Women from Mars

Que peut-on bien attendre d’un film qui regroupe Andrew Lau et Raymond Yip derrière la caméra ?
Le premier, réalisateur de six épisodes de la fort critiquée série des Young & Dangerous, a connu un moment de gloire potentiel avec le spectaculaire The Storm Riders en 1998. S’il s’est depuis principalement acharné dans la voie des gros budgets avec effets spéciaux, il est cependant loin d’avoir renoué avec le succès - et ce ne sont pas les récents (et mauvais) The Avenging Fist et The Wesley’s Mysterious File qui y ont changé quelque chose.
Le second a une bien meilleure place dans notre estime, notamment parce qu’il a réalisé Sixty Million Dollar Man et I’m Your Birthday Cake - et plus récemment, Beauty and the Breast. C’est d’ailleurs la considération de dernier film cité qui nous amène à penser que Yip Wai-Man est plus à l’origine du projet que ce cher Andrew Lau : n’y a-t-il pas en effet qu’un tout petit pas qui sépare un film avec des hommes à poitrine d’un autre avec des hommes équipés de sexes féminins ?

Et oui, car tel est bien le sujet de Women from Mars - ou du moins pendant la deuxième moitié du film. Car il faut bien expliquer comment nos héros en arrivent là...

Tom Kan (Ekin Cheng), Michael (Michael Wong) et Bo (Cheung Tat-Ming) sont trois supers copains - et aussi trois super machos. Tom Kan est coiffeur - pardon styliste - dans la plus grande agence de relookage de Hong Kong. C’est aussi un dragueur invétéré, qui accumule les nouvelles petites amies sans jamais savoir se séparer des anciennes, et qui se livre à un concours avec son ami Brad Pitt (Stephen Fung, décidemment dans beaucoup de coups fourrés en ce moment). Michael est avant tout un sportif, champion - entre autres - de Danse du Lion. Il est issu d’un village très particulier puisque les femmes n’y ont pas droit à la parole - une caractéristique qui ne convient que très moyennement à sa petite amie journaliste. Bo enfin est propriétaire d’un magasin d’animaux, et il use de tous les moyens pour forcer la sympathie des femmes sur lui. Il traite cependant sa petite amie de façon misérable, se contentant par exemple de lui filer un biffeton quand celle-ci lui apprend qu’elle est enceinte, histoire d’ "assumer sa responsabilité" en payant une part de l’avortement. Tous des bons gars, quoi ! Mais comme nous l’explique notre mystérieux narrateur dés les premières images du film, les trois lascars ne vont pas tarder à payer pour leurs méfaits...

Le destin leur donne en effet rendez-vous à tous les trois dans une station service, un soir. Leur apparait une jeune femme superbe que les trois décident de courtiser (on les comprend un peu, c’est quand même Shu Qi, venue arrondir ses fins de mois !). Ils montent dans un mini-bus pour "attaquer" la jeune femme, mais celui-ci, conduit par un Louis Koo ricanant, est en réalité à destination... de l’enfer !!! Et oui, un simili-accident plus tard, nos héros immondes se retrouvent avec les flammes au derrière pour leurs comportements respectifs avec la gente féminine - et Shu Qi et Louis Koo ne sont autres que des messagers infernaux (je veux bien une place, moi, si c’est vraiment comme ça !). Mais Shu Qi reçoit un coup de fil en pleine visite guidée : il n’y a plus de place en Enfer (alors les morts devraient revenir sur Terre, non ? Ah bon, je me suis trompé de film ?). Alors nos trois loulous reviennent chez eux, avec une petite suprise : ils n’ont plus de quequettes, et sont désormais équipés comme des femmes ! Dure réalité, qu’ils doivent pourtant accepter. S’ils veulent retrouver leur virilité, Tom Kan, Michael et Bo ont un mois pour trouver l’amour - mais il faut qu’il soit sincère, et validé par un "je t’aime" réciproque...

Attention, la deuxième partie de cet article - en plus d’être négative, désolé - contient de nombreux spoilers !

Alors, affligeant ou terriblement drôle, ce Women from Mars au sujet délirant ? Malheureusement, la balance penche beaucoup plus du côté du premier qualificatif. Déjà, le film est très mal équilibré : il faut attendre une bonne quarantaine de minutes (sur environ 90) avant que nos héros perdent leur virilité. On comprend d’ailleurs facilement, à la vision du film, le pourquoi de ce déséquilibre : nos réalisateurs sont bien plus à l’aise dans la narration des méfaits de leurs personnages masculins que dans l’exposition de leur drôle de rédemption. Ainsi, Ekin Cheng et Michael Wong ont-ils l’occasion de jouer des rôles presques auto-critiques au cours de cette première moitié - notre SDU favori allant même jusqu’à se moquer de son propre niveau d’expression en cantonais ! Cheung Tat-Ming, lui, incarne sans doute le personnage le plus repoussant, nous emmenant du comique (vive les blagues avec la morve) à l’immonde, avec l’histoire du bébé "potentiel" sus-citée... Jusque là tout va bien, les deux réalisateurs nous amènent à attendre avec impatience la punition de ces trois êtres en-dessous de tout, que ce soit plus ou moins par maladresse (pour Ekin Cheng), par méchanceté pure (pour Cheung Tat-Ming), ou entre les deux : par bêtise (Michael Wong).

Mais le film dérive après la courte virée en enfer qui nous donne l’occasion de revoir - c’est toujours un plaisir - le si joli sourire de Shu Qi, pour l’occasion déguisée en diablesse mignonne. En l’espace d’un mois mais seulement une quarantaine de minutes (qui plus est mal choisies), Tom Kan, Michael et Bo passent chacun du monstre à l’homme modèle, en vivant "comme des femmes" : ainsi avons-nous droit à des blagues réductrices sur la menstruation, le caractère féminin craintif et j’en passe. Y’en a même un qui tombe "enceint" ! Et les problèmes des femmes de se réduire rapidement à l’achat de serviettes hygiènique, et à l’obligation de devoir uriner assises. C’est peu, vous en conviendrez, et pourtant ça suffit au revirement de comportement de nos héros ! Et il y a une raison derrière tout celà : c’est qu’un homme, aux yeux de tout ce petit monde, c’est avant tout une bite (if you pardon my french, comme qui dirait). Je ne dis pas que ce n’est pas vrai - chacun son point de vue, n’est-ce pas ? - mais il paraît difficile d’asseoir une quelconque rédemption masculine en partant d’un tel principe.

Pour confirmer cette impression, Ekin Cheng retrouve l’amour en suivant son sexe ressucité, qui agit comme une boussole : une dernière touche inhumaine qui confirme bien tout l’échec de ce Women from Mars qui ne démarrait pourtant pas si mal. Quitte à être "hardcore" et gras, une approche au vingtième degré aurait tout de même été très largement préférable à ce discours faussement féministe, magistralement hypocrite et opportuniste. Mais n’est pas Wong Jing qui veut !

Akatomy | 30.08.2002 | Hong Kong

Women from Mars est disponible en VCD et DVD HK chez Universe.

Hong Kong | 2002 | Un film de Andrew Lau Wai-Keung et Raymond Yip Wai-Man | Avec Ekin Cheng Yee-Kin, Michael Wong Man Tak, Cheung Tat-Ming, Kui Wing, Audrey Fang Chi-Shuen, Louis Koo Tin Lok, Shu Qi (Hsu Chi), Francis Ng Chun-Yu, Stephen Fung Tak-Lun, Kristy Yeung Kung-Yu, Pinky Cheung Man Chi, Wayne Lai
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