Une vie toute neuve

Qu’a bien pu trouver Lee Chang-Dong à cette vie, certes neuve, pour qu’il daigne y assurer les fonctions de producteur, ce qu’il ne fait que rarement, y compris sur ses propres films ? Une histoire simple mais touchante, portée par une actrice transcendée et une réalisatrice inspirée qui marque son œuvre du sceau authentique de l’expérience autobiographique. Du bon cinéma, donc, et le monsieur s’y connait. La maîtrise dont fait preuve la réalisatrice franco-coréenne Ounie Lecomte dans la mise en scène de son propre vécu est admirable et projette pudiquement le spectateur dans ces eaux troubles, « entre deux » de l’abandon et de l’adoption.

Une nouvelle robe, un gros gâteau, un repas en tête à tête au restaurant. A l’issue de cette belle journée, Jinhee, 9 ans, est abandonnée par son père dans un orphelinat. Elle y apprendra, sous l’œil charitable mais froid des sœurs, à susciter une adoption dont elle ne veut pas.

D’emblée, Ounie Lecomte affiche son parti pris. Elle traite un sujet de société tout en évitant noirceur et mièvrerie, car elle met Jinhee au premier plan. Son film est avant tout l’histoire de cette petite fille, qu’elle filme à hauteur d’enfant. Les adultes, et en particulier son père lors de la scène de l’abandon, sont la plupart du temps hors-champ, délaissant le cadre comme la vie des orphelins. Ils se trouvent relégués au rang de vagues souvenirs par une réalisatrice qui a fini par accepter le départ de son père biologique, et dont la mémoire, aujourd’hui floue, accroche plus facilement émotions que visages. Le point de vue enfantin de la caméra et la nature épisodique d’un script très maîtrisé sont le vecteur idéal de ces émotions et forcent le spectateur à refouler l’adulte pour s’immerger dans des saynètes attentives à ce qui fait l’enfance (rituels, jeux, bizarreries). Chaque péripétie est l’occasion d’une progression sur le chemin de l’acceptation, de cette vie toute neuve qui est le titre du film sans en être le sujet, culminant lors d’une scène où la fillette tente de s’enterrer, grattant la terre et se recouvrant de feuilles mortes. Un lâcher prise charnière lors duquel, dans un ultime instinct de survie, Jinhee accepte la possibilité d’une nouvelle vie. Toute renaissance nécessite immanquablement une forme de mort…

Si la succession de séquences a pour effet de flouter le temps et de raccourcir artificiellement le passage de l’enfant à l’orphelinat, l’incroyable présence à l’écran de Kim Sae-ron fait le lien tout au long du film et lui donne consistance et cohérence. Malgré son jeune âge (10 ans), elle fait preuve d’une exceptionnelle maturité dans son jeu. A l’image d‘une enfance aux humeurs changeantes, elle alterne avec justesse, tristesse, joie, colère et incrédulité tout en conservant en filigrane cette pointe de mélancolie qui fait de Jinhee une petite fille à part. Pari osé, puisque le film tout entier repose sur elle, mais pari réussi, puisqu’elle en est la révélation et qu’on ne peut s’empêcher d’en tomber amoureux.

S’effaçant devant son interprète, mais également devant un thème qui lui est trop intime, la caméra d’Ounie Lecomte filme à bonne distance, avec pudeur. Évitant le pathos, la mise en scène est épurée, l’image est brute, d’un gris monotone ni menaçant ni toutefois porteur d’espoir. Le quasi huis-clos au sein des murs délavés de l’orphelinat suffit à la mise en scène de cette parenthèse mélancolique, bien plus que toute astuce de réalisation ou de narration.

Pour un premier long métrage très personnel, Ounie Lecomte livre une œuvre délicate et surtout, montre qu’elle sait s’entourer. Producteur émérite et actrice principale sublime, autant d’atouts qui complètent un scénario sobre mais au potentiel émotionnel important et, c’est le principal, réalisé. En évitant les pièges d’une mise en scène tape à l’œil ou d’une interprétation exagérée, Ounie Lecomte et Kim Sae-ron nous offrent un beau moment de cinéma et révèlent deux belles carrières. Toutes neuves.

Sorti en salles le 6 janvier 2010, Une vie toute neuve est disponible en DVD chez Diaphana.

aka Yeo-haeng-ja | Corée du Sud - France | 2009 | Un film de Ounie Lecomte | Avec Kim Sae-ron, Park Do Yeon, Sol Kyung-gu, Oh Man-seok
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