Useless

Useless est après Dong le second film de Jia Zhang Ke centré sur un artiste : une créatrice de mode du nom de Ma Ke. Un troisième devrait suivre. Dans la lignée de ses dernières réalisations, il ne se contente pas d’un simple portrait. Il élargit son propos aux différents acteurs de l’industrie du textile en Chine : du retoucheur de quartier aux manufactures industrielles, d’où proviennent sûrement des éléments de votre garde-robe.

Le film s’ouvre dans le bruit des machines d’une grande usine de confection de Canton. Comme aux « plus beaux jours » de la révolution industrielle, les ouvriers y travaillent, vivent et mangent. Cette entreprise est le symbole de l’ « atelier du monde » que représente désormais la Chine pour le reste de la planète. Elle produit au kilomètre des produits utilitaires, bon marché, mais dont la qualité laisse à désirer. C’est du moins l’opinion d’un ancien couturier devenu mineur, auquel le réalisateur s’intéressera à la fin du film. Le métier ne nourrissait plus son homme. Désormais il extrait le charbon que le dragon économique brûle pour étancher sa soif d’énergie, corollaire de sa formidable croissance.

Ma Ke occupe le centre du métrage. Elle a connu le succès dans le prêt à porter en Chine avec sa chaîne de magasins, Exception. Jia Zhang Ke la suit de sa maison atelier jusqu’à la présentation à Paris de sa nouvelle marque « Wu Yong » lors de la semaine de la mode Automne/Hiver 2007. Le nom de cette marque signifie inutile. La créatrice revendique ainsi clairement sa volonté de créer des vêtements sans penser à leur côté pratique. Dans un pays où le matérialisme historique a laissé la place au matérialisme tout court, cette ambition relève de la provocation. Une posture politique qui ne pouvait qu’entrer en résonance avec les préoccupations d’un réalisateur qui, dans ses œuvres, radiographie une société chinoise en pleine révolution. Le consumérisme, fils naturel du libéralisme économique, s’y situe en plein cœur.

D’un point de vue plastique, l’image numérique ne m’a jamais semblé aussi magnifique. La splendide affiche française du film en témoigne. Conformément à ses habitudes, le réalisateur chinois arrive à magnifier le quotidien. Comme ces mineurs tout juste sortis du puits, qui casque encore allumé grillent leur cigarette.

Useless souffre de la comparaison avec les précédents films de Jia Zhang Ke : The World, Still Life et Dong. Il fusionne ici ce qui était séparé dans les deux derniers même si des liens organiques très forts unissaient les deux œuvres : études sociales et place de l’artiste dans cette société. Au sortir de la salle, le commentaire laconique d’une femme d’un certain âge, certainement plus versée que moi dans l’art de la couture, résumait avec humour le principal reproche que l’on pouvait adresser au film : son caractère décousu. La structure libre des films de Jia Zhang Ke fait partie de leur charme, mais ici la matière manque.

Par ailleurs, ce qui semblait naturel dans les films précédents prend ici une tournure artificielle. Je pense plus particulièrement à la transition entre la partie réservée à Ma Ke et celle centrée sur les petites mains de la province du Shanxi. Au volant de son énorme 4X4, la créatrice explique qu’elle aime bien revenir à la campagne nourrir son inspiration. Elle croise alors un piéton tenant un sac plastique contenant un pantalon à repriser. Le réalisateur désormais, va porter son attention sur ce quidam qui va conduire le spectateur chez un des petits tailleurs de la région. La tentation de la belle image de l’opposition entre la princesse et le prolétaire, deux pôles opposés de la société chinoise, a dû être trop forte.

L’angle choisi par Jia Zhang Ke était pourtant intéressant, surtout pour nous spectateurs occidentaux, habitués à seulement constater les dégâts provoqués par l’industrie textile chinoise sur la notre, et non pas son effet sur l’Empire du Milieu.

Useless est sorti en France le 6 février 2008.

aka Wu Yong | Chine | 2007 | Un film de Jia Zhang Ke | Avec Ma Ke
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