Vivek Oberoi

Les acteurs Manisha Koirala et Vivek Oberoi sont venus la semaine inaugurer la deuxième partie de la rétrospective sur le cinéma indien populaire, Vous avez dit "Bollywood" ? organisée à Beaubourg. Vivek Oberoi a connu un début de carrière tonitruant en interprétant en 2002 un gangster issu des bidonvilles de Bombay dans le très bon polar de Ram Gola Varma, Company. Un rôle qui l’a propulsé au premier rang de l’industrie cinématographique de Bombay. Il vient de jouer dans le film Kyon de Samir Karnik au côté du légendaire Amitabh Bachchan et de Aishwarya Rai. Le dernier "king of cool" de Bollywood a répondu avec affabilités aux questions de Sancho, et nous l’en remercions.

Sancho : Que représente d’être le symbole du cinéma indien durant votre séjour en France, alors qu’une rétrospective sur le cinéma populaire de votre pays se déroule à Paris ?

Vivek Oberoi : Cette expérience est très intéressante, car je ne m’attendais pas à une telle réception. Nous avons été accueillis avec respect et considération. C’est très prometteur, car un nouveau marché pour le cinéma indien s’ouvre en dehors de ceux des Etats-Unis et du Royaume-Uni.

Que pensez-vous justement du fait que de plus en plus de gens en Europe, et je ne parle pas des indiens qui y vivent, s’intéressent au cinéma indien ?

Une telle tendance est encourageante. L’Inde et les pays européens ont en commun d’avoir une culture multi-millénaires. Malgré tout le respect que je leur porte, les États-Unis ont seulement une culture "d’ingénieur". Comme je l’explique souvent, John Wayne dans ses films ne défend jamais une cause. Je pense que les films indiens sont les ambassadeurs de la culture de notre pays et un moyen de l’exporter. Si les spectateurs français peuvent voir des films américains, pourquoi ne pourraient-ils pas voir des films indiens ?

Pour l’instant, seulement certaines productions importantes comme Devdas sont distribuées en France. Pour découvrir d’autres films, il faut aller les acheter en DVD dans des petits magasins spécialisés.

Nous devons pallier à ce problème. De la même façon qu’il existe des cinémas en Angleterre ou aux États-Unis qui présentent uniquement des films indiens, il serait bien d’en disposer également à Paris.

Votre père a été acteur, pour quelles raisons l’êtes vous également devenu ?

A l’âge de 4 ans, j’ai joué une pièce à l’école. Je suis monté sur scène, jai commencé à réciter mon dialogue, je ne pouvais pas voir les spectateurs car j’avais les projecteurs dans les yeux, et soudain j’ai entendu ma voix qui sortait des haut-parleurs. Je ne crois pas avoir compris sur le moment, mais ce souvenir est si vif... En grandissant, j’ai réalisé que c’était exactement ce que je voulais faire : je voulais être un artiste, je voulais être acteur.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

Je regarde principalement trois choses. Je m’intéresse d’abord au scénario - est-ce qu’il me captive ? En deuxième position, il y a le réalisateur et ses convictions concernant l’histoire, ainsi que sa capacité à me transmettre ces convictions. Et enfin vient le personnage, s’il est assez passionnant pour m’exciter.

Comment préparez-vous vos rôles ?

Certains rôles comme celui de mon premier film Company, nécessitent beaucoup de préparation. Pour ce film en particulier, j’ai beaucoup travaillé. Je suis allé dans les bidonvilles pendant environ 3 semaines. J’ai mangé, bu, dormi, j’ai enregistré les conversations des gens qui y vivent pour connaître le ton de leurs voix, je les ai photographiés. J’ai tout absorbé pour créer mon personnage. Par contre, il existe certains personnages qui ne demandent pas un tel travail car vous n’avez pas besoin de profils psychologique ou socio-économique. Ce sont des éléments qui vous aident à définir un personnage. Une fois ce travail effectué et que vous ressentez le personnage, vous vous débarrassez de vos recherches. Vous êtes devenu le personnage, qui passe à travers vous.

Existe-t-il des différences entre la façon de jouer en Inde et en Occident ?

Je ne crois pas. J’ai étudié l’art dramatique pendant deux ans à New-York, et les techniques sont similaires aux États-Unis et en Inde. Toutefois, si les techniques ne sont pas très différentes, les gens le sont. Les indiens sont des gens qui expriment leurs émotions. Les chansons par exemple, les gens se demandent pourquoi elles sont présentes dans nos films. Elles sont partie intégrante de notre culture. A chaque moment de la vie, que cela soit une naissance, une mort, un baptême... correspond une chanson. Par ailleurs, nous avons une approche différente pour raconter des histoires, pour montrer nos émotions.

Pourriez-vous développer ce dernier point ?

Par exemple, la relation entre un homme et une femme est toujours plus intense en Inde. La poésie, la romance, l’envie d’être ensemble, la première relation physique, ce sont des moments très spéciaux et intenses. En Occident, on peut voir deux personnes s’embrasser puis aller ensuite au lit. En Inde, la romance se prolonge et s’exprime de nombreuses façons ; il y a plus de poésies, de chansons et cela correspond à la vie réelle. Les personnes sont plus intenses dans leurs émotions. La relation entre parents et enfants est également différente. En occident, à partir de 18 ans parents et enfants sont sur un même plan d’égalité. En Inde, même si vous êtes multimillionnaire et votre père un simple cordonnier, vous lui devez de la déférence.

Vous avez joué dans Company, qui est un très bon film et qui ne ressemble pas à un film indien typique. Est-ce que son réalisateur Ram Gola Varma est différent des autres réalisateurs indiens ?

Ram Gola Varma a réalisé des films typiquement indiens avec du chant et de la danse, mais également des films très différents. En particulier au cours de ces dernières années, il a été très prolifique et à chaque fois s’est attaqué à des sujets différents. Company est intéressant car l’histoire et les personnages du film sont basés sur des faits et des personnages réels de la pègre de Bombay. C’est très proche de la réalité. Un autre élèment intéressant est que Ram Gola Varma n’a pas intégré de numéros chantés et dansés, les chansons sont symboliques. Ainsi dans le générique en début du film, la femme symbolise le crime et le pistolet son amant. Quand la femme danse, elle chante "viens à moi, meurs avec moi". C’est une approche symbolique d’utiliser des chansons. Company montre comment un film peut séduire les jeunes.

Quels films conseillerez-vous à des spectateurs français qui souhaiteraient découvrir le cinéma indien ?

Il existe deux types de films indiens, les films musicaux classiques comme Devdas, Lagaan, et d’autres films comme Company ou Satya.

Interview réalisée à Paris à la mi-mars 2004 par l’équipe de SdA, en association avec Elan-Films. Remerciements à Albane Jouis-Maucherat, chargée des relations presse à Beaubourg qui a rendu possible cette interview.

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