What Price Survival

What Price Survival, première réalisation de Daniel Lee (Black Mask) qui fut un temps considéré comme l’un des jeunes espoirs du cinéma hongkongais, est un film unique et paradoxal. Dans son concept d’abord, de relecture du mythe du sabreur manchot, mais aussi dans sa nature, d’œuvre à la fois profondément représentative du cinéma HK du milieu des années 90, et tout autant outsider. Film de réaction et non d’action, décomposé en chapitres qui sont pourtant autant de combats, What Price Survival perturbe par ses apparentes lacunes narratives ; pourtant il convient de ne pas se laisser tromper : ce faux remake des classiques de Chang Cheh est d’une très grande richesse, aussi bien dans sa forme, évidente, que dans son fond d’une simplicité apparente.

Désireux de prendre la place de son maître, un disciple l’affronte en duel. Usant d’une ruse peu glorieuse, il remporte le combat face à Pai Fu-Kuo. Ce n’est cependant pas la vie de ce dernier qui l’intéresse, mais celle de son fils. Fondant une école de sabre rivale, il élève Wang Nin, l’ « orphelin », dans la haîne de Pai Fu-Kuo et de ses chevaliers, déclarant qu’il est responsable de la mort de ses parents... Devenu adulte, Wang Nin part affronter Pai, qu’il élimine au cours d’un duel lui aussi manipulé ; pour découvrir à son terme, que le supposé assassin était en réalité son père. Wang Nin se met alors en tête de se venger de sa famille d’accueil...

What Price Survival est avant tout un film de parti pris : celui de relooker le film de sabres HK. Le choix de Daniel Lee de se remplonger dans les films rageurs de la Shaw Brothers, n’est dès lors pas innocent. Même s’il n’en conserve que peu de choses, il reprend leur violence pour la remettre en forme, et participer à l’effort alors global d’éclatement des chorégraphies minutieuses chères à la colonie. Caméra portée et plongée au cœur d’une action, volontairement rendue moins lisible qu’à l’habitude... l’effort est moins pertinent que le sera celui de Tsui Hark sur The Blade l’année suivante, mais la volonté est la même, de ternir les mythes de la chevalerie asiatique.

Et s’il y a bien quelque chose que ce premier film du réalisateur de Black Mask réussit, c’est à ternir l’éclat de ses héros. Il lui suffit pour cela d’une introduction en forme de note d’intention - le disciple qui « gagne » le fils de Pai Fu-Kuo, Wang Ning, et déclare que celui-ci sera envoyé pour le tuer quand il sera grand - pour montrer les limites du code chevaleresque du doigt. Car le père de Wang Ning, en acceptant les règles de son clan, condamne son fils à n’être qu’un instrument de vengeance, dont le sabre sera manipulé par une réalité construite de toute pièce, par l’affrontement de deux hommes. Quoi qu’il fasse, il est lié au pêché et ne peut être un héros « positif ». D’emblée, What Price Survival s’affirme donc comme un film nihiliste, qui va s’acharner à montrer comment un homme se laisse consumer, inéxorablement, par une vengeance qui n’est même pas véritablement sienne.

Certains des choix effectués par Daniel Lee peuvent sembler étrange dans le cadre d’un tel tableau, comme une partie de l’ambiance musicale, mais ils participent à l’identité hybride de What Price Survival, à la fois très hongkongais dans sa description du destin et d’un amour impossible (on saurait d’autant moins s’en plaindre qu’il est véhiculé par la merveilleuse Charlie Young), et unique dans son éxhubérance stylistique, tout entière au service de la violence et de la mise à mort. Car What Price Survival au final, n’est que cela : la mise à mort d’un genre, au travers du symbole que représente l’auto-mutilation de Wang Nin. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Daniel Lee se détourne franchement, dans les derniers instants de son film, de La Rage du Tigre, en inversant le lien de causalité et d’apprentissage qu’il mettait en scène, entre la colère intérieure qui divise un homme et son membre tranché. Mais l’hommage est bien là, dans un acte de reconnaissance fulgurant, peut-être trop en marge pour que l’on puisse parler de chef-d’œuvre, mais qui témoigne d’une personnalité unique. A ce jour, What Price Survival reste à mon sens, l’un des seuls films de ce genre, d’une telle simplicité, d’une telle beauté, et surtout d’une telle force. Et si le cinéma HK est bien loin d’être mort aujourd’hui, une certaine partie de son innocence commençait effectivement à s’étioler en 1994, sous la neige de ce remarquable portrait de violence.

Akatomy | 25.10.2005 | Hong Kong

What Price Survival, longtemps introuvable, est disponible en DVD zone 2 français chez Asian Connection. Aucun supplément au programme, mais le film se suffit très largement à lui-même !

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