Xiao Jiang

On connaissait la timidité des réalisateurs d’origine asiatique. La jeune Xiao Jiang, venue présenter sa première réalisation Electric Shadows au 7ème festival du film asiatique de Deauville (pour laquelle elle a reçu le Lotus Première du public), en est une illustration extrème, nous présentant son film de la façon suivante : « J’espère que vous ne perdrez pas une heure et demie de votre temps devant ce film ». Evidemment - et même s’il a fallu la rassurer pendant notre rencontre - il n’en fut rien car Electric Shadows est une merveille !

Sancho : Qu’est-ce qui vous a amené à la réalisation d’Electric Shadows ?

Xiao Jiang : Après avoir été dipômée de la Beijing Film Academy, j’ai réalisé cinq téléfilms et écrit un certain nombre de scénarios, jusqu’à celui d’Electric Shadows, qui est devenu mon premier film.

Il y a 20, 30 ans en Chine, le milieu du cinéma était très développé, mais maintenant ce marché a beaucoup changé. Quand j’étais petite, je voyais beaucoup de films - de très bons films - et ce que je voulais c’était d’une certaine façon écrire mes mémoires par rapport à cette jeunesse, et les partager avec le public.

Comment avez-vous choisi les films projetés au cours d’Electric Shadows ?

Même si j’ai moi-même été très marquée par des films américains - comme Il était une fois en Amérique - ou italiens - comme Cinema Paradiso -, et que j’aime particulièrement le cinéma coréen contemporain, je ne pouvais pas inclure ces films dans Electric Shadows. Les films présentés, comme Street Angel qui date des années 30, sont des films très connus des spectateurs chinois. J’ai aussi utilisé des films des années 60, 70, 80... je ne voulais pas par ailleurs, comme c’est un film qui parle d’émotions et de relations entre les gens, faire naître trop de référence à ces films pour les spectateurs étrangers ; comme ce sont des films qu’ils ne connaissent pas, il ne peuvent pas avoir de véritable réaction envers les films projetés.

Le film est construit sur un équilibre étonnant entre la joie et la tristesse ; on ne sait jamais dans lequel on va basculer, et on ne verse jamais complètement dans l’un ou dans l’autre. Etiez-vous consciente, dès l’écriture du film, de jouer ainsi sur toute la durée de l’histoire avec les émotions du spectateur ?

[ Inquiète ] C’est un commentaire admiratif ou une critique ?

Admiratif ! Cette hésitation constante entre les larmes et le sourire est très forte, et éloigne parfaitement Elctric Shadows du mélodrame.

[ Soulagée, la réalisatrice rigole ] Merci ! Comme c’était mon premier film, je sentais que ma maîtrise du cinéma n’était pas très bonne et je n’avais pas vraiment confiance en moi. C’était simplement mon premier pas dans ce métier. Mais si j’ai pu atteindre ce résultat, c’est vraiment grâce à beaucoup de gens, mon producteur, la société de production... toute seule je n’aurais pas été capable d’y parvenir, c’est donc une très bonne surprise pour moi !

Est-ce que les réactions des acteurs enfants, qui sont impressionants, ont aidé au dosage de ces émotions qui paraissent réelles ? Ont-ils participé naturellement, ou bien ont-ils été beaucoup dirigés pour parvenir à ce résultat ?

Il est très difficile de diriger les enfants. Ils manquent de rationnel ; ils sont très naturels et c’était donc un enjeu très dangereux - pour moi en tout cas - de travailler avec des enfants. Au début j’étais très déçue, mais maintenant comme ils ont bien joué, je me dis que c’est un bon choix de ma part !

Comment a réagi le public chinois au film, et notamment les générations plus anciennes, qui ont connu le cinéma en plein air avant l’avénement de la télévision ?

Electric Shadows est à l’affiche depuis le mois de juin dernier en Chine, mais seulement dans très peu de villes. La réaction est très bonne, il connaît un grand succès, mais je ne sais pas ce qu’il en sera quand il sera diffusé dans le reste du pays... j’attends de voir les réactions !

Comment expliquez-vous l’impression de liberté qui se dégage des projections, en dépit de la censure de l’époque ?

C’est une fausse impression, car à l’époque les chinois ne regardaient que des films d’Europe de l’est, des films russes et nord-coréens. Les chinois ne pouvaient alors pas voir n’importe quel film. Mais si la société était très fermée à l’époque, les gens ne le savaient pas. Ils avaient l’impression d’être très libres, notamment parce qu’ils voyaient des films étrangers, et c’est seulement après l’ouverture de la Chine qu’ils se sont rendus compte qu’ils vivaient d’une manière très fermée à l’époque. Mais il faut tout de même dire que l’on pouvait être heureux à cette époque, car les gens croyaient qu’ils étaient très riches culturellement. C’est simplement plus tard qu’ils ont constaté que ce n’était pas le cas.

Avez-vous pour préoccupation de faire un cinéma qui soit à la fois chinois et conscient du marché international ?

Quand j’ai réalisé ce premier film, je ne pensais pas du tout à la communication internationale. Mais après cette première expérience, je crois que pour mes prochains films je penserais plus à ce côté des choses. Je vais mettre la barre un peu plus haut : ma priorité est désormais de faire des films que les spectateurs étrangers puissent apprécier.

Lire aussi l’article sur Electric Shadows.

Entretien réalisé le dimanche 13 février 2005 dans le cadre de la présentation d’Electric Shadows en compétition lors du 7ème Festival du film asiatique de Deauville. Remerciements au Public Système Cinéma.

"Je voulais d’une certaine façon écrire mes mémoires par rapport à ma jeunesse, et les partager avec le public."
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