Utopia

Peut-on donner un vrai coup de pouce au destin ?

Adrian (Leonardo Sbaraglia) a, depuis son plus jeune âge, des visions prémonitoires. A la suite du décès de ses parents dans un accident douloureux, qu’il avait bien évidemment prévu, il est retiré de son orphelinat pour être accueilli au sein d’Utopia, une organisation secrète composée de voyants. Ceux-ci oeuvrent discrètement à la protection de personnes devant avoir un rôle-clef dans l’histoire de l’humanité. Utopia permet à ses apprentis de développer leur pouvoir mais ne les protège pas de leurs visions. Un de ces apprentis, devenu instable, se suicide dans une voiture piégée devant un poste de police français où, au même moment, Adrian tente de prévenir le commissaire Hervé (Tchéky Karyo, et de un) du risque d’attentat. Dans l’explosion Hervé perd sa femme, sa fille et la vue. Adrian ne supportant plus de ne pouvoir empêcher ses visions de se réaliser, quitte Utopia et fuit tout contact avec le monde.

Le destin va réunir ces deux personnages clef dans la quête d’une même femme, Angela (Najwa Nimri que vous aurez aperçu entre autres dans Abre los Ojos). Fille d’une famille aisée, elle est partie se perdre en Amérique du Sud en mission humanitaire. Elle s’y perd si bien qu’elle finit mêlée à un groupe mi-secte mi-guerrillera dont le commandant est José Garcia (et de deux !!).

Le mentor d’Adrian sentant sa fin venir, demande à son élève de lui ramener Angela car elle est "importante" ; tandis que la mère d’Angela emploie les services d’Hervé, devenu "déprogrammateur", pour tirer sa fille de la secte coûte que coûte...

Une esthétique léchée, mais limite délavée.

Ce qui frappe tout de suite à la vision du film, c’est son traitement de la couleur. Le directeur photo David Carretero, se basant sur le fait que l’Utopie n’existe pas, a choisi de différencier fortement les époques et les moyens de la narration visuelle. Ainsi le passé d’Adrian, empreint d’une certaine nostalgie, baigne dans une ambiance de couleurs chaudes, tandis que son présent, froid et peu accueillant, est desservi par une image haute en contrastes où la chroma a presque disparue. Quant aux intérieurs, les moins agréables sont traités à grands renforts de tons verts et bleus qui accentuent la déliquescence et le malaise des personnages.

Le travail de photo est aussi très réussi en ce qui concerne les visions d’Adrian. Plutôt que de céder à la facilité du flash, le choix technique s’est porté vers des saturations de couleurs et de lumières qui feraient en tant normal un film pourri, mais qui ici sont juste ce qu’il faut de gênantes pour marquer le malaise ressenti par Adrian qui subit littéralement ses visions. Les quelques autres effets spéciaux proposés par le film sont aussi discrets que réussis. La bande son joue aussi la discrétion, à noter que la scène d’action la plus trépidante du film est presque muette et surtout que le thème musical final est composé et interprété par Najwa Nimri elle-même !! (je sens que je deviens fan de cette fille...)

Un casting sympa... avec des français en bonus !!

Je n’ai pas grand chose à redire sur les interprétations espagnoles, Najwa et Leonardo supportent sans trop de mal des personnages qui ne possèdent pas une si grande épaisseur malgré ce que le scénario en flash-back voudraient nous faire comprendre (on a tous un passé pas cool pas vrai ?!?). Les brèves apparitions de Fele Martinez (que vous aurez aperçu dans Tesis, El Arte de Morir ou plus proche de nous, Darkness) sont impeccables, dommage que ce ne soient que des apparitions.

Et les frenchies dans tout ça ? Et bien José Garcia campe sans problème son rôle de Sud-américain au parlé lent et à l’attitude peu sympathique. Il est curieux de voir qu’il lui faut tourner dans un film étranger pour lui donner l’occasion de s’arracher de son registre comique-grand-guignolesque habituel et présenter un visage vraiment différent dans son jeu. C’est une belle petite surprise. Et pourtant la grande surprise du film vient de Tcheky Karyo. Lui, avec ses 83 apparitions sur pellicule en un peu plus de 20 ans ( !!) est un vrai baroudeur qui a déjà l’habitude des production internationales en tous genres. Mais dans la multitude ses choix n’ont pas toujours été très judicieux. Fort heureusement son rôle d’ancien flic aveugle, prisonnier de son passé ne se mélangera pas à ses 23 autres (à peu près) interprétations de flics plus ou moins ripoux. Il est assez touchant, son interprétation est juste et même son espagnol est loin d’être mauvais (puisqu’on vous dit qu’il sait tout faire... quand il se donne les bons moyens).

Trois personnages perdus dans une histoire qui se perd un peu.

Traiter le destin est un exercice ultra-récurrent en ce moment au cinéma (combien de films avez-vous vus avec un(e) "élu(e)" quelconque ?!?), cependant si c’est bien ficelé on finit toujours par être intéressé (pas vrai ?). Cette fois-ci le traitement était des plus alléchants : une société secrète, des personnages-clefs de l’humanité, un voyant jouant les anges gardiens, un non-voyant dans le rôle d’un ange destructeur, chacun à la recherche d’une certaine Angela (...) prise dans les griffes d’une organisation un peu mystique qui pourrait la corrompre, et tous ces personnages détenant une partie des réponses que cherche l’autre. Plein de promesses. Tous ces beaux germes n’auront pas porté jusqu’au bout. ( !!! Attention Spoilers !!!) Les rôles et le travail d’Utopia ne sont que très peu abordés, le thème du destin est lui même plutôt vite expédié en fin de film.

Si l’histoire se centre surtout sur ses personnages, ceux-ci évoluent bizarrement : pour le couple Adrian-Angela le scénario se transforme assez péniblement en histoire d’amour (encore...), quant à Hervé il n’aura pas le temps d’être ni libéré ni confronté à son emprisonnement dans le passé (ne pas voir ce qu’il a encore devant lui), quelques balles règleront la question à sa place !! Le film survole donc ses thèmes fantastiques et expédie quelque peu ses personnages par la facilité, on en ressort légèrement déçu et avec des questions en suspens, c’est un peu dommage. ( !!! Fin des Spoilers !!!)

Doté d’une ambiance visuelle caractéristique et d’acteurs solides, ce thriller flirte avec le paranormal sans jamais complètement s’y plonger. Son scénario très prometteur ne répond pas à toutes nos attentes et l’on reste donc légèrement sur sa faim.

Kyllian | 8.10.2003 | Hors-Asie

Disponible en DVD espagnol zone 2 depuis septembre. Probablement disponible un de ces quatre (allez savoir) chez TF1 vidéo, qui fait partie de la co-production.

Espagne | 2002 | Un film de Maria Ripoll | Avec Leonardo Sbaraglia, Najwa Nimri, Tchéky Karyo, José Garcia, Emma Vilarasau, Hector Alterio, Fele Martinez
Désir meurtrier
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