...

En dépit du succès international de Friend, j’ai toujours trouvé que la première des œuvres « remarquées » de Kwak Kyung-taek était quelque peu surestimée. Trop morcelé dans son écriture trans-générationnelle, Friend est une épopée brutale mais sans véritable consistence ni inertie, qui survole à force de vouloir trop embrasser. Typhoon fait malheureusement rapidement face au même écueil... Pourtant le film démarre de façon intéressante, même si le patriotisme incarné par Lee « baby face » Jeong-jae manque singulièrement de profondeur et d’ambiguïté - sans doute pour mieux insister par la suite sur les doutes identitaires du personnage. Le film culmine assez rapidement avec la rencontre entre Kang Se-jong et Sin, fruit d’un hasard provoqué. Dans cet instant brillamment écrit, Typhoon acquiert l’inertie inhérente à la naissance d’une adversité, à laquelle il ne saura toutefois pas s’accrocher. Désireux d’englober une fois de plus plusieurs époques pour construire la colère de Sin - un sobriquet pertinent, puisqu’il est le véritable « pêché » historique des deux Corées, qui l’ont rejeté, lui et sa famille - Kwak Kyung-taek accorde trop d’importance au vecteur mélodramatique incarné par la sœur malade du terroriste, et oublie de développer l’enfance entraperçue de Sin chez les pirates qui l’ont recueilli, et qui ont certainement participé à façonner sa haine et sa violence. Une halte émotionnelle bancale et trop marquée, qui, non contente de briser le rythme du film, va de plus sonner le glas de la personnalité déjà timide de Kang Se-jong, dont il est difficile d’admettre qu’il ressente si subitement une véritable émotion pour la « victime » Sin, alors qu’il vient d’abattre sous ses yeux, plusieurs de ses collègues...

Film d’espionnage, film d’action et enfin film catastrophe avorté (le final se déroule au cœur d’un cyclone !), Typhoon veut tellement rapprocher ses incarnations des deux Corées, que le duel ne parvient plus à affirmer ni réalité ni nécessité, Sin comme Kang Se-jong n’ayant aucune envie véritable de s’affronter. Si la fin est spectaculaire, elle est donc dénuée d’attachement ; d’autant que Jang Dong-Kun écrase, de sa remarquable présence, un Lee Jeong-jae que l’on a connu moins terne. Reste que l’ensemble est très bien filmé, que certaines séquences - comme le combat final au cœur du bateau en flammes - sont visuellement étincellantes - et que l’ambition globale de traiter cette histoire classique de façon différente est louable. Dommage que dans ses derniers plans, qui renvoient explicitement à la construction du cliché fondateur de JSA, Typhoon achève de réduire l’intérêt du personnage de Kang Se-jong à celui de simple spectateur, et donc de perdre définitivement de vue l’affrontement esquissé une heure et demie auparavant, qui aurait tout de même constitué un divertissement plus solide.

Akatomy | 12.05.2007 | Corée du Sud

Typhoon sortira en édition double DVD en France sous la bannière de CTV International, le 16 mai 2007. Le pressage du film est magnifique, et la piste 5.1 coréenne est d’une puissance redoutable. Remerciements à Pierre Bouyer et à CTV International.

aka Taepung | Corée du Sud | 2005 | Un film de Kwak Kyung-taek | Avec Lee Jeong-jae, Jang Dong-Kun, Lee Mi-Yeon, Kim Seon-Kyung, Pantanaunkul Chatthapong, Son Byeong-Wuk
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