Way of Blue Sky

Pour ceux qui restent...

C’est un jour comme un autre à Hara Junior High. Sous l’impulsion de son professeur, Masaki Takahashi, capitaine du club de basket, fait une annonce à ses camarades de classe : ses parents partent vivre aux Etats-Unis, aussi ne sera-t-il plus là le trimestre prochain. L’annonce tardive fait l’effet d’une petite bombe, d’autant qu’elle s’accompagne de deux autres déclarations, concernant une chose à terminer avant de quitter le Japon, et son amour pour une fille, délaissée en faveur du basket... Le microcosme qui gravite autour du garçon tremble dans le flottement ; plus que d’authentiques regrets, c’est l’expectative d’éventuels regrets qui s’installe, pour accompagner les derniers jours de Masaki sur l’archipel. Cinq jeunes filles en particulier, profiteront du chamboulement pour se redéfinir, autour de ce liant insoupçonné...

Le cinéma japonais n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de se plonger dans le ressenti adolescent, dans les instants étirés qui font de ces années préfigurant l’adulte un incroyable vivier d’émotions. Film concept plus que véritable narration, Way of Blue Sky ne s’intéresse pas comme tant d’autres, à la fin du cycle scolaire mais à son chamboulement anticipé. Qu’on en ait conscience ou non, une classe est une entité équilibrée en dépit de son théâtre d’injustices ; le départ de Masaki remet en question, devant la caméra délicate de Masahiko Nagasawa (Seoul), cet équilibre nourri de secrets et autres sentiments retenus, composantes essentielles de la dynamique adolescente. Car un départ, surtout précipité, s’il est un choc pour celui qui le vit, l’est aussi pour ceux qui restent. Lorsqu’il est ainsi attendu, dans la hâte de l’inévitable, il constitue un catalyseur pour l’extériorisation : le futur absent prend une importance démesurée, chacun tentant de l’inscrire dans sa vie autant que de laisser une empreinte dans la sienne.

C’est ainsi que Masaki Takahashi, livreur de journaux qui convoite la NBA, devient le centre d’une attention émotionnelle. Son amour non déclaré porte en lui autant de promesses que de regrets, et constitue – dans son caractère silencieux – une incarnation de son parcours au sein de son université, au milieu de ses amis. Yudai, ami et basketteur lui aussi, mais trop petit, qui déclare une fois l’an son amour à Hayami, pendant féminin de Masaki dans l’école ; Alisa, homonyme de Masaki qui se demande, à l’issu d’un rendez-vous opportun, si elle ne possède pas des sentiments pour le garçon ; Suzuki, plus ou moins petite amie officielle, qui ne comprend pas que la générosité de l’objet de son affection envers les filles de sa classe est désintéressée ; ou encore Haruna, l’amie d’enfance de Masaki, avantagée ou non par sa proximité avec l’être désiré [1]... Tous gravitent autour du futur exilé dans un quotidien bien réglé, avec leur intériorité, jusqu’à ce que Masaki dévoile l’un des piliers implicites de ce quotidien, peut-être à même de le détruire. Car derrière le silence, il y a toujours une raison : un amour partagé avec un ami trop proche, la peur de décevoir ou de blesser, la crainte de la réponse...

Lorsque la révélation tombe, Masahiko Nagasawa, s’intéressant toujours aux visages plutôt qu’aux mots, la filme avec pudeur, sans lui donner l’importance qu’elle mérite. Et pour cause : Way of Blue Sky n’est pas une simple bluette – même si la bande son trop présente tente à plusieurs reprises de nous le faire croire – mais simplement le tableau d’un réseau de sentiments à même de forger ou rompre une dynamique de groupe. Point d’amours exacerbés toutefois, ce lien si fort est ici esquissé avec fragilité et tendresse, loin de l’âpreté du monde des adultes, laissé dans l’ombre. Cela permet au réalisateur d’embrasser un groupe plutôt qu’un couple, et de regarder naître un lien plus fort encore autour du pivot temporaire que constitue involontairement Masaki, absent dans les dernières images mais incarné en un lien invisible. A peine interrompues dans leur élan de vie, les adolescentes reconnaissent avec humour, implicitement, qu’elles se sont peut-être laissées emporter par le contexte ; qu’importe, puisque le résultat lui, est bien réel, et continue de les porter au-delà de sa pertinence.

Akatomy | 22.09.2008 | Japon

Way of Blue Sky est disponible en DVD japonais, mais aussi en DVD et VCD HK sous-titrés en anglais. La copie de ces derniers est malheureusement affreuse, recadrée, déformée, et d’un contraste particulièrement malvenu lors des scènes nocturnes, pourtant cruciales.

[1Incarnée avec grâce par la toujours excellente Mikako Tabe, à même de vous renvoyer sur les bancs de l’école. Le réalisateur la retrouvera d’ailleurs l’année d’après pour Yoru no pikunikku.

aka Aozora no yukue | Japon | 2005 | Un film de Masahiko Nagasawa | Avec Takuya Nakayama, Kazunori Sasaki , Mei Kurokawa, Maki Meguro, Rikiya Mifune , Aki Nishihara, Mikako Tabe, Saya Yuki, Ryô Hashidume
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