Aria

Comme moi, vous avez sans doute déjà entendu ou lu le nom d’Andrew Blake, réalisateur américain considéré comme l’un des derniers esthètes du X, bien loin des productions à caractère gynécologique qui constituent la quasi-totalité du marché aujourd’hui. Curieux d’en savoir plus sur son œuvre, je me suis donc procuré l’un de ses derniers films, Aria, réalisé en 2001 et consacré à la demoiselle éponyme : Aria Giovanni.

Andrew Blake a su s’affranchir avec brio de trois des principales faiblesses du X, à savoir le scénario, la qualité de production et le jeu des acteurs/actrices. Concernant le premier point, son film est découpé en une douzaine de scènes totalement indépendantes, séparées par des fondus au noir ; s’il ne base pas son film sur un scénario bancal comme le font la plupart des réalisateurs qui prétendent insuffler un semblant d’histoire à leurs productions, Andrew Blake utilise en revanche ce qu’il appelle un visual screenplay. En effet, au détriment de la construction d’une intrigue, il travaille à l’avance ses plans, son cadre, sa lumière... Et le résultat s’en ressent car les cadrages paraissent recherchés, l’image joue de la profondeur de champ, la photographie est magnifique, même si certains pourront lui reprocher de tomber dans des effets de style relativement faciles : N&B, sépia, filtres très légèrement bleutés pour intensifier le contraste ou bien encore l’utilisation du ralenti, même très léger, sur l’intégralité du film. Que ces fines bouches restent toutefois discrètes, car ces procédés sont ici maîtrisés et leur présence est tellement rare dans l’industrie du X qu’elle ne peut être qu’appréciée. De plus, la couleur glacée donnée au film s’accorde parfaitement avec les thématiques traitées selon les scènes : lesbianisme, fétichisme, bondage...

Ensuite, l’un des autres points forts du film est d’être exempt de dialogues, éléments qui plombent indéniablement tout film X du fait des maladresses dans leur écriture et surtout de l’inexpérience des acteurs/actrices dans ce registre. Ici, quelques notes de piano et du bruit blanc évoquant un souffle sont les seules illustrations sonores. Les scènes prennent alors une dimension que l’on pourrait interpréter comme du clip abstrait, mais ce choix permet essentiellement de focaliser l’attention du spectateur sur l’image, ultra-travaillée, et l’expérience se rapproche donc davantage de celle du ballet ; l’importance du cadrage par rapport au positionnement du/des corps prend tout son sens et la première scène où Aria Giovanni évolue seule en montage alternée l’illustre à merveille.

Andrew Blake filme donc les corps et les situations comme l’on travaille communément en tant que photographe de mode. Les coiffures sont soignées, le maquillage est sophistiqué, jouant des couleurs sans être vulgaire et matifiant les peaux à l’excès : les seules brillances que l’on puisse remarquer sont finalement celles des lèvres dues au gloss et celles du métal. Les textiles sont confectionnés en fonction des scènes et des actrices. Tant d’attention à ces détails renforce le glamour finalisé par le physique des actrices.

Nous y venons enfin. Parmi les quatre actrices présentes ici, Aria Giovanni et Kelle Marie se distinguent par leur exceptionnelle beauté naturelle, tant de visage que de corps, qui les place sans conteste au même niveau plastique que les mannequins en couverture des magazines fashion. Par ailleurs, le traitement de leur image permet de démontrer à ceux et celles qui ne le savent pas encore que la beauté sur papier glacé dépend notamment du travail effectué autour du modèle et non pas uniquement du physique de celle-ci. Complexe interdit.

Aria est donc un film d’art érotique, comme Andrew Blake se plaît à nommer ses œuvres, et l’univers fantasmatique imprimé sur pellicule Super 16 n’aurait rien à envier aux délires sensuels de grands réalisateurs comme David Lynch. Définitivement un réalisateur à suivre, car l’un des derniers à cultiver une vision différente du film pour adultes.

J-Me | 24.08.2003 | Hors-Asie, Pour adultes

Aria est disponible en DVD et VHS.

USA | 2001 | Un film de Andrew Blake | Avec Aria Giovanni, Adriana, Kelle Marie, Sierra, Vince Vouyer
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