Un temps pour vivre, un temps pour mourir

Amarcord.

La famille de Ah-ha vit dans une petite ville du sud de Taïwan, où le père, qui occupait un poste important à l’université de Taipei, est venu soigner son asthme. Il avait fait émigrer sa famille de Chine continentale quelques années avant sa conquête par les communistes, et celle-ci est désormais bloquée sur cette île. Si Ah-ha a une sœur et trois frères, il concentre l’attention du réalisateur. Lorsque nous le rencontrons pour la première fois, il est un petit garçon comme les autres avec les mêmes occupations : billes, base-ball… Le décès de son père et son passage à l’adolescence vont l’amener à connaître une vie plus turbulente.

Un temps pour vivre, un temps pour mourir s’inscrit dans la prolongation des œuvres précédentes de Hou Hsiao-hsien - en particulier des Garçons de Fengkuei, où pour la première fois il a fait preuve d’une style. Il continue ici de chercher sa voix cinématographique. Plus que de faire appel à une technique cinématographique particulière, il cherche avant tout à « capter ce qui se dégage d’un lieu, d’un personnage ». Et comment être le mieux à même de le faire et d’en juger, si ce n’est en se penchant sur son passé. Un temps pour vivre, un temps pour mourir partage ainsi un autre point commun avec Les garçons de Fengkuei : il s’inscrit dans la veine la plus autobiographique de l’auteur.

Dans la première moitié du film, qui a ma préférence, il montre la vie quotidienne de cette famille : les repas en famille et leur préparation, la toilette, les jeux d’Ah-ha et de ses amis... Aucun événement extraordinaire, seulement la simplicité du quotidien qu’il transcende. Du quotidien jaillit une poésie. Le style adopté par le cinéaste s’accorde parfaitement avec cette simplicité. Il fait confiance à l’image pour véhiculer l’émotion. Comme ce plan fixe de la pluie encadrée par une fenêtre, après le récit par la mère à sa fille du décès de sa sœur cadette. Cette histoire est incluse dans un plan séquence immobile d’environ quatre minutes.

Généralement, la caméra est relativement immobile ; et quand elle est en mouvement, Hou Hsiao-hsien utilise le plus souvent un panoramique horizontal. Quitte à ce que le personnage suivi soit filmé à une distance plus grande que ne le voudrait classiquement la situation. Hou Hsiao-hsien privilégie l’action dans sa continuité et évite les ruptures du montage. Des techniques qu’il systématisera et raffinera par la suite.

Comme le suggère son titre en français, il est question dans ce film de la vie qui s’écoule. Si aucun repère temporel formel n’est offert [1], le temps qui passe est scandé par les saisons qui défilent. Un temps pour vivre, un temps pour mourir est coupé par une ellipse de plusieurs années, le temps de passer des années 50 aux années 60. Le monde a changé et Ah-ha, désormais lycéen, a lui aussi évolué.

Si Hou Hsiao-hsien filme le même personnage – il utilise exactement le même plan au lycée que dans l’école primaire – sa personnalité n’est plus la même. Le bon élève qui faisait payer ses camarades pour les laisser copier son devoir a laissé la place à un adolescent se désintéressant des études. Fils des années 60, il se rebelle contre l’autorité : ses professeurs et les anciens militaires. Il en vient aux mains avec ces derniers dans leur amicale après avoir été accusé de manquer de respect le jour de l’enterrement d’un vice-président.

Hou Hsiao-hsien montre en filigrane l’ambiance de Taïwan à cette époque. Le pays est en état de siège – le bruit des chars trouble parfois la nuit et, superbe idée, seul l’asphalte de la route abîmée apporte le lendemain la preuve de leur passage. La propagande fait partie de leur vie de tous les jours.

Un temps pour vivre, un temps pour mourir est à la fois un film sur la mémoire et une chronique familiale, la première alimentant la seconde. Le réalisateur taïwanais nous livre ses souvenirs de jeunesse, qui contiennent eux-mêmes des souvenirs de ses parents et de ses frères et sœurs. Ainsi, sa mère transmet à sa fille son expérience de femme.

Sa grand-mère est, elle, coupée de l’histoire. En sortant simplement de la maison, elle croit pouvoir aller se recueillir sur l’hôtel des ancêtres. Elle ne se souvient pas qu’elle n’habite plus en Chine continentale.

Kizushii | 6.11.2017 | Taiwan

Un temps pour vivre, un temps pour mourir fait partie d’un coffret édité par Carlotta Films comprenant 6 œuvres de jeunesse d’Hou Hsiao-hsien, dont les masters ont été restaurés en 4K. Il comprend également Cute Girl, Green Green Grass of Home, Les Garçons de Fengkuei, Poussières dans le vent et La Fille du Nil.

Merci à Carlotta Films

[1A moins de bien connaître l’histoire de Taïwan.

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