Vampire Girl vs. Frankenstein Girl

Les zombies ont envahi les rues de Nantes le 17 décembre au soir, comme si quelque cameraman caché tournait un remake urbain du norvégien Dead Snow ; une Zombie Walk orchestrée par l’Absurde Séance [1] qui, sur sa lancée, a eu la bonne idée d’entraîner ses morts (dé)ambulants et autres convives moins grimés, dans un double programme consacré à Yoshihiro Nishimura. C’est Tokyo Gore Police et sa poésie si particulière, véhiculée par la beauté d’Eihi Shina et quelques hectolitres d’hémoglobine, qui ont ouvert le bal sous les rugissements d’une foule que l’on aurait cru ressuscitée du Grand Rex. Vous imaginez bien que l’ambiance n’est pas particulièrement retombée lorsque, dans les premières images de Vampire Girl vs. Frankenstein Girl (VGvsFG), la jeune gravure idol Yukie Kawamura pèle la tête d’une sailor zombie, avec une force telle que son crâne exhibé continue de tourner sur sa colonne vertébrale.

Cette introduction grandiloquente laisse penser que VGvsFG va se contenter de marcher dans les traces de son illustre aîné ; pourtant on découvre rapidement que l’association de Nishimura avec le génial Naoyuki Tomomatsu n’est en rien fortuite, l’empreinte du réalisateur de Stacy l’emportant sur la SF macabre du Screaming Mad George moderne. VGvsFG conte en effet l’histoire de Mizushima, jeune étudiant considéré comme seul mâle potable de sa classe et qui, du coup, se voit harcelé par la bande de la Goth Lolita Keiko Furano (Eri Otoguro, plus vétue que dans OneChanbara, mais tout aussi craquante), qui lui impose de devenir son petit copain. Sauf que, en ce jour de la Saint Valentin où leur professeur s’acharne à confisquer les chocolats que les jeunes japonaises ont l’habitude d’offrir à l’élu de leur hystérie kawai, seule Monami Arukado parvient à poser sa confiserie symbolique dans les mains de Mizushima.

Nouvelle venue dans l’école, Monami (Yukie Kawamura, digne héritière du sourire de Natsuki Kato) est une fille dont la beauté est remarquable et qui, pourtant, suscite un étonnant désintérêt, dont Mizushima va bien être obligé de se défaire : le chocolat que lui donne la belle et qu’il s’empresse de croquer, est fourré du sang de celle qui s’avère être, avec beaucoup d’aplomb adolescent, une vampire ancestrale, dont le serviteur Igor, bossu de rigueur, occupe le poste d’homme à tout faire de sa nouvelle école. Keiko voit d’un mauvais œil cette concurrente, dont elle ignore la véritable nature ; son décès plus ou moins accidentel aux mains de Monami va lui offrir l’occasion de se battre à armes presque égales, puisque son père, proviseur adjoint et prof de bio, se veut en réalité un héritier du Docteur Frankenstein qui, dans les sous-sols de l’établissement, tente de ramener à la vie les lycéens qu’il occis avec l’aide d’une infirmière nymphomane. Et une goutte de sang de Monami va lui permettre d’aboutir dans ses efforts...

L’intérêt de VGvsFG réside dans le fait qu’il s’écarte du schéma, certes satisfaisant mais redondant, de la nouvelle vague ultra-gore nippone [2] ; pas de rape revenge ou autre motif d’exploitation au programme mais un fantastique plus désuet, double creature feature qui évoque un cinéma d’une autre époque. Le duo Nishimura -Tomomatsu livre un film fun, moins accès sur l’excès crade, porté par un humour constant dont débordent tout de même, notamment, la satire du suicide au cutter qui perçait déjà dans Tokyo Gore Police, puisque le taillage de poignet est ici élevé au rang de compétition officielle, ainsi qu’un portrait hallucinant du Ganguro [3]. VGvsFG est un film construit autour de personnages et non d’une ambiance ; moins riche que Tokyo Gore Police, dont les fluctuations de ton constituent la singularité, il est plus appliqué et classique dans son écriture. Comme si Nishimura avait été canalisé par la verve si particulière de l’auteur de Zombie Jieitai, qui construit un écrin à des exubérances toujours très inventives – des membres sectionnés qui servent de pales au rotor d’une Keiko transformée en hélicoptère vivant, au hasard – mais moins libres. Du coup, bien que foisonnant, VGvsFG paraitrait presque moins appliqué, par contre, dans sa mise en images ; pas que la réalisation soit approximative – l’affrontement final possède une certaine virtuosité cinématographique, les meurtres de Monami sont à la fois terrifiants et hilarants, l’apparition d’Eihi Shiina est sublime – mais les dialogues et situations l’emportent sur le ressenti, les péripéties non stop sur les intermèdes contemplatifs de Tokyo Gore Police. VGvsFG est génial, ça ne fait aucun doute ; mais il l’est, contrairement à son grand frère, sur un seul et constant registre.

Je serai donc tenté de vous dire que VGvsFG est moins bon que Tokyo Gore Police. Il l’est assurément, mais le plaisir qu’il procure reste immense, comme en témoignaient lors de la projection les réactions du public du Katorza, ses rires et applaudissements incessants. Un accomplissement pour un film destiné au marché de la vidéo, qui montre alors combien sa place est en salles : s’il est moins fascinant que la déclaration d’amour de Nishimura à Eihi Shiina, Vampire Girl vs. Frankenstein Girl, tourbillon délirant d’idées cinégéniques et d’idoles au poil, est certainement plus fédérateur.

Akatomy | 18.12.2009 | Japon

Diffusé par l’Absurde Séance à Nantes dans le cadre d’une soirée Asiat Gore dont Sancho s’est fait le partenaire, Vampire Girl vs. Frankenstein Girl sortira en DVD au Japon, sans sous-titres, le 26 février 2010, dans une "blood stained edition" comportant 3 disques, dont un consacré à l’excellente bande son du film.

[1Cf. le site officiel de l’association.

[3Cf. Wikipedia.

aka Kyûketsu Shôjo tai Shôjo Furanken - 吸血少女対少女フランケン | Japon | 2009 | Un film de Yoshihiro Nishimura et Naoyuki Tomomatsu | Avec Yukie Kawamura, Eri Otoguro, Takumi Saito, Eihi Shiina, Takashi Shimizu, Aya Nishisaki, Sayako Nakoshi, Erina, Jiji Bû, Cay Izumi
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