Whasango

Etre rédacteur sur la Sancho Galaxy commence à devenir une tâche réellement difficile. Au cours de la dernière année, sur plus d’une centaine d’articles, j’ai eu l’occasion de clamer mon amour pour des films de tous les genres, tous les pays. Au milieu de tout ça - je sais, je suis bon public - bon nombre de traumatismes, de chef-d’oeuvres, et même quelques films que je me risquerais à qualifier de parfaits. Le film d’action, pour le coup, est très loin d’être en reste.
Versus, rêve d’enfant concrétisé par Ryuhei Kitamura.
Time and Tide, monument d’explosion des codes cinématographiques traditionnels offert par un Tsui hark sous acide.
Bangrajan et ses affrontements surnuméraires ultra-réalistes.
Blade 2 et son jusqu’au-boutisme acharné, tapant à la fois dans les visuels HK et la WWF.
A chaque fois, une étape supplémentaire est franchie, un nouveau sommet de jouissance atteint.
Jusqu’où cela peut-il donc aller ?

Nul ne le sait.
Toujours est-il que Whasango réhausse aujourd’hui la barre à franchir de quelques centimètres supplémentaires. Moi, personnellement, je ne sais pas combien de chocs semblables je serais encore à même d’encaisser, ni de combien de superlatifs il me faudra encore abuser pour vous exprimer un enthousiasme sans cesse démultiplié. Mais, au moins cette fois, je vais tenter de faire de mon mieux.
Advienne que pourra à l’avenir.
Pour l’heure : Welcome to Volcano High...

Whasango démarre vite, très vite. En plein milieu d’un cours, un professeur jette une craie au visage d’un élève - un certain Kim Kyung-Soo - visiblement assoupi. Kyung-Soo enlève les mains de ses yeux quelques instants avant que le projectile ne l’atteigne en pleine face, l’immobilise dans les airs à l’aide d’un champ d’énergie avant de le renvoyer de toutes ses forces contre le lanceur - qui se retrouve propulsé violemment contre le tableau. Un coup de tampon sur l’image : Kyung-Soo est renvoyé de son école. Générique.
Une réminiscence de Battle Royale sert de point de départ au scénario de Whasango : l’effondrement du système scolaire traditionnel et de l’autorité du corps enseignant, qui débouche sur un état de guerre entre professeurs et étudiants. Au sein des murs de Whasango, une légende vit encore, 108 ans après la création de l’école : l’existence d’un Manuscrit Secret qui permettrait à son possesseur de reprendre le contrôle total de l’établissement. Dans les bonnes mains, cela signifie la fin des luttes meurtrières. Dans les mauvaises, par contre...

C’est donc dans ce climat d’affrontement que Kyung-Soo débarque dans la neuvième école de son parcours étudiant. La liste de ses méfaits est longue : harcèlements, violences, révolte... Mais cette fois, le jeune homme est bien décidé à rester tranquille. Les autres élèves ne tardent pourtant pas à deviner sa puissance, et tentent chacun leur tour de l’enrôler dans les différents clans de l’école : équipe de rugby, de Kendo, de musculation... A la tête de chacun de ces groupes, un élève surpuissant - que ce soit la belle Chae-Yi (Icy Jade), leader d’une équipe de Kendo exclusivement féminine, ou encore Jang Ryang (Dark Ox), leader de l’équipe des gros bras et chef incontesté des étudiants. Ce dernier d’ailleurs, décide de mener la vie rude au transfuge fraîchement arrivé.
Kyung-Soo, qui semble pourtant avoir la force nécessaire à venir à bout de ce "bully" hors-normes, n’en fait rien, restreignant volontairement un pouvoir que l’on devine immense. Et pourtant, il faudra bien qu’il se mèle, à un moment ou à un autre, de la lutte qui empoisonne l’établissement. Que ce soit à cause de ses sentiments pour Chae-Yi, ou de l’arrivée des "School Five" - une équipe de professeurs nettoyeurs dirigée par Ma Bang-Jin, un ancien prof de Kyung-Soo. Dieu seul sait ce qu’il arrivera alors, si le jeune homme décide de laisser libre cours à son énergie...

Merde, ils sont vraiment incroyables ces coréens.
Imaginez le Collège Fou, Fou, Fou dopé aux super-pouvoirs les plus ahurissants, et vous êtes encore loin du compte. C’est bien simple, même s’il pourrait sembler que Whasango emprunte à beaucoup de films d’action récents, il n’en reste pas moins un film novateur et absolument authentique, original. De la graîne de chef-d’oeuvre "néo-moderne", en quelque sorte, un aboutissement supplémentaire d’une contre-culture qui sera bien obligée d’acquérir ses galons de légitimité un jour ou l’autre.

A la tête de ce projet avant tout "défouloir", le réalisateur Kim Tae-Gyun (First Kiss, The Adventure of Mrs. Park) dope son approche habituelle de la comédie romantique pour s’affirmer comme un cinéaste démesurément talentueux. C’est un peu comme si, à l’image du personnage de Kyung-Soo, il avait reçu une décharge électrique qui lui avait conféré une nouvelle énergie. Une énergie électrique duale qui s’apparente d’ailleurs à celle du couple Sogo Ishii / Electric Dragon 80 000 V - déjà basé sur ce concept de trop plein d’énergie - mais autrement expérimentale.
Ici, Kim Tae-Gyun utilise son énergie pour créer une floppée d’images nouvelles, recourrant à une réalisation variée ainsi qu’à un montage démentiel (découpage de l’écran, ralentis accélerés), qui ne font jamais figure de style gratuit. Chaque image résonne de la force des personnages qui les habitent - que celle-ci soit exprimée librement ou refoulée - et sert véritablement l’action plutôt que de la manipuler simplement.

Les personnages - nombreux - sont tous parfaitement définis, et possèdent une approche propre de la force et de l’utilisation de leurs talents. Le calme pour Chae-Yi, l’éxubérance pour Jang Ryang, le refoulement pour Kyung-Soo... Notre héros caractérise d’ailleurs toute l’essence des arts-martiaux : ne pas déployer d’énergie pour un adversaire qui n’en vaut pas la peine. Une forme d’honneur qui consiste - comme l’explique un professeur emprisonné à Kyung-Soo - à ne pas supprimer son adversaire, simplement pour avoir une raison d’exister, en opposition. Une vérité - une destinée, même - que Kyung-Soo refuse longtemps d’admettre. Une responsabilité très "Spider-Man", finalement... mais autrement mieux exploitée que dans le trop léthargique film de Sam Raimi.
Le refoulement de son énergie par Kyung-Soo - parfait ingénu par ailleurs pour tout ce qui concerne les relations homme-femme - donne à Whasango tout son intérêt, permettant au spectateur de se construire son propre suspense, sa propre escalade d’énergie. Car la force de Kyung-Soo, à chaque fois qu’elle est esquissée, laisse imaginer un final dévastateur - ce à quoi nous avons bien sûr droit !

Car la qualité principale de Whasango est de parvenir à nous surprendre sans jamais tromper notre attente. Au fil des détours du scénario - parfaitement rythmé par l’arrivée de nouveaux combattants, et les prises de responsabilité que chacune entraîne chez les élèves - Whasango monte de plus en plus haut, va de plus en plus vite, livre des combats de plus en plus spectaculaires, et fait toujours plus de bruit. Jusqu’à ce hurlement final qui accompagne les dernières images pré-générique, que l’on a envie de se repasser en boucle tant elles symbolisent la parfaite symbiose du film : un humour forcément poseur, une action démentielle, une rage ravageuse... le tout filmé par une équipe transcendée.

Au vu du résultat, on comprend que Whasango ait nécessité onze mois de tournage. La pré-production en elle-même a dû être particulièrement soignée pour parvenir au look final du film : une approche très froide, très métallique de l’image qui confère un caractère futuriste / apocalyptique sans la moindre extravagance visuelle. Les effets spéciaux sont à l’image de ce travail subtil : très réussis mais jamais racoleurs, ils donnent corps aux joutes d’énergie pure sans jamais prendre le dessus sur l’énergie elle-même, finalement immatérielle.
Un paradoxe parfaitement maîtrisé qui termine de faire de Whasango un chef-d’oeuvre à la fois bourrin et subtil, un savant dosage qui annonce une nouvelle ère pour le cinéma d’action. Le XXIème siècle est vraiment là, cette fois c’est une certitude !
Reste à savoir quelle sera la prochaine étape de cette évolution, sans cesse plus gourmande en absorption sensorielle. J’en frissonne encore, et pour un bon moment je pense...
Vive Whasango, vive la Corée, et vive la vie !

Akatomy | 10.08.2002 | Corée du Sud

Whasango est disponible en DVD coréen : une magnifique édition double DVD DTS, avec une multitude de suppléments, sortie chez Cinema Service. A acquérir de toute urgence !!!

aka Volcano High School | Corée du Sud | 2001 | Un film de Kim Tae-Gyun | Avec Jang Hyeok, Shin Min-A, Heo Jun-Ho
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