Visage

Tsai Ming-liang avait retrouvé avec bonheur la terre de ses origines pour filmer I don’t want to sleep alone. Il n’est malheureusement pas possible d’en dire autant de son émigration sur les bords de Seine.

Un réalisateur taiwanais est invité à tourner l’histoire de Salomé au Musée du Louvre. Malgré sa réputation, il tient absolument à confier le rôle du roi Hérode à Jean-Pierre Léaud. Pour donner à ce film au budget modeste une chance au box-office, la production s’est résolue à confier le rôle de Salomé à une star de renommée internationale. Mais dès le début du tournage, les problèmes s’accumulent...

Je n’ai pas l’habitude de reprendre à mon compte les résumés officiels des films, mais celui-ci a le mérite de donner au spectateur des points de repère. En effet, si les films du réalisateur taiwanais sont généralement assez hermétiques, sa dernière réalisation l’est tout particulièrement.

Visage est composé d’une suite de tableaux - ce qui est finalement assez logique pour un film financé en partie par Le Louvre - qui ont une cohérence dans le cadre du film dans le film. Mais le film pris dans sa globalité semble bien vain.

Il touche trop rarement à la grâce ; lorsque le spectateur peut s’abandonner aux longs plans séquences fixes de Tsai Ming-liang, sa marque de fabrique. Le face à face entre Jean-Pierre Léaud et un cerf dans le jardin des tuileries sous la neige, transformé en Palais des glaces pour les besoins du tournage, constitue l’un de ces moments privilégiés, ainsi que certaines apparitions de Laetitia Casta, star déprimée du film. Même si je leur préfère la séquence consacrée au décès de la mère du réalisateur, mélange de tristesse, d’humour décalé et d’incongruités. On touche là au meilleur de Tsai Ming-liang.

Tsai Ming-liang rend en hommage à François Truffaut à travers son film. Les quatre cents coups est son film préféré. Cet hommage atteint son paroxysme lors de leur rencontre par celluloïd interposé. Car il ne s’agit de rien de moins que cela quand leurs deux alter ego de cinéma, Jean-Pierre Léaud et Lee Khang-sheng, tentent d’établir le contact, aucun des deux ne parlant la langue de l’autre. Il a également fait appel aux actrices fétiches du réalisateur français, Nathalie Baye et Jeanne Moreau, mais surtout Fanny Ardant qui joue le rôle de la productrice.

La vision de ce film a ressuscité une question que je me suis souvent posée : le choix pour un réalisateur de faire un film sur le cinéma, n’est-ce pas l’aveu implicite d’un manque d’inspiration ? Parfois, la réussite est au bout du chemin. Logique. Après tout, s’il y a un domaine dont il est bien placé pour parler, car il en a une connaissance des plus intimes, il s’agit bien de celui-là.

La situation de Tsai Ming Liang est toutefois particulière car il a fait du cinéma un sujet à part entière de ses films, de Et là-bas, quelle heure est-il ?, déjà un hommage à Truffaut , à La saveur de la pastèque. Il n’empêche que l’on sort de la vision de ce film avec le sentiment que Tsai Ming-liang n’arrive pas à se renouveler. Masturbation, inondation, scènes chantées : toutes les scènes que l’on a pris l’habitude de voir dans ses films sont une nouvelle fois présentes.

Ce film polarisera les opinions : on détestera ou on aimera. Visage s’adresse soit aux amateurs de cinéma d’auteur hardcore, soit aux fans inconditionnels du réalisateur taiwanais.

Kizushii | 25.05.2010 | Taiwan

Visage est disponible en DVD chez Arte Video.
Le DVD comporte deux suppléments. D’une part Fleurs dans le miroir, lune dans l’eau ; une leçon de cinéma de Tsai Ming-liang réalisée par François Lunel. Et d’autre part, Salomé et le dragon, un documentaire radiophonique de France Culture autour de la fabrication du film.
Arte Video a également édité Goodbye Dragon Inn.
Remerciement à Sandrine Lamantowicz.

France-Taiwan | 2009 | Un film de Tsai Ming-liang | Avec Lee Khang-sheng, Jean-Pierre Léaud, Laetitia Casta, Fanny Ardant, Mathieu Amalric, Lu Yi-ching, Norman Atun, Nathalie Baye, Jeanne Moreau
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