Un homme, un vrai

Si vous aimez la mer, la montagne, la campagne et la ville, si vous appréciez les histoires sérieuses et les aventures loufoques, les brun(e)s et les blond(e)s, les vraies existences et les faux-semblants, les hommes qui aiment les femmes, les femmes qui aiment les hommes, les femmes qui aiment les femmes, les hommes qui aiment les hommes et surtout les coqs de bruyère, alors, Un homme, un vrai est fait pour vous. Chacun peut y trouver son compte ? Ah oui, tiens, je n’y avais pas pensé. C’est que le nouveau film des frères Larrieu est un petit condensé de vie. "Une vie moins ordinaire" peut-être (quoique) que celles de la multitude, mais qui garde des vraies attaches avec la réalité. Après tout, toute histoire d’amour n’est-elle pas, pour ceux qui la vivent, extraordinaire ?

Boris, réalisateur dont aucun des courts métrages n’a pour l’instant trouvé preneur, s’est lancé dans la réalisation d’un (très) long métrage : le récit, sous la forme d’une comédie musicale, de son histoire d’amour avec Josepha. Ce thème lui tient tellement à cœur que, lorsqu’il décroche un contrat de film d’entreprise pour une société de télémarketing, il adapte le même concept, jouant le rôle principal masculin de cette petite œuvre et prenant pour partenaire une jeune femme, Marilyne, "qui est passée devant l’objectif et a accroché l’œil de la caméra". Le film ne plaît pas du tout au président de la société, qui renvoie Boris à ses travaux personnels. Par contre, Maryline a beaucoup aimé et, sur un coup de tête, l’invite à la soirée qu’elle a organisée le soir même. Devant les invités, Boris et Maryline jouent à être amoureux... et le deviennent.

Cette première partie du film est la plus réjouissante, la plus décalée, la plus jouissive, passant du film classique à la comédie musicale (la mise en abyme du tout début est un pur moment de bonheur), campant dès l’abord les personnages : Boris, artiste un peu maudit, sans force de conviction, un peu résigné ; Maryline femme de tête, entreprenante et plutôt sûre d’elle. Une image de couple un peu renversée par rapport à l’imagerie classique, mais qui n’est pas sans ressembler à nombre de situations actuelles.

Quand on retrouve Boris et Maryline cinq ans plus tard, c’est elle qui travaille et paie les factures, tandis que lui, toujours dans sa pose d’auteur maudit, reste à la maison, s’occupe de leurs deux enfants et tente, tant bien que mal, de faire avancer son scénario. Quant Maryline annonce qu’elle doit à nouveau partir à Ibiza pour affaires, la crise de nerfs est proche.

Le reste du film est à l’avenant : rebondissements tragiques et comiques, destins croisés, séparations, retrouvailles fortuites (?), évolution des caractères, recherche du bonheur et révélation finale ; tout est dans cette jolie histoire pour tout à la fois passer un bon moment et réfléchir sur l’évolution de la société, des rôles respectifs attribués à l’homme et à la femme. Enfin, ça, c’est si on veut se creuser un peu la tête. On peut aussi se contenter (largement) d’apprécier une réalisation très fine, des acteurs très intéressants (notez les transformations physiques à chaque changement d’époque et de phase de l’histoire), et une musique, signée Philippe Katerine, qui colle aux images et donne leur relief aux scènes chantées.

Un petit bijou plein de charme bon pour le moral.

Lester D. Shapp | 5.06.2003 | Hors-Asie

Un homme, un vrai est sorti sur les écrans français le 28 mai 2003.

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