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Gamera tai Barugon - Gamera vs Barugon
Un film de Shigeo Tanaka
Scénario de Nisan Takahashi
Avec Kojiro Hongo, Kyokô Enami, Koji Fujiyama, Akira Natsuki, Ichirô Sugai, Yuzo Hayakawa

Souvenez-vous… A la fin de Gamera the Invincible, il ne restait d'autre solution aux japonais que d'appliquer le plan Z pour se débarrasser du Kaijû destructeur, à savoir expédier notre amie la tortue radioactive sur Mars dans une fusée!!! Gamera vs Barugon commence exactement là où ce premier épisode s'était arrêté: après un très court résumé du pourquoi du comment de cet état de fait spatial, le film passe en couleurs (magnifiques) pour nous montrer une météorite sauvant Gamera de son triste sort. Affamé d'énergie (il semble bien que ce soit l'une des seules choses qui meuvent la bête), il s'en retourne directement au Japon, où il détruit le barrage de Kurobe pour se nourrir. Un peu plus loin en Equateur, le Mont Uzal entre en éruption, et Gamera part se réfugier dans le confort énergétique de la lave en fusion le temps de l'exposition de la trame de ce second épisode…
Keisuke vient à peine d'obtenir ses ailes de pilote qu'il pose sa démission, bien décidé à concrétiser son rêve de toujours: monter sa propre entreprise de "tourisme aérien". Pour ce faire, bien sûr, l'homme a besoin d'un certain apport de fond. Il rejoint donc le petit groupe de malfrats qui gravitent autour de son frère Hirata...

...Ce dernier aurait caché une opale valant plus de 200 millions de Yens dans une grotte en Nouvelle-Guinée pendant la Seconde Guerre Mondiale, et Keisuke se voit chargé d'aller récupérer la pierre précieuse en compagnie de Kawajiri et Onodera.
Le trio arrive sur place dans un village de natifs, accueilli par l'assistante de Matsushita (un médecin japonais venu faire des études sur place avec sa femme, désormais décédée d'une maladie), la superbe Karen. Cette dernière les met en garde: tous ceux qui ont tenté d'explorer la "Vallée de l'arc-en-ciel" y ont perdu la vie. Rapaces comme pas deux, les trois hommes se mettent tout de même en route: sables mouvants, chauves-souris (mais pendues au bout d'un fil, hein, donc pas trop méchantes)… leur route est difficile mais le trio finit par atteindre la grotte, gardée par de dangereux scorpions. C'est Kawajiri qui trouve l'opale, mais il décède subitement, piqué par un scorpion. Onodera avait bien vu que cela allait arriver, mais il s'est gardé de dire quoique ce soit. Il s'enfuit avec la pierre après avoir fait exploser la grotte à la dynamite, laissant Keisuke pour mort.
Au cours de son retour en bateau au Japon, Onodera se fait soigner d'un pied d'athlète par infra-rouge. C'est cette même lampe qui va réveiller la créature en gestation dans la pierre précieuse - en réalité l'œuf de… Barugon, un lézard géant dont la croissance est démultipliée (de 10 ans à quelques heures seulement…) par la lampe providentielle! La créature attaque Kôbe avant de se rendre à Osaka. Son souffle a la particularité de geler tout ce qui se trouve dans un rayon de 60 mètres autour d'elle, tandis que son rayon d'énergie (un très bel arc-en-ciel) désintègre tout ce qu'il touche. Attiré par le rayon, Gamera attaque son premier adversaire de la série. Osaka, champ de bataille…

Un an après Gamera the Invincible, Noriaki Yuasa cède momentanément le poste de réalisateur à Shigeo Tanaka le temps de ce superbe Gamera vs Barugon - sur lequel il occupe tout de même le poste de directeur des effets spéciaux (un poste sans doute beaucoup plus intéressant sur un Kaijû Eiga de cette ampleur!). Cette fois, le noir et blanc est abandonné au profit de couleurs éclatantes qui font honneur aux magnifiques effets déployés pour le retour de la tortue sur l'archipel.

Etrangement sombre et adulte dans son approche de la cupidité humaine, Gamera vs Barugon relègue Gamera au rang de "guest-star" au sein de sa propre série: ici, comme c'est souvent le cas dans les Kaijû de l'époque, l'honneur revient au "méchant monstre". Sympathique mais pas particulièrement agressif, ledit Barugon possède quand même certains atouts (sa langue, notamment), et ses scènes de rampage sont particulièrement réussies. Il suffit qui plus est de voir les énormes dioramas de forêts et de collines pour se rappeler de l'éternel talent japonais en matière de maquettes! Il est aussi surprenant de constater que les artisans de la Daiei maîtrisaient déjà autant les effets hors-plateau (certains effets de lumière "dessinés" sont vraiment très réussis, comme le rayon arc-en-ciel de Barugon)…
Mais la palme revient sans hésitation aux deux combats opposant Barugon à Gamera (l'un au milieu, l'autre à la fin du film), vraiment incroyables: le temps de l'affrontement au corps à corps, les effets tape-à-l'oeil sont oubliés pour faire place à la mise en scène de deux personnages étonnament crédibles, et pourtant tellement "caoutchouteux"!
Dans l'ensemble, Noriaki Yuasa parvient à faire douter le spectateur de l'année de réalisation de cet épisode hautement spectaculaire, qui nous rend nostalgiques d'une époque où les gens savaient utiliser les effets spéciaux avec autant de parcimonie que d'intelligence. Et puis bon sang, comment un homme en costume peut-il avoir un tel charisme? Les Kaijû, des poseurs? Normal, puisqu'ils sont japonais!

Akatomy - le 20.12.01