Yesterday

"Je suis dans le brouillard" avoue le héros de Yesterday au milieu du film. Qu’on le rassure : le spectateur aussi.

2020 - "Inter-city", à la frontière de la Chine et de la Corée réunifiée. Seok, chef d’une unité spéciale d’investigation, dont le fils a été enlevé puis tué un an auparavant lors d’une mission de sauvetage ratée, enquête sur une série de meurtres dont sont victimes des scientifiques à la retraite.
Quand le chef de la police est enlevé sous les yeux de sa fille Hee-Su, une imminente scientifique qui étudie le comportement des tueurs en série, Seok et son équipe sont chargés de l’enquête. Avec l’aide de Hee-Su, Seok se lance à la recherche du kidnappeur qu’ils soupçonnent bientôt d’être un tueur en série, coupable de la mort des scientifiques à la retraite. Alors que leur enquête semble les ramener trente ans en arrière sur une mystérieuse affaire d’enfants disparus, Seok et Hee-Su découvrent qu’ils souffrent du même symptôme étrange : ils n’ont aucun souvenirs de leur enfance.

Lors de la présentation de Yesterday au 6è festival du film asiatique de Deauville, son réalisateur Jeong Yun-Su avouait son désir de réaliser une œuvre ambitieuse et personnelle d’anticipation, dépassant le cadre du simple blockbuster de science-fiction.
Malgré cette note d’intention fort louable de la part d’un réalisateur dont c’est le premier film (il est par ailleurs auteur du scénario, ainsi que de celui du film d’animation Wonderful Days), il faut reconnaître que le résultat à l’écran est malheureusement loin d’être concluant.

La faute en revient en grande partie à un scénario que l’auteur a voulu (inutilement) complexe et intelligent, mais qui se révèle au final confus et bien peu intéressant. Entre le mystérieux prêtre du début du film, la mort des scientifiques et l’enquête sur l’enlèvement du chef de la police qui se transforme en chasse au tueur en série, le tout entrecoupé de scènes de fusillade, de poursuites et de bagarres qui s’enchaînent à un rythme incessant, la première partie du film multiplie les pistes narratives à peine esquissées sans véritable cohésion de l’ensemble. Yesterday est ainsi tout à la fois : action, policier, science fiction. Les genres s’y télescopent sans jamais fusionner.

Alors bien sûr, on se doute que toutes les intrigues sont liées entre elles, mais le déroulement de l’histoire est si chaotique, nourri de dialogues particulièrement abscons (digne d’un épisode de la conspiration dans X-Files) et de personnages qui apparaissent subitement sans avoir été présentés au préalable, que la patience et la persévérance du spectateur à comprendre ce qui se passe sont rapidement mis à rude épreuve.
Autant dire que si les véritables enjeux dramatiques et les éléments de l’histoire finissent par se mettre en place (bien trop tard) dans une seconde partie enfin résolument orientée vers la SF, l’intrigue qui tourne finalement autour du thème maintes fois vu dans les films d’anticipation de la manipulation génétique, se révèle finalement bien mal exploitée et sans grande originalité.

Hélas si l’histoire ne convainc guère, la mise en scène déçoit tout autant. Les nombreuses scènes d’action en particulier paraissent bien fades au regard des blockbusters d’action d’aujourd’hui. La plupart pâtissent d’un manque de rythme flagrant (et ne provoquent qu’un ennui poli), mais surtout d’une gestion de l’espace pour le moins aléatoire au point de devenir complètement illisibles, à l’image de la course poursuite en voiture entre les policiers et le tueur en série où il devient vite difficile de reconnaître les poursuivants du poursuivi.

Restent tout de même une ambiance soignée, un univers futuriste crédible composé d’écrans gigantesques traversant cette ville qui n’est pas sans rappeler Blade Runner, quelques détails sympathiques comme l’annonce publicitaire qui sert de sonnerie téléphonique aux appels de la police et des effets spéciaux discrets mais réussis.
Tout ceci est insuffisant toutefois pour masquer les carences du scénario et de la réalisation ; lacunes qui font de Yesterday un blockbuster de SF tout juste honnête, à défaut d’une œuvre réellement novatrice.

Diffusé dans le cadre du 6è festival du film asiatique de Deauville, Yesterday existe en DVD coréen chez CJ Entertainement.

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