Yusuf Razykov

Le cinéaste Ouzbek Yusuf Razykov maîtrise bien l’art d’avoir toujours le mot pour rire tout en gardant une mine sérieuse. C’est une qualité qui se reflète également dans ses films. Le Gardien relate le changement psychologique d’un jeune homme qui se voit contraint de s’occuper de sa belle-sœur pendant l’absence de son frère. Camarade Boykenzhaev est une comédie désopilante sur un humble serviteur du parti qui remue ciel et terre afin de créer un cimetière international où les défunts de toutes les ethnies vivront en tranquillité absolue. Espérons que ces deux films appréciés par les cinéphiles lors de la 12ème édition du Festival International du film asiatique de Vesoul auront bientôt une sortie commerciale dans les salles françaises. C’est avec gentillesse que Yusuf Razykov nous a accordé un entretien le 6 Février 2006 à Vesoul lors du 12ème Festival International du film asiatique de Vesoul (31 janvier - 7 février 2006).

Sancho does Asia : Quel est le climat actuel de la production cinématographique en Ouzbékistan ? Est-ce que les films ouzbeks se font par le biais de coproductions avec d’autres pays ?

Yusuf Razykov : A l’heure actuelle la situation de la production cinématographique en Ouzbékistan est plutôt bonne, étant donné que l’on a les financements nécessaires pour le tournage de films. Les cinéastes Ouzbeks doivent soumettre leurs scénarios au gouvernement. Si un scénario réussit à plaire au gouvernement,il n’y a aucun problème pour tourner celui-ci. Il faut aussi mentionner que la qualité technique des films est moins bonne, vu que le matériel technique est ancien. Cela serait bien pour l’ensemble de l’industrie cinématographique ouzbèke si nous arrivions à renouveler nos équipements techniques. Il y a aussi des films commerciaux qui se font en vidéo. Quant à la question de co-production, il faut qu’il y ait une compatibilité entre les organismes ouzbeks et les autres pays qui souhaitent tourner chez nous, en Ouzbékistan. Je voudrais aussi mentionner que la société Ouzbek film a fourni des services de tournage à des cinéastes coréens, américains, etc.

Qui est-ce que vous avez voulu ridiculiser à travers votre film Camarade Bokyenzhaev ?

Tout d’abord, à travers ce film j’ai bien souhaité me mettre dans la situation de la moquerie. C’était comme si je voulais détruire tout ce qui était associé à l’Union Soviétique. En fin de compte, je n’ai pas du tout voulu me moquer du personnage de Boykenzhaev, étant donné qu’il recevait toujours des regards compatissants des spectateurs. L’essentiel est de savoir qu’une idée écrase l’homme et que, par conséquent, cette même idée devient déformée.

Pourquoi votre film Ouzbek Erkak (l’homme) est également connu ailleurs sous un autre titre russe Le Gardien ?

Il est tout à fait vrai que chez moi en Ouzbékistan, mon film est connu sous son titre Ouzbek Erkak.Ce titre montre la fonction du jeune homme en tant qu’un homme. En ce qui le concerne, il est énervé d’être le gardien de sa belle-sœur. Le film montre comment il devient un homme.

Votre film Camarade Boykenzhaev est basé sur la pièce radiophonique écrite par Abdur Abdurrazakov. Pourriez-vous nous parler de la collaboration qui s’est produite entre vous lors du tournage de ce film ?

Pour vous dire la vérité, il n’y avait aucune collaboration entre nous. On m’a donné la pièce radiophonique que j’ai insultée, abîmée, gâchée afin de tourner mon film. C’est uniquement à deux reprises que j’ai rencontré Abdur Abdurrazakov. C’était un homme correct qui s’est comporté d’une manière digne. Il n’a pas du tout lutté contre mon processus créatif lors du tournage du film, car il était convaincu que le cinéma n’avait rien à voir avec sa pièce radiophonique !

D’après votre film Erkak les personnages masculins sont tous des fainéants. Qu’avez-vous souhaité souligné en montrant une telle image satirique de la population masculine ouzbèke ?

D’une façon générale, vous avez absolument raison lorsque vous dites que les personnages masculins de mon film sont tous paresseux. J’aimerais bien vous expliquer pourquoi. En général, les hommes ouzbeks préfèrent ne rien faire au lieu de faire un travail mal payé. Ils estiment qu’en faisant un travail mal payé, ils mettront leur statut en danger. Voilà pourquoi je les ai montrés tels qu’ils sont.

Ces derniers temps pourquoi est-il difficile de voir des films ouzbeks dans les festivals de cinéma ?

Ce n’est pas à moi de répondre à cette question vu que je ne travaille plus pour l’organisme Ouzbek Film ! De toute façon, nous nous efforçons de promouvoir le cinéma ouzbek dans le monde entier. Je dois souligner que parmi les pays de l’Asie centrale comme le Kazakhstan,le Kirghizstan et le Turkménistan, nous avons la meilleure cinématographie nationale. Par exemple le cinéma muet. Personnellement, j’aurais aimé faire plus pour la promotion du cinéma Ouzbek, mais malheureusement je ne suis plus le directeur de Ouzbek Film. Dans le passé nous avons fait des programmes du cinéma Ouzbek à Lincoln Center, à Pusan, à Kolkata, au Japon grâce au soutien offert par la Japan Foundation.Avec Italo Spinelli d’Asiaticafilmmediale de Rome, nous ferons un programme de cinéma Ouzbek.

Bien que vous ayiez été formé sous l’ancien régime Russe au VGIK de Moscou, vous tournez actuellement des films ouzbeks à une époque où l’Ouzbékistan est un pays indépendant de l’Asie centrale. Comment voyez-vous cet écart entre deux époques différentes dans lesquelles vous avez vécues ?

Selon moi, il y a deux réponses à cette question. Si l’Union Soviétique ne s’était pas écroulée en 1990, elle aurait survécu pour au moins 50 ans. Donc la génération qui a connu une telle expérience continue à vivre. Lorsque je vivais sous l’ancien régime il y avait plus de possibilités de tourner des films. Or, une chose est claire c’est que ma vision du monde, ma conscience n’ont pas changé. En ce qui concerne la présente génération, je pense qu’il est devenu de plus en plus difficile de la former au cinéma.

Interview réalisée à Vesoul par Lalit Rao pour Sancho does Asia, le 06 Février 2006 lors du 12ème Festival International du film Asiatique de Vesoul (31 Jan-7 Fév 2006). Remerciements à Eugénie Zvonkine.

"Les hommes ouzbeks préfèrent ne rien faire au lieu de faire un travail mal payé. Ils estiment qu’en faisant un travail mal payé, ils mettront leur statut en danger."
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