Whispering Sands

Daya et sa mère Berlian vivent seules dans un village isolé au bord de la mer, depuis que le père de la jeune fille, un colporteur en produits miracles, les a abandonnées bien des années plus tôt pour partir en quête de gloire.
Berlian, femme froide et renfermée sur elle-même, avare aussi bien en paroles qu’en sourires, veille sur sa fille - qu’elle appelle "enfant", évinçant volontairement son prénom, et par là même une part de son identité - avec un instinct protecteur démesuré. Daya est une jeune fille capable de vivre de l’air du temps avec un sourire permanent, qui aime s’allonger sur le sable pour écouter les chuchotements qu’elle déclare y entendre, mais aussi rêver de retrouver son père. Lorsqu’une série de "meurtres au hasard" (’random killings’) frappe le village de marins, les deux femmes savent que le moment de quitter leur village approche, même si Berlian ne veut s’y résoudre. Les pillards et les flammes qui rongent leur cahute les mettront toutefois en route pour de nouveaux horizons...
La famille incomplète s’installe dans un nouveau village, où la tante de Daya qui leur rend visite tente de faire de sa nièce une jeune fille plus moderne ; lui faisant miroiter, sans mauvaises intentions, les attraits de la ville. Berlian, femme-médecin proche de la rebouteuse en plus de mère couveuse, voit bien sûr cette "débauche" d’un mauvais œil et punit sa fille pour mieux la protéger. Le retour inattendu du père de Daya va entraîner cette dernière sur la voie cruelle de la découverte de la vie et du fonctionnement de sa propre société, qu’elle découvre, en parallèle, au travers des premières études et d’une amitié nouvelle...

Etant donné que nous avons changé notre fusil d’épaule - délaissant les "blockbusters festivaliers" tels que Peony Pavilion pour privilégier des films plus difficiles à recroiser dans nos vies de cinéphiles - il nous a paru normal de nous rendre à la projection de ce Pasir Berbisik, seul film indonésien présenté et qui plus est en compétition officielle. Exit donc Waterboys (film japonais qu’il sera possible de découvrir en DVD avant la fin du mois), enter Dian Sastrowardoyo...

Dés les premières images du film, notre curiosité vorace laisse place à un émerveillement inattendu : une jeune fille est allongée sur une dune de sable, une femme - sa mère - vient la chercher.
Le paysage est aussi terne que magnifique, le bleu du ciel s’empare de la salle de projection, notre regard se plonge dans celui - rêveur - de la jeune Daya, qui s’exprime en voix-off pour nous exposer l’abandon de son père et sa situation actuelle. En arrière plan, une musique traditionnelle subtile s’apprête à être envahie par des percussions qui résonneront régulièrement dans nos poitrines, intrus aussi redoutés qu’attendus.
Le drame se dénoue, les paysages changent, s’enrichissent, continuent de nous émerveiller. Daya et sa mère croisent un homme qui offre à la jeune fille un masque qu’elle doit accrocher derrière la tête pour se protéger des esprits maléfiques du désert. Sa mère, elle, n’en a pas besoin car elle a "des yeux derrière la tête". Ce masque - joliment paradoxal pour une enfant qui ne regarde que devant elle - offrira au film ses plus belles images.
Mais la véritable beauté de ce Whispering Sands dépaysant, c’est la force simpliste de la relation mère-fille sur laquelle le film construit son rythme, qui se résume à un langage corporel et instinctif - comme l’illustre parfaitement ce décompte de Daya qui mène toujours, à la seconde près, au regard de Berlian sur sa fille.

Face à Daya, jeune fille naïve et enthousiaste magnifiquement interprétée par Dian Sastrowardoyo (qui a d’ailleurs remporté un Lotus de la meilleure actrice bien mérité), le personage de Berlian semble d’autant plus dur que la mère ne parle presque jamais, si ce n’est pour ramener sa fille à l’ordre. La scène d’arrivée du père, qui se joue dans un enchaînement consensuel de silences et de regards, nous emmène sur les premières pistes de la compréhension d’un personnage meurtri avec une économie narrative surprenante. Le personnage du père viendra ensuite troubler ce silence, le parer de mots inutiles et trompeurs et étouffer les murmures du sable indonésien, mais il ne parviendra pas réellement à briser le lien qui unit la mère et la fille.

Sous la photo incroyable de Yadi Sugandi, Whispering Sands nous entraîne donc à la découverte de deux personnages féminins magnifiques, qui semblent souvent en connivence avec les vents et les sables (dans la fin du film tout particulièrement). Le premier long métrage de Nan T. Achnas opère donc une symbiose parfaite entre un univers parallèle fait de sable, de lumière et de végétation avare, et un duo de protagonistes simples et riches à la fois.

Whispering Sands est un conte initiatique au féminin, mis en image par une femme (et cela se ressent dans la douceur doublée d’assurance de la narration - un paradoxe avant tout féminin), qui partage quelques points communs avec le récent Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki, notamment cette identité reconnue qui passe par l’acceptation d’un prénom. Et tout comme l’héroïne de Miyazaki, l’incroyable Dian Sastrowardoyo possède la dualité d’une femme-enfant en passe de comprendre le monde qui l’entoure : la beauté d’une femme en devenir, l’innocence d’une éternelle enfant qui rêve sans se retourner sur son triste passé, la nostalgie douce et réconfortante à laquelle les murmures du sable, en repos ou en mouvement, ne cesseront sans doute jamais de faire écho. Whispering Sands est assurément l’un des plus beaux voyages cinématographiques qu’il m’ait été donné de faire.

Whispering Sands n’est disponible nulle part, il n’y a plus qu’à espérer qu’un jour il sorte sur nos écrans... Appel à distributeur !

aka Pasir Berbisik | Indonésie | 2001 | Un film de Nan Triveni Achnas | Avec Christine Hakim, Slamet Rahardjo Djarot, Dian Sastrowardoyo
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