Unbowed

Unbowed est inspiré de l’histoire vraie de Kim Myung-ho, professeur renvoyé à tort d’une école privée, exaspéré par le laxisme biaisé du système judiciaire coréen, taxé de terrorisme et emprisonné pour sa supposée tentative d’assassinat d’un juge en 2007. Pour les besoins de l’adaptation Kim Myung-ho est devenu Kim Kyung-ho, incarné par l’immense Ahn Sung-ki à l’écran ; pour le reste, cette trame est restituée à l’identique par la femme de Kyung-ho, venue trouver Park Jun, avocat spécialisé dans le droit du travail, pour lui demander de défendre l’accusé en appel de sa condamnation. Elle lui conte le calvaire de son mari, renvoyé douze ans auparavant pour avoir signalé l’erreur d’un confrère, dans la rédaction d’un énoncé sans solution à l’examen d’entrée de son école, et s’être opposé à la dissimulation de cette erreur aux élèves l’ayant passé. Débouté de son procès pour licenciement abusif, Kyung-ho s’installe avec sa famille aux États-Unis puis, des années plus tard, à la faveur d’une évolution dans la législation coréenne, s’en revient au pays pour tenter un procès en appel. Lorsque celui-ci, injustement, échoue à nouveau, Kyung-ho, muni d’une arbalète, attend le juge responsable de la sentence chez lui...

La séquence d’ouverture d’Unbowed tait l’exécution explicite de la menace de Kyung-ho : on passe directement de l’arme brandie contre le juge, aux images publiques post-incident. Le juge blessé, Kyung-ho arrêté, les médias consternés... et pour cause : la réalité des évènements n’intéresse personne. En levant la main sur un juge, c’est le système judiciaire coréen tout entier que Kyung-ho a agressé. Sa culpabilité ne fait aucun doute – ou du moins ne doit elle en faire aucun, sous peine que le système perde la face. Aussi, lorsque Park Jun, ivrogne patenté, range la bouteille pour accepter de défendre Kyung-ho, il découvre non seulement un homme exaspérant, versé dans l’application à la lettre des textes de lois et peu désireux d’écouter les conseils d’un avocat, mais surtout une affaire méprisant l’ensemble des principes législatifs. Preuves admises sans la moindre vérification scientifique, omissions et mensonges administratifs à peine occultés... Progressivement, au travers de la prise de conscience de Park – ancien contestataire tombé dans l’alcool après avoir constaté que son titre d’avocat le plaçait d’une certaine façon au-dessus des lois, le protégeant des envolées brutales des forces anti-émeute –, Chung Ji-young dévoile un procès fantoche, à la limite du crédible pour une génération bercée par des séries policières où chaque indice est décortiqué au niveau microscopique.

Courthouse drama pour le moins inhabituel, Unbowed regarde Kim Kyung-ho, Don Quichotte du code pénal, se confronter à un avocat d’accusation qui ne se donne même pas la peine d’interroger les témoins, autant qu’à des juges contraints au refus d’exercer leur fonction plutôt que d’admettre leurs torts (têtus, ils finissent par ressembler fortement à des enfants capricieux) : bref, à l’expression, publique, officielle, d’une mauvaise foi anticonstitutionnelle et consciente de l’être, justifiée par la nécessaire autorité du système, jusque dans l’erreur. L’exaspération de Kim Myung-ho / Kyung-ho, qui déclare n’avoir finalement jamais tiré, est parfaitement compréhensible, puisque ses simulacres de procès rejouent sans cesse l’injustice du licenciement originel. Park voit dans ce combat contre l’immunité des élites, l’occasion de redorer son propre blason, et prend goût à placer le tribunal dans des impasses qui, chaque fois, devraient assurer à son client la relaxe – mais qui, inexorablement, débouchent sur un nouvel échec.

A l’exception d’une sordide tentative de rupture psycho-physiologique de son héros en prison, Unbowed déploie sa dénonciation avec un certain humour, comme s’il était lui-même constamment surpris par la prétention d’un système engoncé dans sa suffisance et ses certitudes. La légèreté de son avocat alcoolo (Park Wong-sang), flanqué d’une charmante journaliste (Kim Ji-ho) avec qui il entretient, en dépit de ce que pense sa femme, une véritable amitié, participe à la crédibilité de cette mise en défaut du « droit pénal pour les nuls », construite sur un crescendo d’anticipations, de promesses de victoire sans cesse déçues – au point de devenir jubilatoire. Ahn Sung-ki, parfait en conservateur inflexible et infléchi (traduction du titre / jeu de mot « Unbowed »), qui met sa rigueur pénale au service de ses co-détenus et de l’amélioration de ses conditions de détention, est évidemment pour beaucoup dans la réussite de l’entreprise, qui a permis à son réalisateur Chung Ji-young (White Badge), treize ans après son précédent film, de renouer avec le succès, publique et critique. Lui-même très engagé à une époque – notamment en faveur des quotas au sein de l’industrie coréenne -, il trouve ici matière à défier l’autorité avec retenue, ainsi que l’illustre une mise en scène volontairement dénuée d’effets, simplement mise au service d’une absurde réalité au sein d’un tribunal exigu, filmé sous toutes les coutures au long du métrage. Un classicisme qui permet à Unbowed de dépasser le doute du degré de culpabilité de Kim Kyung-ho, pour affirmer son évidence, à la fois sociale et cinématographique, avec aisance.

Akatomy | 4.03.2014 | Corée du Sud

Unbowed est disponible en DVD et Blu-ray en Corée, avec sous-titres anglais.

aka 부러진 화살 | Corée du Sud | 2011 | Un film de Chung Ji-young | Avec Ahn Sung-ki, Park Won-sang, Kim Ji-ho, Na Young-hee, Moon Sung-geun, Lee Kyoung-young
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