White Badge

"Le reste n'est que silence"
- Hamlet dans son dernier souffle

Han est pigiste dans un quotidien de Séoul. Son éditeur le pousse à écrire sur la Guerre du Vietnam, à laquelle il a participé des années auparavant. Mais Han ne souhaite plus y repenser, et écrire quoi que ce soit sur le sujet lui déchire l’âme. Un soir, il reçoit un coup de fil de Pyon, un soldat qu’il a bien connu pendant le conflit. La voix du soldat a bien changé et sa discussion est assez évasive. Cette courte conversation fait ressurgir en Han des souvenirs de la guerre.

Le régiment de Han est au Vietnam depuis six mois, et ils n’ont pris part dans aucun combat ; à vrai dire les soldats n’ont creusé que des tranchées depuis leur arrivée. A part le dépaysement, la vie s’écoule presque paisiblement dans le campement. Même l’officier le plus gradé participe à cette belle ambiance qui règne chez les coréens. D’ailleurs aujourd’hui il va choisir lequel de ses soldats va avoir l’honneur d’écrire à sa propre sœur. Les hommes ayant déjà une petite amie sont d’emblée éliminés. Il ne reste que deux candidats, Pyon et le Caporal Chol. Immédiatement, Pyon laisse son supérieur passer avant lui. Ceci touche le chef du camp qui donne la photo de sa sœur au jeune militaire en lui confirmant que s’il lui écrit des lettres, elle lui répondra.

Ce souvenir maintenant posé sur papier ne contente pas l’éditeur du journal. Han refuse pourtant d’écrire autre chose. Mais un nouvel appel de Pyon va, malgré lui, le pousser à se souvenir encore et encore, jusqu’à ce que son cerveau se remémore pleinement les événements de cette époque. Surtout que dans la foulée il reçoit un colis de la part de Pyon, à l’intérieur duquel se trouvent une photo de leur régiment et une arme à feu.

Han se souvient alors de sa première réelle mission et donc de son premier meurtre, celui d’un vietcong qui se terrait dans un souterrain, une grenade à la main. A peine sorti, il se rappelle avoir vu l’un de ses amis mourir sous le souffle d’une grenade, dégoupillée par une vietcong. Il se souvient s’être senti mal, très mal. Il vient de faire face à l’immonde horreur d’une guerre à laquelle il n’a pas de raison de prendre part. Il vient de tuer un homme et personne ne peut l’en accuser en temps de guerre. D’ailleurs il est recommandé de couper les oreilles de tous les ennemis pour prouver leur mort. Cela le révulse.

Ce second souvenir qu’il apporte à l’éditeur, lui vaut les félicitations de ce dernier et la promesse de la parution d’un livre. Un petit dîner est même organisé en son honneur et il a le privilège de passer la nuit avec une femme de mauvaise vie. C’est assez pour qu’il se souvienne une nouvelle fois du Nam.

Un soir de permission, il se dirige vers le quartier des prostituées, en compagnie d’un soldat de commando. Là il voit le jeune soldat honorer dignement la fraîche vietnamienne. Plus tard ce dernier avoue au Sergent Han qu’il n’est plus vierge, et que sa fiancée n’a pas eu le courage de l’attendre et qu’elle s’est mariée avec un autre homme. Des américains arrivent et une rixe a lieu, pourtant ils sont dans le même camp.

Pyon décide enfin de se montrer, mais là encore il ne répond à aucune question de Han. Il s’enfuit. Han se retrouve seul et ne parvient pas à comprendre pourquoi Pyon lui a envoyé cette arme. Il décide de remonter la trace du colis, tout en transposant ses pensées sur papier.

"I think I know, looking back, we did not fight the enemy, we fought ourselves and the enemy was in us." [1]

Véritable introspection dans l’âme du soldat envoyé au front sans raison valable et qui en reviendra traumatisé. Oui je sais vous allez me dire que tout a été fait et dit sur la Guerre du Vietnam. SpringFellow Hawk qui a perdu son frère, ou bien Walken qui ne s’en remettra jamais. A cela je répondrais seulement que peu de films traitent de la guerre du Vietnam, vue du côté coréen. Mais White Badge est surtout un film qui s’intéresse aux hommes qui ont vécu cette guerre, plutôt qu’aux horreurs de la guerre elle-même. C’est l’histoire de ces deux hommes, Pyon qui errera dans la jungle tout le reste de sa misérable existence, et Han qui croit pouvoir exorciser ses démons en les décrivant dans un livre.

"The war is over for me now, but it will always be there the rest of my days." [2]

Ces hommes de raison, qui l’ont perdue partiellement (Han) ou complètement (Pyon), ne se retrouvont que pour mettre en commun leur folie silencieuse et destructrice ; certains pour expier leurs pêchés, d’autres pour... pour... parce que c’est ainsi !!!!

White Bagde est un film juste parlant des injustices, que l’Homme s’inflige de lui-même et à lui-même. Ce n’est pas un film rempli de morceaux de bravoures, c’est un film sale !! C’est l’histoire de toute guerre. Des hommes jeunes envoyés à la mort ou pire à la folie !! Mais aussi des hommes qui ont survécu et qui doivent vivre, les yeux tournés vers le fond de leur âme meurtrie.

Le fabuleux acteur Ahn Sung-Ki donne ses traits au sergent Han. Réticent au moment de griffonner ses souvenirs, puis accro à cette confession par le crayon, Ahn Sung-Ki est tout simplement h-a-l-l-u-c-i-n-a-n-t. Et quand face à lui se trouve le non moins talentueux Lee Kyung-Young, le film s’illumine et devient d’une hauteur et justesse telles que l’on a du mal à garder les yeux fixés sur l’écran.

White Badge remet les points sur les i en ce qui concerne la guerre, et le traumatisme humain subséquent !!!

"Those of us who did make it have an obligation to build again to teach to others, what we know and to try with what’s left of our lives to find a goodness and meaning to this life." [3]

Takeuchi | 16.07.2003 | Corée du Sud

DVD coréen (all zones) édité par Neo Sense.
Curieux pressage que celui-ci, le master utilisé pour cette édition est très noir et possède un contraste foncé très poussé. Le Surround grésille au moindre son puissant. Et les sous-titres anglais sont brûlés sur le bas de l’image.

Suppléments très pauvres, des bios uniquement en coréen et une galerie de photos qui défile seule.

Malgré son étui cartonné et surtout au vu du film, cette édition est bien décevante !!

[1Chris Taylor (l’immense Charlie Sheen !!!) dans le final de Platoon, sans doute ce qui a été écrit de plus juste sur la guerre.

[2idem.

[3idem.

aka La Guerre blanche | Corée du Sud | 1992 | Un film de Chung Ji-Young (Jeong Ji-Yeong) | D’après le roman d’Ah Jung-Hyo | Avec Ahn Seong-Gi (Ahn Sung-Ki), Lee Kyung-Young, Sim Hea-Jin
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