XX : Beautiful Prey

La série des XX : Beautiful..., fleuron de l’exploitation bisseuse japonaise, navigue entre le film de Femme Fatale "sexy" (pour ne pas dire le "actionner Pinku") - XX : Beautiful Weapon, XX : Beautiful Hunter, XX : Beautiful Beast - et le thriller pervers - XX : Beautiful Victim.
Ce XX : Beautiful Prey, réalisé par l’illustre Toshiharu Ikeda (Evil Dead Trap I et III - respectivement 1988 et 1993, Misty - 1991), tente tant bien que mal de rentrer dans la seconde catégorie, au même niveau que son excellent prédécesseur...

Kei Marimura interprète une jeune femme trouble (et troublante) qui, durant le prégénérique du film, se fait taillader à coups de couteau puis violer par un homme vétu d’un slip en cuir (...).
Alors que les inspecteurs interprétés respectivement par Ren Osugi et Watanabe Makiko enquêtent pour tenter de mettre la main sur le mystérieux coupable, il apparaît rapidement au spectateur perplexe que Kei ne souhaite pas plus que ça que l’homme en question soit appréhendé ; pire encore, elle le retrouve régulièrement pour s’adonner aux joies du sadomasochisme, comme en témoignent les nombreuses lacérations et cicatrices qui ornent son corps.
Au cours d’une enquête qui va mettre leurs vies en péril, Makiko et surtout Ren Osugi tomberont sous le charme de cette femme dangereuse ; Osugi rentrera même dans la toile sadomasochiste tendue par Kei...

Avec le phénoménal Evil Dead Trap, espèce de giallo hardcore nippon, on s’était fait de Toshiharu Ikeda l’image d’un disciple torturé (c’est dire) de Dario Argento : même goût pour la reformulation de la logique cinématographique, pour le jeu du hors-champ et pour une caméra en mouvement perpétuel, incarnation d’un personnage fictif virevoltant.
Pendant tout la durée du prégénérique de XX : Beautiful Prey, on retrouve certains traits propres au maître italien : le premier plan du film (une tête inversée qui brise une vitre, vue de l’extèrieur) est tiré du plus beau meurtre de tous les temps - à savoir celui qui sert d’introduction à Suspiria ; tandis que le décor renvoie directement à celui de l’énigme "visuelle" de L’Oiseau au plumage de cristal. D’ailleurs, pendant la première demi-heure du film, on se plait à rêver que cet opus de la série XX... reprenne le principe d’interprétation faussé du cadre qui faisait fonctionner de façon tellement remarquable le premier essai d’Argento. Bien évidemment, il n’en est rien, et, au bout de cette première demi-heure, le film s’enlise dans un trop plein de non-dits, enterrés par des scènes de sexe rapidement répétitives - la plupart impliquant un Ren Osugi que l’on a connu plus inspiré.

La caméra de Toshiharu Ikeda, bien que comme à l’habitude remarquablement maîtrisée (comme en témoigne le plan-séquence de plus de huit minutes qui clot la narration ultra-floue du film - surtout sans sous-titres !), tourne malheureusement dans le vide, et échoue lamentablement là où la réalisation nettement plus sobre de Naosuke Kurosawa parvenait à faire de XX : Beautiful Victim un véritable cousin de la filmographie de Takashi Ishii. C’est un peu du gâchis tout ça, tout de même...

Akatomy | 11.06.2002 | Japon

XX : Beautiful Prey est disponible en VCD et DVD chez Asia Video Publishing, avec sous-titres chinois en option.
La copie est en 1.33:1, correcte mais sans plus ; la bande son stéréo supérieure à celle de leur édition de XX : Beautiful Weapon.

aka XX : Utsukushiki Emono - XX : Beautiful Game | Japon | 1996 | Un film de Toshiharu Ikeda | Avec Marimura Kei, Watanabe Makiko, Ren Osugi
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