Untold Scandal

« A l’aube mes défenses ont cédé... »

Les Liaisons Dangereuses, publié en 1782, de Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) est un roman par écrit sous forme de correspondances entre les personnages centraux : Sébastien de Valmont, Isabelle de Merteuil, Cécile de Volanges, Madame de Tourvelles. C’est un livre long et dont le nerf central est la séduction dans son sens plein : le pouvoir, la manipulation, les calculs fallacieux, le vice dans toute sa splendeur qui ne restera pas sans rappeler Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, publié en 1890.

La première adaptation notable fut celle, en 1959, de Roger Vadim avec Jeanne Moreau et Gérard Philippe dans les rôles titres, et Jean-Louis Trintignant incarnant le jeune Chevalier Danceny. Notons que le film fut, à l’époque, interdit en salles aux moins de 16 ans, et nous gratifia d’une très jolie caméra embarquée sous des draps déjà occupés par les ébats d’un couple.

Il faudra attendre 1978, et se tourner vers le Japon, alors à la recherche de sujets sulfureux qui firent le succès de Ai no corrida (L’Empire des Sens), pour voir une nouvelle adaptation. Adapté par Kaneto Shindo [1], Kiken na Kankei est réalisé par Toshiya Fujita, réalisateur décédé en 1997 et dont le dernier film est Revolver. De part chez nous il reste connu pour avoir signé les deux GIGANTESQUES Shurayukihime, mais aussi un film au casting parfait répondant au doux nom de Shinjuku outlaw : Buttobase (1967) - lisez plutôt : Meiko Kaji, Tetsuya Watari et Yoshio Harada, rien que ça.

Par la suite une version télé réalisée par Claude Barma, a vu le jour en 1980, avec Claude Degliame et Jean-Pierre Bouvier dans les rôles titres. La même année une version Tchécoslovaque fait parler d’elle ; d’ailleurs il me tarde de la voir depuis que j’ai appris son existence.

Mais c’est en 1988 que la plus belle version est sortie sur les écrans, fidèle en de nombreux points au roman de Laclos, c’est aussi la plus haute en couleurs et du point de vue du casting, alors là tenez vous bien. Glenn Close incarne Madame de Merteuil, une femme à la beauté fanée, au sadisme sans bornes, et aux calculs qui ont certainement dû rendre jaloux Machiavel. Madame Close est exceptionnelle. John Malkovich, Malkovich, Malkovich plus aristocrate que jamais, prête son visage à Sébastien de Valmont. Fougueux, impétueux, confiant en son pouvoir de persuasion/séduction, Valmont est beau, riche, compétiteur, amant et ignorant de tout sentiment amoureux. Dangerous Liaisons fonctionne et fonctionnera toujours mieux que n’importe quelle autre adaptation, car la symbiose entre les deux libertins est idéale et parfaite ; ce qui vient parfaire cette version la plus juste et de loin la plus excitante à contempler. Merci Monsieur Frears.

Moins machiavélique que la précédente, la version signée Milos Forman à part apporter du sang quelque peu neuf, n’ajoute rien de plus, surtout du fait qu’elle sortit un an à peine après celle de Stephen Frears. Mais bon, on revoit avec plaisir un Henry Thomas se faire déniaiser par une Annette Benning au sommet de son charme et de sa jeunesse, d’ailleurs elle restera pour ma part un peu trop jeune pour le rôle. Quant à Colin Firth, il ne peut bien évidemment pas rivaliser le moins du monde avec Malkovich qui nous donne, quant à lui, une prestation incroyable et beaucoup moins bâclée que celle dont est responsable Monsieur Firth dans Valmont. Mais bon les petites apparitions de Jeffrey Jones en Gercourt et le postérieur de Fairuza Balk valent leur pesant d’or.

En 1994, un nouveau téléfilm américain signé Gary Halvorson passe sur le petit écran.

Pour en finir avec les adaptations il ne me reste plus qu’à vous parler de deux versions dites contemporaines. En 1999, Roger Kumble est parvenu à propulser l’œuvre cynique de Laclos, jusqu’à une galaxie déjà bien encombrée de merdes cinématographiques, d’ailleurs même en tassant avec le pied il n’y a aucun moyen de fermer le couvercle et d’y mettre le feu. Cruel Intentions y possède une place de choix, mais même si je vous paraît dur, je garde tout de même l’espoir que cette adaptation aura donnée l’envie aux spectateurs des salles obscures, dont j’ai dû faire parti pour faire plaisir à la personne qui m’accompagnait, de se cultiver un tant soit peu et de courir acheter le livre, mais en fait j’en doute. Au menu une endive, d’autres endives, et encore des endives, un champ de plusieurs hectares, en fait et en plus pas un sein ou une paire de fesses, non vraiment Monsieur Kumble pour qui nous prenez vous ? Et pourquoi pas un film avec Sarah Michelle Gellar et Ryan Phillippe pendant que vous y êtes !!

Bon en fait je retire ce que je disais précédemment, le gagnant est dans les lignes suivantes. Car notre cher ami Choderlos de Laclos, ne s’était pas assez retourné dans sa tombe. Il a fallu que la télévision française, pardon Josée Dayan s’en mêle et réunisse un casting international autour d’une inexpressive et monolithique Catherine Deneuve. Car même si la distribution est renforcée par un Rupert Everett (le seul vrai dieu occidental - avis tout personnel) et l’incarnation vivante de la beauté depuis One from the heart de Coppola, la très majestueuse Nastassja Kinski, ce téléfilm reste aussi indigeste qu’une mauvaise tartiflette à la choucroutine.

Le roman ayant, comme vous le constatez, voyagé énormément, il prit le temps de faire escale en Corée et tomba aux mains de personnes, enfin bien attentionnées. Une nouvelle adaptation, un nouveau contexte, un nouveau souffle, une nouvelle vie au sein d’une nouvelle époque avec pour toile de fond les magnificents vistas du pays du matin calme.

« Au soleil, j’ai tenté d’oublier la vérité... j’ai cru réussir... »

Corée, fin de la dynastie Chosun (18ème siècle), Lady Cho et Cho Won, deux dignitaires de la bonne société, ne vivent que pour une seule chose : la compétition amoureuse, celle des sens, des passions, de la séduction, du sexe. Cette compétition fait d’autant plus rage, qu’il existe entre eux une véritable attirance. Aussi, alors qu’il est occupé à immortaliser sa dernière partenaire sexuelle sur estampes, Cho se voit mander de rejoindre au plus vite Lady Cho, la sournoise manipulatrice... ce dernier accourt à grandes enjambées, arborant un rictus vainqueur qui ne le quittera plus de tout le film. Une fois de plus leur entrevue se solde par un défi, ou plutôt un double défi, dont le premier prix est une nuit torride et entière, dans les bras et entre les jambes de Lady Cho. Tout d’abord, Cho Won est mis au défi de séduire et surtout dépuceler la future concubine du mari de Lady Cho. Et dans le même temps, et c’est en quoi réside le réel challenge, il devra séduire Lady Chung,une veuve vivant recluse depuis la mort de son époux, survenue neuf ans auparavant.

Convaincu de sa facile victoire, en ce qui concerne la première partie du défi, l’attention de Cho se porte pleinement sur la chaste Lady Chung. Sa tactique est simple : trouver quels sont les occupations et les centres d’intérêts de sa proie et y adhérer à corps perdu.
Mais voilà, depuis la mort de son conjoint, Lady Chung est devenue une fervente catholique pratiquante [2]. Le gouvernement coréen (de l’époque) étant contre le développement d’une telle religion, les pratiquants se réunissent en secret, la nuit venue..... Aveuglé par son orgueil de séducteur invétéré, Cho brave l’interdit et assiste aux cérémonies religieuses, dans l’unique but d’attirer l’attention de sa belle. Il va même aller jusqu’à effectuer de très généreuses donations à l’église, tout en faisant montre d’une fausse discrétion. Bien vite il parvient à se faire présenter...

« L’eau morte de la marre reflète l’horrible vérité. Je suis seul... elle est morte. »

Adaptation très haute en couleurs, cet Untold Scandal puise son extraordinaire force des méninges bien ordonnées du réalisateur E-J Yong. Réalisateur de plusieurs courts métrages en 1991, dont le très remarqué Homo Videocus, et de Tales of a City, un très sérieux documentaire, E-J Yong passe au long-métrage avec An Affair en 1998 (diffusé sur Arte avant de sortir quelques mois plus tard en dvd coréen). Dès lors, il nous faudra attendre deux années pour voir Asako in Ruby Shoes sortir sur les écrans.

C’est en fait en plein tournage d’An Affair qu’E-J Yong eut l’idée de donner le rôle de Lady Cho à Lee Mi-Sook. D’ailleurs dans une interview, E-J Yong avouait que c’est en écoutant un morceau de musique baroque, qu’il se demanda ce que pourrait donner une telle sonorité sur des images de drame historique. Quand plus tard il eut l’intention d’adapter une nouvelle fois le roman épistolaire de Laclos, tous les ingrédients étaient réunis.

Untold Scandal est d’abord l’histoire d’un homme, celle de Cho, dont l’appartenance à la haute société pourrait lui ouvrir les portes d’un poste de grand décideur dans le gouvernement, mais qui préfére séduire tout ce qui passe à sa portée. Pourtant ce comportement de libertin ne demande qu’à s’effriter, et il faudra le contact, puis la séparation et enfin l’éloignement de Lady Cho pour qu’il se fissure et vole en éclats. Car même si Cho Won croit connaître tout des choses de l’amour, il nous est permis de penser qu’il amalgame inconsciemment amour charnel et amour véritable et complet. Inconsciemment car Cho est persuadé de deux choses. D’une part, il est sûr de faire la part des choses et de saisir la différence entre l’abandon sexuel et l’abandon sentimental. Et d’autre part, il reste convaincu que lui seul est maître de ses sentiments et de la direction qu’il souhaite les voir prendre. Et il se trompera très lourdement. En premier lieu sur ce qu’il ressent pour la manipulatrice Lady Cho, sans parler des véritables intentions de celle-ci qu’il n’a pas su entrevoir. Il se trompera également sur le fait qu’il croit pouvoir lui aussi manipuler la jeune Soh-Ok. Mais sa plus grande erreur fut de ne pas croire en l’amour bien qu’il l’ait tenu plusieurs fois entre ses bras en la personne de Lady Chung. Ce Cho est décidément bien esseulé au milieu de ses certitudes.

Un combat à mort ne peut se livrer qu’à deux et face à lui Cho-Won affronte un adversaire de poids, puisqu’il s’agit de son amour - croit-il - de jeunesse, la beauté froide Lady Cho. Ainsi cette femme mariée n’a que deux buts dans la vie : empêcher son mari de goûter aux joies d’un énième dépucelage, dû à l’achat d’une énième concubine ; et repousser une dernière fois les avances de Cho par une dérobade déguisée en challenge, qu’elle sait qu’il ne refusera pas. Toute calculatrice qu’elle fut, Lady Cho n’avait aucunement prévu l’idylle amoureuse de Cho et de Lady Chung. Au fond elle a toujours pensé que Cho lui appartenait bien que leur relation ne fut jamais physique. Il faut bien comprendre une chose. Cho Won et Lady Cho sont un faux couple. Ils se connaissent depuis des années, se tournent autour depuis autant de temps, usant chacun de tout le pouvoir de séduction qu’ils possèdent. Mais inconsciemment (encore une fois) ils savent parfaitement que leur relation restera platonique et je pense que seul Cho en prendra à peine conscience puisqu’il se refusera à elle, et s’il est bien une chose qu’on ne refuse pas à Lady Cho, c’est un échange de fluides nocturne.

Et je finirais sur une dernière pensée audacieuse, une interprétation toute personnelle du personnage de Madame de Merteuil/Lady Cho. Et si dans tous ses calculs Lady Cho avait finalement prévu la fin tragique de Cho Won ? Et si tout ceci n’était qu’une gigantesque mascarade dont le seul but est de nous détourner de la seule réelle envie de Lady Cho : s’affranchir de l’Homme ? Certes de par sa libération sexuelle et ses nombreuses infidélités à son mari, elle orbite en quelque sorte hors de l’influence des hommes, puisque c’est elle qui choisit qui partagera sa couche. Mais ce n’est qu’une libération superficielle, car dès l’instant où son mari émet le souhait d’avoir une maîtresse supplémentaire, elle met tout en œuvre pour non pas l’en défaire, mais bel et bien pour lui retirer le plaisir des frémissements d’une jeune pucelle sous ses caresses ; ce qui est en soit une forme de vice assez poussée. Elle aussi croit pouvoir maîtriser son histoire. Certes je conçois qu’une telle hypothèse ficherait en l’air le machiavélisme tout particulier qui caractérise Lady Cho. Mais je ne peux m’empêcher de penser que cette femme, toute mauvaise qu’elle soit, reste tragiquement attachante... peut être car elle ne vivait pas à l’époque qui lui aurait convenu le plus.

Comme vous l’aurez saisi, cet Untold Scandal reste avant tout une affaire de séduction, d’orgueil mêlé à de l’envie. Mais ce scandale silencieux constitue une nouvelle façon d’envisager le film historique coréen. De par la qualité de sa photographie (merci M.Kim Byung-Il) et d’une bande son tout aussi incroyable signée Cho Sung-Woo, Untold Scandal est tout simplement un film parfait et beau. Quant à ses qualités picturales, elles approchent le jamais vu tant la symbiose entre les décors et les costumes est complète. D’ailleurs le costumier et le chef décorateur sont la même personne : Ku-Ho Jung. Car après tout, qu’y a-t-il de plus lié que les décors et les vêtements portés à l’écran, surtout lorsqu’il s’agit d’un film d’époque aussi chatoyante et colorée que l’ère Chosun ?

En ce qui concerne le casting, la palme revient sans doute à Bae Yong-Jun (Cho-Won), qui est parvenu à maîtriser le jeu de regard comme aucun autre acteur sur Terre. Chaque fois qu’il croise une femme, il lui jette un regard qui signifie deux choses. Dans le cas d’une dame qu’il connaît c’est : "nous on a déjà couché ensemble et c’était vraiment pas mal". Et dans le cas d’une dame qu’il croise pour la première fois c’est : "enchanté je passe de 20h à 5h si ça vous convient". Dieu quel acteur - et quel film !!!

Plusieurs éditions sont sorties, accrochez vous.

- Une édition coréenne double DVD. Sur le premier, le film est présenté dans son format d’origine (1.85:1), encodé en 5.1 ainsi qu’en DTS. Le pressage est anamorphique, et le film sous-titré en anglais et en coréen. Sur le second DVD sont présents de nombreux suppléments - un doc sur la culture dans la dynastie Chosun, un making of, des interviews des acteurs du réalisateur et du compositeur (qui lui bénéficie d’un doc complet sur son travail). De plus se trouvent présents dans cette édition des renseignements sur les somptueux costumes, une galerie de photos, des scènes coupées, des trailers et TV spots et summum des summums un petit retour sur les estampes qui peuplent le film.
- Une édition dite de la mort toujours conçue par CJ Entertainment, mais difficilement trouvable à ce jour. Contenant les mêmes deux DVDs précités, cette version comprend en plus les affiches originales, un livret et des cartes postales. Le tout est enfermé dans un très joli coffret.
- Une édition japonaise sortira le 24 septembre, chez Amuse Pictures. Apparemment les mêmes suppléments sont à prévoir avec en plus selon le moment où vous le commanderez soit des cartes postales de Bae Yong-Jun (Cho-Won), soit une affichette du film, soit un packaging spécial.
- Une édition made in Hong-Kong (Edko Video) est également sortie. Au programme le bon format, le 5.1 et le DTS. Des sous-titres anglais et chinois sont au rendez-vous. Pas de suppléments.
- Mais c’est Taiwan qui récolte la palme avec son ultime édition. Deux DVDs, un set de photos sur la promotion du film à Taiwan, un troisième DVD comprenant un documentaire sur le voyage de Bae Yong-Jun, toujours à Taiwan, un notebook collector... le tout dans un coffret pesant pas moins de 900 grammes.

Il existe aussi un VCD HK sous titré en anglais.

[1Figure légendaire du cinéma nippon qui a énormément fait pour cet art, et à qui l’on doit les réalisations d’Onibaba et Kosatsu ainsi que les très brillants scénarii de Sous les drapeaux l’enfer et Omocha, tous deux mis en images par Kinji Fukasaku, rien que ça !

[2Dans sa riche et tumultueuse histoire, la Corée dû subir une tentative d’évangélisation de la part de l’Eglise. Mais pour plus de détails vous pouvez vous référer au film Les Insurgés (The Uprising).

Corée du Sud | 2003 | Un film de E J Yong | Musique de Sung-Woo Cho | Avec Bae Yong-Jun, Lee Mi-Sook, Jeon Do-Yeon
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