XXX

Appelez-moi Monsieur Objectif.

L’espace de quelques lignes, prétendons que je ne suis pas fétichiste, thrasheur dans l’âme, fana de jeux vidéos et que j’apprécie le Bourget pour autre chose que le boucan d’un réacteur. D’ailleurs, le cinéma bourrin, ça n’a jamais été trop mon truc. Les films tchèques, un pamphlet soviétique d’avant-garde, un bon morceau de Dogme, voilà de quoi m’empêcher de marcher droit. Les machos qui se la pètent avec une voix d’outre-tombe ? Ca me laisse froid. Les chagasses qui manient des flingues de quinze kilos ? Idem. Les cascades à qui-mieux-mieux, les sonorités d’une guitare déchirées par une flopée de gamins attardés - tout ça c’est pour les bœufs. Le skate, le snowboard et tous ces autres soit-disant sports qui ne visent qu’à développer l’égo au détriment de la réflexion ? La gerbe rien qu’à y penser. Faut pas déconner non plus : un ancien videur promu acteur ? La fille d’un obscure réalisateur italien qui se la joue femme fatale ? Les vraies valeurs se perdent : l’étude du langage filmique, le travail du scénariste privilégiés à la manipulation de l’image. Tout fout le camp : du moment que ça bouge et que c’est en surround, c’est supposé nous titiller les extrémités sensibles.

Et ça prétend aimer le cinéma.

On rembobine.

Appelez-moi Monsieur Objectif.

Vin Diesel ? Rien que sa voix dans Le Géant de fer me faisait tripper. On pourrait tourner un film d’une heure et demie en plan fixe avec une banquise déserte pour seule protagoniste - tant que Vin Diesel se charge de la voix off. Alors quand on le met devant la caméra... Pitch Black, qui bénéficie déjà d’un scénario mortel, est carrément transcendé par sa présence, un charisme qui tient presque de l’aura - sauf qu’il faudrait trouver une version agressive du terme.

Asia Argento ? Amoureux d’elle depuis Demons 2, pour tout vous dire. Le Syndrome de Stendhal, Les Morsures de l’aube ou encore Scarlet Diva n’ont rien arrangé, c’est certain. Il suffirait qu’elle joue dans un Rohmer pour que je paye pour profiter du spectacle, c’est vous dire !

Que dire d’un acteur qui sait aussi bien jouer que faire de la figuration capitaliste ? Samuel Jackson est capable d’endosser des prénoms comme Zeus, Wendell, Ordell, Mace, Elijah, Romulus, Elmo ou encore Augustus, sans jamais se décomposer. Rien que ça, quelque part, ça force le respect.

Vous croyez vraiment qu’un simple cameo de Danny Trejo peut faire monter l’estime que j’ai pour un film ? Un peu mon n’veu. Que Rob Cohen peut m’acheter avec un concert de Rammstein en guise de scène d’ouverture ? J’en suis fier. Que je me laisse impressionner par des cascades aberrantes qui font fi du moindre réalisme ? J’avoue que ça m’aide à jouir de la vie au quotidien.

Comment vous faire comprendre maintenant, que j’apprécie énormément XXX ?

A mes yeux, Rob Cohen ne s’est jamais débrouillé si mal que certains veulent bien le dire. Même Daylight, j’ai trouvé ça plutôt sympa. The Fast and the Furious n’est peut-être qu’une repompe "kittée "de Point Break, au moins c’est une repompe efficace. D’ailleurs, le final de ce film laissait entrevoir un certain talent en matière de spectacle invraissemblable et jouissif. Car le plus important quand on entreprend de réaliser un film, à mes yeux, c’est de se lancer à fond dans son sujet, quel qu’il soit. Je préfère n’importe quelle merde assumée à un monument oscarisé, bourré de compromis et plombé par trop de prudence. XXX, voyez-vous, n’a pas ce problème.

XXX, c’est un peu comme un James Bond - après qu’on ait retiré les moumoutes de Sean Connery, le flegme crispant de Brosnan et l’amidon qui recouvre chacun des derniers épisodes de l’espion le plus rigide de la Terre. C’est du bruit, du spectacle gratuit, un prétexte à attirer les fans de "contre-culture" en salle - le tout mixé en Dolby EX. C’est admettre que la réalité est bien plus intéressante si on la déforme de façon brutale, qu’un bruit de pas pied-nu peut faire trembler un auditorium à l’acoustique optimisée, qu’un homme peut vraiment surfer sur une avalanche. C’est consacrer 124 minutes à combler les nombreux désirs honteux du spectateur, rien de plus - et c’est déjà énorme !

Alors bien sûr, XXX est un tantinet déséquilibré au niveau du rythme, Asia assure mieux en chagasse qu’en petite fille, la première demi-heure est plus impressionnante que le final, et le patriotisme américain couplé aux messages anti-tabac (encore que, au lance-roquette...) finit par être un peu gonflant. Mais l’essentiel c’est que Vin Diesel rempile là où Schwarzie et Stallone s’étaient arrêtés, que Rob Cohen est prêt à tout pour lui faciliter la tâche, qu’on n’abuse jamais trop de thrash pour dynamiser une séquence - même s’il s’agit d’un simple baiser. Et surtout, c’est d’admettre qu’une scène d’action n’est jamais too much tant que tout le monde accepte d’y croire, de s’en gaver jusqu’à plus faim, dans la mesure où c’est avant tout pour ça que nous avons répondu présent à l’appel !

C’est ça XXX. Du cinéma "ultra-large" dans tous les sens du terme, des millions de dollars dépensés simplement pour faire triper ceux qui gardent encore assez de potentiel d’émerveillement ahuri pour savoir profiter des choses simples et bien foutues, débiles mais honnêtes, et démesurément spectaculaires.

Je sais qu’à l’heure qu’il est, vous mettez mes paroles - et peut-être même ma raison - en doute, que vous vous dites que je me laisse aveugler par un casting de choix, par la bande-son à la mode, ou encore le retour d’une séquence de skate (même courte) sur une toile de plus de quinze mètres de diagonale, en bon nostalgique de Gleaming the Cube que je suis..

Admettons... mais vous ne m’appelez pas Monsieur Objectif pour rien, n’est-ce pas ?

Akatomy | 15.10.2002 | Hors-Asie

En salles ! Sinon le film sortira en DVD zone 1 le 31 décembre 2002 - pour bien terminer l’année !

USA | 2002 | Un film de Rob Cohen | Avec Vin Diesel, Asia Argento, Marton Csokas, Samuel L. Jackson, Michael Roof, Tom Everett, Thomas Ian Griffith, Danny Trejo
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