Undead

"For daring to be everything that Australian films are not supposed to be : part of a popular, disreputable genre. We commend it as an entertainment that is also political, while showing the pleasures of hands-on filmmaking." - Le jury du festival de Melbourne en 2003, pour expliquer l’attribution du prix FIPRESCI à Undead. [1]

Berkeley, Australie. Son charme désuet, sa pêche, sa reine de beauté d’un jour et ses péquenots. Rene, belle sus-citée, hérite de la ferme de ses parents, mais aussi de leurs dettes : un cadeau somptueux s’il en est, qui la force à quitter la ville au bras du premier loser venu, sous peine d’avoir de sérieux problèmes financiers. Ca pourrait être pire, il pourrait pleuvoir n’est-ce pas ? Qu’à cela ne tienne : de la pluie, il y en a à revendre dans Undead. Ca commence avec des météorites qui s’abattent par dizaines sur ce charmant village, et transforment ses habitants en zombies avides de cervelles. Une intempérie inhabituelle, qui amène Rene à se réfugier chez Marion, redneck parmi les rednecks. Celui-ci affirme avoir été enlevé par des extra-terrestres après une aggression par des poissons-zombies quelques temps auparavant, et protège depuis sa carcasse de cowboy avec un triple fusil à pompe. La baraque de Marion devient très vite le lieu à la mode de Berkeley, puisque s’y réfugient d’autres « vivants » et notamment de charmants représentants des forces de l’ordre, avant de céder à l’attaque des non-morts. Puis tout ce petit monde se retrouve sous une bien étrange pluie, aux effets douloureux... mais qu’est-ce qui se passe dans ce trou perdu ? Et que sont ces murs gigantesques qui isolent subitement la population du monde extérieur ?

« Même pas morts » déclare le sous-titre français de Undead, phénomène australien du film de genre en 2003. Une phrase plus maligne que l’on pourrait le croire puisque, si elle fait référence à la nature de nos amis les zombies, elle souligne aussi la richesse insoupçonnée de cette première réalisation des frères Spierig, incroyablement plus riche qu’elle y paraît au premier abord. Loin du simple délire comico-gore, Undead cache en réalité un véritable film de science-fiction, foncièrement original et... poétique.

Pourtant, Undead démarre comme un Bad Taste de plus : personnages stupides, dialogues bas de plafond, angles de caméras travaillés et effets gore à foison (sans pour autant se rapprocher de son compatriote génial et dégueu, le fabuleux Body Melt). Pourtant quelque chose cloche dans cet ensemble sympathique : bien que l’on soit immédiatement plongé dans l’action, le rythme laisse à désirer, comme si cette mise en bouche n’était qu’une introduction, un background à quelque chose d’autre, de plus conséquent... Une impression qui se prolonge d’ailleurs, avec l’arrivée de notre belle héroïne aux (très) grands yeux chez le sombre « belou » qui sert de héros au film : Undead se pare alors d’allures de heroic bloodshed dans le bush, au cours d’un gunfight riche en pirouettes et autres indispensables head shots. Puis le film marque une pause, faisant hésiter le spectateur entre le film « de siège » façon Romero ou... ben on ne sait pas trop quoi justement, mais c’est bizarre. La pluie se met à tomber, les gigantesques murs qui entourent Berkeley font leur apparition et Undead délaisse les zombies pour un je ne sais quoi de Dark City... et ainsi de suite, jusqu’à la compréhension finale, véritable raison d’être du film et qui justifie à elle seule l’estime qui lui est portée.

Car comme souvent avec le gore - une théorie qui pourrait à elle seule faire l’objet d’un article, d’ailleurs - la poésie n’est jamais bien loin. Le fabuleux Exquisite Corpse de Poppy Z Brite pourrait-il être aussi sale s’il n’était pas aussi beau ? La pornographie que constitue l’étalage de viscère ne nécessite-t-elle pas un soin pictural proche de la nature morte ? Sauf que les frères Spierig ne mettent pas leur poésie dans les tripes, mais dans leur histoire : car Undead n’est pas un film d’horreur, mais un conte de science-fiction, motivé par la création d’une seule image-clé. Revisitant à leur façon la scène du cimetière des avions de Porco Rosso, les frères Spierig suspendent pendant de longs instants, la quasi-totalité des habitants de Berkeley au dessus des nuages, à la lueur de la lune. Une image que je n’expliquerais pas ici pour ne pas gâcher la surprise, mais qui est d’une beauté hallucinante - surtout pour un film au budget tellement restreint, que l’équipe a du fabriquer sa propre Dolly (qui sait, avec une telle volonté, les frangins suivront peut-être le même parcours que Peter jackson un jour prochain ?). Et si Undead affiche un second degré constant, teinté de grossièreté sans jamais être vulgaire, c’est pour mieux dissimuler son manque de moyens, comme pour s’excuser de n’avoir pu nous offrir qu’une seule scène de cet acabit. Mais qui saurait lui en vouloir ?

Car c’est vrai, Undead peut sembler lent et imparfait par moments. Mais c’est avant tout un projet osé, un pari que les jeunes frêres Spierig remportent haut la main, grâce à leur générosité ; une générosité que beaucoup supposaient viscerale, mais qui s’avère toute autre : simplement cinématographique. Sans être un chef-d’œuvre d’un genre auquel il n’appartient pas vraiment - le film de zombies -, Undead ose être original, et se construit de façon atypique dans le but de le souligner de façon modeste et polie. Ca en fait des qualités pour un film de genre, non ? Et le spectateur de mieux saisir la justification du prix reçu au festival de Melbourne en 2003 par le premier film estampillé Spierigfilm, citée en début d’article !

Akatomy | 6.01.2005 | Hors-Asie

A défaut de pouvoir voir le film sur grand écran, vous pourrez sans hésiter vous procurer le DVD zone 2 édité par CTV (sortie le 24 février 2005). L’image est superbe (au format 1.85 :1 en 16/9 compatible 4/3), et la bande son 5.1 très efficace. Le DVD n’est pas non plus démuni de suppléments. Une partie audio tout d’abord, avec deux commentaires (l’un de l’équipe du film, l’autre des acteurs). Mais aussi quelques suppléments en images : un certain nombre de scènes coupées (ou plutôt rallongées), quelques documentaires (notamment la fabrication de la Dolly et les très intéressants essais de photographie sur les maquillages, étonnants), ainsi qu’une comparaison entre le storyboard et le film et un extrait de la présentation d’Undead au festival de Toronto.

Merci à Mathilde Fourest de CTV qui a rendu la vision de ce film possible !

[1"Pour avoir osé être tout ce que les films australiens ne sont pas supposés être : le représentant d’un genre « déshonorant ». Nous le recommandons en tant que divertissement, à dimension politique, qui montre de plus les joies de la réalisation système-D."

Australie | 2003 | Un film de Michael et Peter Spierig | Avec Felicity Mason, Mungo MacKay, Rob Jenkins, Lisa Cunningham, Dirk Hunter, Emma Randall, Steve Grieg, Noel Sheridan, Gaynor Wensley
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