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Daikaijû Gamera - Gamera the Invincible
Un film de Noriaki Yuasa
Scénario de Nisan Takahashi
avec Brian Donlevy, Albert Dekker, Walter Arnold, John Baragrey, Gene Bua, Bob Carraway, Diane Findlay, Eiji Funakoshi, Jun Hamamura, Bokuzen Hidari, George Hirose, Harumi Kiritachi

Le Docteur Hidaka se rend au Pôle Nord avec son assistante et Ayoagi, photographe de son état, dans le but de récupérer des informations sur une ancienne légende concernant les tortues géantes de l'Atlantide, qui se nourrissaient de feu de leur vivant et seraient enfouies dans la glace, préservées par le froid. Un vieil Eskimo lui offre une tablette ancestrale (!!!) mystérieuse censée représenter un certain Gamera, ce qui confirme les intuitions du Docteur. A ce moment-là, plusieurs chasseurs d'origine inconnue et on ne peut plus silencieux (ah! les bienfaits insoupçonnés d'une coupure de la bande-son!) passent au-dessus des têtes du petit groupe. Ceux-ci sont immédiatement pris en chasse par l'armée américaine (constamment en patrouille au Pôle Nord durant cette époque, d'où le nom de "Guerre Froide". Comment ça je dis n'importe quoi? Qu'est-ce que les américains feraient là, sinon?), et l'un des chasseurs est descendu. Le champignon qui suit l'explosion au sol indique que l'appareil abattu transportait sans aucun doute une bombe A, qui a réveillé Gamera, qui se reposait sous sa fine couche glacière… La légende disait donc vrai!

De là, Gamera se rend au Japon, où il apparaît d'abord à Hokkaido avant de rejoindre la Baie de Tokyo et de s'attaquer à toutes les installations énergétiques imaginables. Rapidement, Hidaka, assisté du docteur Murase (qui porte la plus belle fausse barbe de tous les temps ou je ne m'y connais pas), se rend compte que Gamera se nourrit aussi bien de l'énergie nucléaire que de l'électricité ou du feu… les missiles ne peuvent donc rien lui faire, pas plus que les flammes - d'où le surnom de "Gamera l'invincible" du titre! Mais Gamera est-il vraiment animé de mauvaises intentions? Comment le savoir quand seul Toshio - un petit garçon d'Hokkaido persuadé que c'est sa tortue Chibi qui s'est transformée en créature géante, volante et cracheuse/suceuse de flammes - semble pouvoir communiquer avec le monstre de l'Atlantide?

Comme vous l'avez sans doute lu en guise d'introduction, nous sommes en 1965 et la Daiei lance avec Gamera son propre pion sur l'échiquier - hautement stratégique à l'époque, surtout après le succès de King Kong vs Godzilla - des DaiKaijû Eiga, dans le but de concurrencer la célèbre firme Toho. Onze ans après le monument de monsieur Honda, Noriaki Yuasa réalise donc Gamera the Invincible d'après un scénario de Nisan Takahashi (qui écrira d'ailleurs l'intégralité de la série "classique", de 1965 à 1980), dans un noir et blanc volontairement choisi pour renforcer le lien de parenté souhaité avec Godzilla, premier du nom. Une fois cet étrange parti-pris admis, ceci étant, on remarque d'entrée de jeu un certain nombre de différences avec la série de la Toho
A quelques câbles près, déjà, le niveau technique de ce premier essai de la Daiei est bien plus élevé que celui de la Toho à la même époque - effet tout à fait renforcé par l'utilisation du n&b qui, paradoxalement, donne une impression de caractère pionnier aux effets spéciaux mis en scène à grand renfort de perspectives forcées et d'intégrations intelligentes par l'équipe de Noriaki Yuasa.
La plus grosse différence est au niveau du daiKaijû lui-même: à côté du plutôt rigide Godzilla, Gamera fait déjà office - à l'échelle des années soixante - de véritable poseur, et il est utilisé comme un authentique personnage, avec une réalisation adaptée à sa personnalité. Et pourtant, il n'y a pas encore d'adversaire "à sa taille" dans cet épisode. Cette tendance culminera bien sûr dans les trois derniers opus réalisés par Shusuke Kaneko à la fin des années 90.

Le message est lui aussi tout à fait différent, et Gamera se place d'entrée de jeu dans la catégorie du divertissement plus que dans la réflexion post-nucléaire: ici, point d'enjeu véritablement philosophique, mais un véritable film d'action utilisant le nucléaire comme prétexte et la Guerre Froide comme simili-background.

Au final, ce premier opus se place donc à un niveau complètement différent du premier Godzilla, film adulte, poétique et réfléchi avant d'être un film d'action. La Daiei annonce la couleur de la série: fournir un divertissement tout public spectaculaire. La guerre des monstres peut commencer…

Akatomy - le 12.12.01