Zhang Yang

Un an s’est déjà presque écoulé depuis le Festival du cinéma asiatique de Deauville 2007 et j’ai gardé une interview par devers moi. Et pas n’importe laquelle, celle du réalisateur chinois, Zhang Yang, qui m’avait ravi, ainsi que le public, avec son film Getting Home. Malheureusement, son film n’a pas encore trouvé le chemin des salles de l’Hexagone.

Sancho : Quelle est l’origine du scénario de Getting Home ?

Zhang Yang : J’ai eu vent de ce fait divers en regardant la télévision et il m’a servi de base pour écrire mon scénario. Mes quatre premiers films étaient, eux, issus de mes expériences personnelles.

Je vous posais cette question, car il y a plusieurs rencontres magnifiques dans le film, comme la scène pour le moins surprenante du cambriolage de l’autocar ?

Une telle scène pourrait très bien se produire en Chine. J’en ai d’ailleurs fait l’expérience. De la même façon, les autres scènes de mon film sont réalistes, celle des funérailles par exemple. Quand nous écrivions le scénario, nous sommes allés vivre dans cette bourgade et nous avons vu comment les gens du cru organisent leurs funérailles, comment ils chantent, comment ils dansent. Nous avons intégré ces éléments dans notre scénario.

Votre scénario a-t-il beaucoup évolué au cours du tournage ?

Il a subi quelques modifications et la plus grande est la suivante : à l’origine, j’avais pensé traiter le sujet en utilisant un style plus réaliste, documentaire. Puis j’ai réalisé que ce style ne me plaisait pas. Finalement, l’humour noir, c’est ce que je recherchais.

Pourquoi avez-vous voulu que votre film se termine dans la région des Trois Gorges ?

Le titre chinois du film est une métaphore et se traduit ainsi : les feuilles tombent toujours sur les racines ou non loin du tronc de l’arbre. Ce qui signifie que l’on doit mourir chez soi, ce qui est une tradition bien chinoise. Les Trois Gorges sont la métaphore de la perte des racines. Les paysans chinois partis travailler à la ville n’y n’appartiennent pas car ils ne possèdent pas de permis de résidence. Dans le même temps, ils ont aussi perdu leurs terres à la campagne. Cette situation reflète l’évolution de la Chine. Mes films veulent exprimer la perte de cette vie antérieure et de la mémoire du passé.

Finalement, ce que je retiens de votre film, c’est la joie de vivre du personnage principal malgré toutes les difficultés auxquelles il est confrontées ?

J’ai réalisé Getting Home dans ce but. Les films réalisé sur la vie de ces sans grades les décrivent comme des désespérés. Ils n’ont aucune expression faciale, ils sont très tristes. Mais, je ne pense pas que leur vie soit ainsi. Même si elle est dure, il est possible de connaître une certaine joie de vivre.

Comment s’est déroulé le tournage avec l’acteur, qui est vraiment formidable ? Qu’a-t-il apporté au film ?

C’est le plus doué des comiques chinois, Zhao Benshan. Il a beaucoup de talent et il a apporté une touche encore plus drôle au film. En outre, il est d’origine paysanne et possède ce côté pur.

Quelle image voudriez-vous que les spectateurs gardent de la Chine après avoir vu votre film ?

Getting Home présente la réalité des subalternes chinois. D’un autre côté, il montre la bonté qui peut exister dans la relation humaine. Mon film montre également le lien entre les paysans et la terre. Ce sentiment ne peut pas s’exprimer par des mots. Tout au long du film, je voulais souligner ce lien en faisant défiler tous ces paysages. A la fin, le personnage principal récite un poème, qui évoque l’attachement des paysans à la terre.

Comme l’évolution économique affecte-t-elle votre travail ?

Il s’agit d’une époque bénie pour les artistes chinois car les bouleversements traversés par leur pays fournissent matière à de nombreux récits. Et cette transformation est elle-même une histoire fabuleuse à raconter. C’est pourquoi la plupart de mes films évoquent ces changements. Mais ceux-ci sont rapides et on risque de perdre la mémoire du passé.

Entretien réalisé lors l’édition 2007 du Festival du film asiatique de Deauville.

"Mes films veulent exprimer la perte de la mémoire du passé."
Solo, Solitude
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