Zatoichi

Présenté cette année à Venise, le nouveau film de Takeshi Kitano lui a permis d’obtenir un Lion d’Argent du meilleur réalisateur. Si l’on laisse à d’autres le soin de palabrer sur le fait que ses films ont été largement surestimés (par ceux-là même qui aujourd’hui le critiquent) et si l’on passe sur le fait que leur aveuglement a fait sombrer dans l’oubli nombre d’autres réalisateurs japonais tout aussi passionnants, il faut bien reconnaître que Zatoichi est à marquer d’une pierre blanche dans la filmographie de Takeshi Kitano. Pas seulement parce qu’il s’agit d’un genre nouveau qu’il aborde pour la première fois mais surtout car Kitano est en rupture presque totale avec ses précédents films, et que Zatoichi est aussi l’histoire de son auteur.

Zatoichi (Beat Takeshi), le fameux masseur aveugle mais également sabreur hors pair, parvient dans un village au cours de son errance. Là, il va venir en aide à deux geisha. Mais au même moment, un ronin (Tadanobu Asano) arrive au village accompagné de sa femme malade à la recherche d’un travail. Les deux hommes sont naturellement voués à se rencontrer.

Au premier abord, il faut bien reconnaître que le film de Kitano est déstabilisant. Et ce à plus d’un titre. En effet, certains des thèmes développés donnent au film un caractère ambigu, parfois presque douteux. Dans sa façon que le film a de s’adresser aux masses, aux petites gens, de faire un hymne à la Terre et aux traditions, on ne peut pas franchement dire qu’il rappelle les meilleurs souvenirs de l’Histoire. De plus, la manière dont Zatoichi/Beat Takeshi se positionne, en tant que représentant auto-proclamé de ces masses, n’est pas nécessairement du meilleur goût. Si l’on doute fortement du propos de Kitano, il m’est avis qu’il lève en partie les ambiguïtés en faisant un cinéma qui se veut avant tout populaire, dans l’acceptation positive du terme. Zatoichi est également surprenant parce que justement il s’agit d’un film de Takeshi Kitano et que ce dernier se métamorphose, se renouvelle. Et il était temps, surtout suite à l’impasse Dolls.

Certes, ce dernier aime toujours autant la violence, et dans Zatoichi, on en a pour son argent - le personnage même de Zatoichi selon Kitano apparaît parfois à la limite de la folie, et ce n’est pas seulement à cause de ses cheveux décolorés. Mais surtout, Kitano abandonne ce qui a fait sa marque de fabrique (il fait notamment preuve d’un dynamisme peu coutumier) pour réaliser un film en forme d’hommage. Hommages multiples en fait puisque au-delà de l’hommage naturel au Zatoichi originel (dans la pose, les jeux d’argent, l’errance, l’idée d’un héros malgré lui), c’est à la culture populaire japonaise qu’il est rendu hommage. Tout y passe ou presque, des geisha aux yakusa en passant par la danse, le travestissement, les spectacles comiques.

Le Zatoichi de Kitano est aussi une représentation de son auteur. Ce dernier, issu des couches populaires et dont le métier principal reste celui d’amuseur, n’oublie pas ses origines, bien au contraire. Il rend hommage, non sans prétention, à ces gens qui ont fait la culture de divertissement japonaise (dont sont issus des arts tel que le Kabuki) et qui on fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Zatoichi est également une réflexion sur le thème de l’identité, une question qui taraude bien des Japonais, comme le prouve les nombreux déguisements. Et qui certainement est aussi au cœur des pensées de Kitano lui-même, lui qui est passé des planches des théâtres du quartier populaire d’Asakusa aux récompenses des festivals internationaux.

Et en se référant clairement au cinéma d’exploitation - rien que la présentation du titre et l’absence de générique au début du film en sont la preuve -, Kitano trouve le ton juste, l’image appropriée pour soutenir son propos, celui de revenir vers le public - japonais principalement. Le film, sans renouveler le genre, en utilise intelligemment les éléments tout en y apportant une touche de modernité (notamment des effets numériques). Un peu comme ce roublard de Tarantino : rien de neuf, mais que du bon. Du Shamisen-katana, aux gerbes de sang improbables en passant par des personnages tels que les ninja, c’est le cinéma de genre qui est fêté. Le tout avec un humour propre à Kitano, qui n’oublie pas qu’il reste avant tout un amuseur public. Et pour être tout à fait franc, Zatoichi est un régal. Pour les yeux mais aussi pour les oreilles. Ses nombreuses scènes où la musique est créée par des paysans ou des ouvriers avec leurs outils de travail le prouvent. Et c’est sans parler de la superbe scène finale.

Bien que non dénué d’ambiguïtés, Zatoichi est une vraie réussite. Il renouvelle le cinéma de Kitano et est un monument de cinéma populaire qui ne peut que séduire les amateurs de cinéma d’exploitation. Kitano, qui a toujours apprécié le cinéma de genre, s’adresse cette fois moins aux critiques qu’au peuple. Abandonnant un certain formalisme parfois agaçant, mais non dénué de charme, il trouve la formule idéale pour reprendre ce fleuron de la culture cinématographique populaire japonaise qu’est Zatoichi.

Zeni | 18.09.2003 | Japon

Zatoichi est sorti sur les écrans français le 5 novembre 2003.

Site officiel du film : http://office-kitano.co.jp/zatoichi/

Japon | 2003 | Un film de Takeshi Kitano | Avec Beat Takeshi (Takeshi Kitano), Tadanobu Asano, Yûko Daike, Akira Emoto, Taka Gatarukanaru, Hideboh, Saburo Ishikura, Ittoku Kishibe, Yui Natsukawa, Noriyasu, Michiyo Ogusu, Daigorô Tachibana
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Gun Crazy Episode 1 : A Woman from Nowhere
Tai Chi Zero
Voyageurs et magiciens
The Assassin
Le soleil se lève aussi
Hong Kong Nocturne
Hozour
Conte de mélancolie et de tristesse
The Eye
Red to Kill
Dummy Mommy, Without a Baby
The Haunted Cop Shop 2
L’Hirondelle d’or
Killing End
The Return of the Street Fighter
Frederick Tsui
Des serpents dans l’avion
Yamagata Scream
Frugal Game
The Matrimony
Dead Leaves
Sawasdee Bangkok
Dotsuitarunen
Serafuku to Kikanju