X-Cross

En pleine déception amoureuse, Shiyori (Nao Matsushita) part séjourner quelques jours dans le village d’Ashikari et le réconfort de ses sources chaudes, avec sa meilleure amie Aiko (Ami Suzuki). Si la première est une jeune femme toute d’émotions et fidélité, aussi bien en amour qu’en amitié, la seconde, plutôt cuir et bad girl, cumule les relations masculines sans jamais s’y attacher. On comprend dès lors qu’à leur arrivée dans cet étrange village perdu dans les montagnes, après avoir manqué d’écraser une mystérieuse vagabonde au propos incohérents et infernaux, les deux jeunes femmes se disputent et se séparent. Une distance qui va se maintenir lorsque, répondant à un téléphone oublié dans un placard de son chalet, Shiyori apprend de la voix parasitée d’un mystérieux interlocuteur, que les claudicants villageois sont sur le point d’en attenter à l’intégrité de sa jambe. La légende dit, en effet, que le village d’Ashikari a une longue tradition de jambes féminines sectionnées, les bûcherons de la région ne souhaitant pas voir leurs femmes les quitter. Shiyori est prise en chasse par les villageois dans la forêt, et tente de renouer contact cellulaire avec sa copine frivole, persécutée pour sa part par une paire de ciseaux sans cesse plus grande dans les mains de la menaçante vagabonde...

S’il est un réalisateur japonais contemporain dont on ne peut affirmer s’il est un génie ou un insolent je-m’en-foutiste, c’est bien Kenta Fukasaku. Fils de la légende à qui il doit son célèbre patronyme, l’auteur de Battle Royale s’est étrangement illustré sur la suite ambigüe du dernier film de son père, autant que sur la relecture exclusivement fan service de Sukeban Deka ; avant de s’attaquer, grâce à l’aide du scénariste du diptyque Death Note de Shusuke Kaneko, à l’adaptation d’un roman de Nobuyuki Jôkô. X-Cross, fruit de cet union, est un film qui ne détonne aucunement dans la courte filmographie du metteur en scène, laxiste et complaisant dans son approche, surréaliste et parfois extravagante, de l’horreur nipponne teintée de téléphonie mobile.

Point de SMS funeste ou de malédiction sur répondeur au programme de ce périple dans les montagnes boisées du Japon toutefois ; Fukasaku, respectant si l’on en croit les insolites titres de chapitres qui découpent le film, la structure du livre d’origine, joue de l’omniprésent objet de communication contemporain pour relier les points de vue du film, morcelés dans l’espace et le temps. Ainsi l’on suit d’abord longtemps Shiyori en perdant de vue Aiko, puis rebondit-on sur le téléphone de la première pour renouer avec la seconde, et ainsi de suite. Bien évidemment totalement artificiel et illogique, ce liant narratif n’en est jamais vraiment un et la structure de X-Cross sert à épicer une trame sans saveur, créant du suspense là où, dans la linéarité, il n’y aurait eu que vaines déceptions amicales et poursuites improbables, entre une jeune femme en bonne santé et des villageois aux tendons sectionnés.

Maître de l’incohérence effrontée, Kenta Fukasaku agrémente son film d’une trame annexe au contexte délaissé (et pour cause, il est, bien que vaguement justifié, inexplicable), en la figure fabuleuse de Reika et de ses ciseaux polymorphes. D’abord raisonnables, ils tiennent rapidement du sécateur puis de lames géantes, façon Clock Tower [1], et permettent à X-Cross de se doter de confrontations interminables (les résurrections de Reika feraient presque pâlir le Chucky de Child’s Play 2) et ô combien jouissives, entre la lolita, gothique et déplacée, et une Aiko qui se transforme en combattante redoutable. Cet aparté narratif éclipse d’ailleurs sans mal la traque dont est victime Shiyori, simple prétexte à un twist banal, et offre au film une apothéose loufoque et sanglante à souhait, lorsque les lames de Reiko rencontrent celles, moins grandiloquentes, des villageois en passe d’ôter la jambe gauche d’une Shiyori crucifiée, et que chaque trame s’étonne de l’existence de l’autre. Pendant ce temps là, Kenta abuse encore du téléphone, faisant de sa capacité à prendre des photos à même de révéler au monde la morbide tradition d’Ashikari, une arme improbable dans les mains d’Aiko...

X-Cross donc, n’est pas plus un « vrai » film que ses prédécesseurs ; mais tout comme eux, il est impossible de ne pas se laisser porter par cet aller-retour entre des objectifs narratifs qui ne se complètent jamais vraiment, tant il est généreux en diable dans son inconsistance. Et Ami Suzuki, comme à son habitude, est délicieuse, surtout lorsque la J-popstar décide de briser avec force violence et détermination le motif d’enfermement dans les toilettes auquel la contraint son réalisateur, et de jouer le jeu de ses fantasmes en roue libre. Un cinéma dispensable et peu théorique, certes, mais très agréablement éphémère !

Akatomy | 3.09.2009 | Japon

X-Cross est disponible en DVD sous-titré un peu partout et notamment en France : une sortie atypique qui s’explique certainement par la possibilité d’apposer un sticker Battle Royale sur l’invention la plus stupide de la distribution vidéo : le fourreau.

[1Clock Tower : The First Fear est un jeu vidéo point and click sorti en 1995 sur Super Famicom et vaguement adapté du Phenomena d’Argento, dans lequel Jennifer Simpson doit échapper à un certain Bobby doté d’énormes ciseaux. Une référence peut-être pas si fortuite que ça, puisque Kinji Fukasaku a réalisé le quatrième opus en date de la série, le mal nommé Clock Tower 3, sorti en 2003 sur PlayStation 2.

aka XX (Ekusu Kurosu) : Makyö Densetsu | Japon | 2007 | Un film de Kenta Fukasaku | Avec Nao Matsushita, Ami Suzuki, Shoko Nakagawa, Maju Ozawa
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