Yakuza Apocalypse

Une fois achevé le visionnage de Yakuza Apocalypse, vous ne regarderez plus jamais comme avant les hommes revêtus de costumes en tissu éponge pour ressembler à un animal, qui peuplent certaines émissions de jeunesse. Rue Sésame semble bien loin de l’univers où se déroule le dernier Takashi Miike, et pourtant.

Kamiura est à la tête d’un clan de yakuzas qui règne sur une ville, dont il s’occupe comme le ferait un maire paternaliste. Ses affidés ne doivent pas brutaliser les citoyens ordinaires, qui peuvent compter sur l’oyabun lorsqu’ils sont en difficulté, comme cela est le cas en cette période de crise. Mais l’indépendance de ce clan n’est pas du goût d’un syndicat du crime, dominé par le « plus grand terroriste du monde ». Il lui envoient deux assassins, un représentant de l’Occident (même s’il est joué par un japonais) qui parle anglais, voyage avec cercueil sur le dos, un peu à l’image du Django de Sergio Corbucci, tout en s’habillant avec une collerette, et Mad Dog, l’autre découverte de The Raid.

Jusque-là, Yakuza Apocalypse semble être un film de yakuza, seulement un peu étrange. Il tombe dans le carrément bizarre du fait que Kamiura soit un vampire et qu’il transmet ses pouvoirs à son disciple le plus prometteur, Kageyama. Ce dernier, incapable de gérer son nouvel appétit, déclenche une épidémie de vampirisme qui a tôt fait de transformer les honnêtes gens en vampires-yakuzas.

Au grand dam des tatoués qui sont privés de citoyens à racketter. Certains d’entre eux deviennent soudainement lucides, réalisant qu’ils vampirisaient déjà la population avant de risquer eux-mêmes de devenir des descendants de Dracula. Et si Yakuza Apocalypse n’est clairement pas un film à message, Miike porte çà et là quelques piques. Une scène entre deux amoureux est ainsi filmée sur une plage abominablement polluée.

Mais la multiplication des intrigues secondaires qui ne mènent souvent nulle part exerce sur le film des forces centrifuges qui le menacent de délitement. Le cinéaste japonais se paye notamment un délire sur la femme lieutenant de Kamiura qui commence à entendre tomber des gouttes de pluie à l’intérieur de sa tête. Seule la surenchère dans l’humour absurde, lui permet d’éviter la sortie de route.

Le grand méchant débarque en effet dans la ville sous la forme d’un batracien qui est une réincarnation de Bruce Lee. En plus de déclencher l’hilarité dans la salle, son arrivée permet de rehausser la qualité des combats. Ceux montrés auparavant étaient filmés dans leur grande majorité en plans serrés, leur donnant un aspect trop brouillon, comme l’est le film dans son ensemble.

Avec ce nouvel opus, les aficionados de Takashi Miike seront en terrain balisé, mais les nouveaux venus pourraient être un peu perdus dans un tel capharnaüm. Ils devraient cependant ressortir du film avec le sourire aux lèvres. Ce qui est déjà pas mal, avouons le.

Yakuza Apocalypse a été projeté lors de la XXIè édition de l’Etrange Festival (2015).

aka 極道大戦争 | Japon | 2015 | Un film de Takashi Miike | Avec Lily Franky, Hayato Ichihara, Yayan Ruhian, Riko Narumi, Reiko Takashima
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