Wu-Ji, La Légende des Cavaliers du vent

« Vas-y, chevauche... chevauche ton Roi !!! » Dagobert.

Sur un champ de bataille, maintenant tout à fait calme, la petite Qinsheng se met en quête de quelque nourriture. Quand enfin elle trouve pitance, la jeune miséreuse est mise à mal par un garçonnet en armure en manque d’esclave. Parvenant à prendre la fuite, après avoir eu recours à un stratagème peu machiavélique, Qinsheng rencontre la déesse Man, qui lui propose de transformer sa destinée de médiocre en une vie de grâce, de beauté, d’élégance, de sustentations multiples et douces... de princesse... de courtisane. La fillette accepte sans sourciller et voici son avenir assuré, non sans avoir aussi dû accepter la condition imposée : pour vivre dans une telle opulence, elle devra sacrifier l’amour, l’être qu’elle aimera...

Des années plus tard, le Général Guangming et ses troupes affrontent de terribles barbares dans un canyon aux parois aussi protectrices qu’enclavées. Pour se sortir de ce guêpier et surtout remporter une facile victoire, Guangming n’hésite pas à acheter une centaine d’esclaves, dans le seul but de les sacrifier en les lançant face aux bovins enragés des ennemis. Mais voilà contre toute attente, un homme, « un sous-homme », un esclave, parvient à s’extirper de la cavalcade et à retourner la horde en direction des envoyeurs. C’est à quatre pattes puis debout sur ses pieds qu’il conduit la contre-attaque, filant plus vite que la plus rapide des bêtes sauvages, glissant sur les falaises ravinées à la vitesse du faucon, non, plus vite en fait que tout être vivant connu... Ce retournement d’une efficacité prodigieuse donne la victoire au Général en Chef qui prend l’esclave Kunlun sous son aile : lui non plus ne manquera plus de rien...

Le répit est de courte durée, car le Roi est assiégé dans son propre palais par le Duc Wuhuan, et réclame l’aide de son Général invincible. Mais voilà que sur le chemin de la cité royale, le maître et son esclave sont attaqués par Guilang, un fabuleux guerrier d’une vélocité jamais égalée au combat. Blessant à mort le Général, Guilang prend la fuite quand il comprend que Kunlun n’est pas un asservi, mais bel et bien un habitant du Pays des Neiges. Dans l’incapacité de se mouvoir, le Général Guangming ordonne à Kunlun de revêtir son armure et de voler au secours de sa Majesté...

« Tu reconnaîtras le Roi... c’est le seul qui ne porte pas d’arme.. »

Le palais est bel et bien en état de siège, le Roi est parvenu à se hisser avec la plus désirable de ses concubines, sur le toit d’or d’un porche de sa citadelle. En bas la foule de soldats ennemis et le Duc renégat en personne sont dans un état second. Surtout quand la belle Qinsheng dévoile un à un ses charmes en entamant un striptease, dont le seul but est de gonfler suffisamment la poitrine des hommes de désir pour les convaincre d’abattre le roi. Devant un tel revirement de sa maîtresse celui-ci brandit son glaive et meurt de la main de Kunlun/Général qui, attrapant au vol la belle Qinsheng, prend la fuite...

« Tu ne dois pas mourir... Tu ne dois pas mourir... »

Acculé au bord d’un gouffre, Kunlun, toujours coiffé de son heaume, n’a d’autre choix que de se sacrifier en plongeant dans la gorge des chutes d’eau en échange de la vie sauve de Qinsheng. Le Duc se voit donc maintenant le Roi de ce royaume et le très chanceux maître de la plus radieuse des femmes sur cette Terre... Mais Kunlun rejoint bien vite son maître, qui lui somme tout aussi vite de lui ramener Qinsheng...

D’emblée ce qui nous surprend dans Wu-ji, La Légende des Cavaliers du Vent c’est le casting internationalement asiatique, Hiroyuki Sanada en premier lieu, qui fort de sa prestation dans le Dernier Samouraï d’Edward Zwick et au port de l’armure inné et quasi aristocratique dont il fait preuve, vole la vedette à la totalité des autres acteurs dont le très prolifique Jang Dong-Gun, dont on reparlera dans les lignes suivantes. Ce rôle de Général lui colle tellement bien à la peau qu’Henry (son prénom à l’international) se permet même des coquetteries de jeu dans les séquences qui le lient au personnage de Qinsheng. Jouant la carte du jeune premier, un peu bellâtre et insufflant une force chorégraphique balayant la majeure partie de ses opposants, Hiroyuki Sanada porte aussi bien le visage de l’amant usurpateur que celui de l’officier orgueilleux. Maître de sa gestuelle et intimement convaincant, Sanada reste la clef de voûte de cette épopée tant son personnage relie les autres entre eux. Quel homme cet Hiroyuki... Peu d’acteurs peuvent se vanter d’une telle justesse, d’une telle noblesse, d’un tel talent... Denzel Washington peut-être... quelque part. Faites un détour du côté de Tasogare Seibei (The Twilight Samurai de Yoji Yamada) pour vous en convaincre.

L’esclave Kunlun est interprété par Jang Dong-Gun, qui depuis 1999 et Nowhere to Hide a fait un chemin considérable, passant allégrement des blockbusters tels que 2009 Lost Memories et Taegukgi à des compositions aussi surprenantes que Coast Guard de Kim Ki-Duk, sans oublier Mutt Boy (Ddong Gae /2003), ChinGu (Friend /2001) et bientôt Taepung, tout trois signés par Gwak Gyeong-Taek. Censé être le rôle principal de ce conte, Jang se voit relégué bien vite au second plan, n’existant plus que par le biais de Guilang (Liu Ye). Deuxième face d’une même pièce, revers grisâtre d’une médaille, Guilang, le tueur dévoué du Duc, apporte la profondeur nécessaire à celui de Kunlun qui a bien du mal à se dépêtrer de son attachement pour Qinsheng et de sa dévotion aveugle au Général. Mais malgré tout cette résonance confère à Kunlun aussi bien de l’importance, qu’il devrait avoir dans cette histoire, que de l’inintérêt qu’il a dans une grande partie du métrage. Mais tout ceci devient bien vite relatif quand apparaît à l’écran Wuhuan, plus connu sous le doux nom de Nicholas Tse.

Tse, acteur qui a d’aussi belles mèches de cheveux qu’Aaron Kwok, est clairement trop jeune pour ce rôle et surtout si peu expérimenté, son approche est si vide de tout qu’il nous est bien difficile de nous concentrer sur autre chose. Seigneur, il est bien loin le temps où, associé à un Wu Bai en très grande forme dans Time and Tide, il faisait plaisir à voir, maintenant devenu star au standing imprécis, le pauvre Nicholas fait ce qu’il peut avec ce qu’il n’a toujours pas : une motivation... Quant à la magnifique Cecilia Cheung, il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’à l’instar de Nastassja Kinski, elle devient de plus en plus belle de jour en jour...

Wu-ji est la continuité du Grand Retour du film en costumes, à budget confortable, tiré d’une histoire romancée ou d’une légende imprécise, la recette est connue mais... elle fonctionne toujours quelque peu. Certes il s’agit d’un chemin bien glissant et déjà maintes et maintes fois employé que celui du conte dégoulinant d’amour, d’épéisme en tous genres, de trahisons et d’héroïsme poussés à leur paroxysme. S’engouffrant dans la brèche béante ouverte par le Crouching Tiger, Hidden Dragon d’Ang Lee par lequel le monde découvrait ce dont étaient capables des asiatiques suspendus à des câbles, Chen Kaige, bien loin de son Farewell My Concubine, suit assez mal les traces laissées par Zhang Yimou et l’intégrisme impérialiste de son Hero. En fait, Kaige ne parvient pas à se situer ou plutôt à situer son film qui tangue entre le comique de boulevard (le manteau en plumes de paon et fanfreluches noires et l’entière garde robe de Nicholas Tse) et le film tentant de véhiculer les sentiments nobles supposés mouvoir de tels personnages.

Wu-ji surfe sur la vague trop encombrée de films épiques et/ou historiques : Hero et Tigre et Dragon (déjà cités), mais aussi House of Flying Daggers (avec sa scène finale à la neige synthétique consternante voire déplacée). On peut également penser aux coréens Bichunmoo, Musa ou encore Legend of the Evil Lake, ce dernier bien largement inspiré de l’immense The Bride with White Hair de Ronny Yu, qui date déjà de 1993... Tenez en passant, le directeur photo de Wu-ji est l’homme qui a éclairé Chow Yun-Fat et Michele Yeoh, ainsi que le Chinese Feast de Tsui Hark.

Allez cessons la critique et oublions certaines associations de couleurs parfois malheureuses (la dorure des toits et le vermillon des murs), et revenons à des choses plus terre à terre. Car en définitive Wu-ji, La Légende des Cavaliers du Vent n’est pas si mal derrière sa petite montagne de défauts (dont le sommet est sans conteste le jeu de Nicholas Tse qui en y réfléchissant fait tout de même sourire, bien qu’encore une fois ce ne soit pas l’objectif de son rôle).

Wu-ji, La Légende des Cavaliers du Vent sortira sur les écrans français le 15 mars 2006. Sincères remerciements au service presse de TFM Distribution.

aka Mo gik - The Promise | Chine | 2005 | Avec Hiroyuki Sanada, Jang Dong-Gun, Cecilia Cheung Pak-Chi, Nicholas Tse Ting-Fung, Hong Chen, Liu Ye, Cheng Qian
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