Behind the Green Door

"The only Art in this business is my brother" - Jim Mitchell, à propos de sa profession et de son frère Artie.

...et pourtant. Il fut un temps, proche du commencement, où l’industrie du sexe sur grand écran ne s’apparentait pas à un simple abattage. Une époque où, aussi curieux que cela puisse paraître à certain d’entre vous, la pornographie était avant tout un art respecté, presque glamour, à destination du grand public. Une période étonnante de curiosité assumée, où un film pornographique ayant coûté à peine 60.000 dollars pouvait en rapporter plus de 30 millions - et ce rien qu’au cours de son exploitation en salles, la Betamax ne devant faire son apparition que quatre ans plus tard. Nous sommes en 1971, et ce film c’est Behind the Green Door - Derrière la porte verte en VF.

Deux hommes rentrent dans un bar ; s’en suit une obscure conversation avec le propriétaire des lieux, au cours de laquelle ce dernier rappelle aux deux arrivants, qu’ils ont promis de lui raconter un jour ce qu’il s’était passé derrière "la porte verte"... Petit retour dans le temps ; les deux hommes de la scène précédente, Barry et son ami, sont assis à la terrasse d’un bar en train de discuter. En arrière plan, une charmante jeune femme s’installe seule à une table pour boire une bière. La "trame" est jusqu’ici pour le moins elliptique et décousue, mais les choses commencent à se préciser quand à la nuit tombée, la belle demoiselle est kidnappée. Au même moment, les deux compères rentrent dans l’ambiance feutrée et toute de velours rouge d’un lieu très select. Parmi les clients, quelques uns sont masqués. Pendant ce temps-là dans l’arrière-boutique, une femme accueille notre héroïne - Gloria - et lui explique le déroulement de la soirée, au cours d’une séance d’hypnose charnelle inhabituelle. La soirée peut alors commencer : sous vos yeux privilégiés mesdames et messieurs, une jeune femme innocente va connaître l’expérience la plus exquise de sa vie. Demain, elle se souviendra seulement avoir été aimée comme personne ne l’a jamais été...

Derrière la porte verte marque une transition dans l’histoire du cinéma pour adultes. Tout d’abord, le film X fait véritablement avec lui, son entrée sur la scène grand public. Ensuite, la protagoniste du film Marilyn Chambers (Marilyn Briggs de son vrai nom), est loin des stéréotypes de "bad girls" des films d’exploitation de l’époque ; au contraire même, la futur héroïne du Rabid de David Cronenberg, a tout de la voisine d’à côté (classique "girl next door" à l’américaine), belle et innocente. A tel point d’ailleurs, que le jour de la sortie du film aux USA marque aussi le lancement d’une campagne publicitaire pour la marque de détergent Ivory Snow ; cette campagne est immédiatement retirée par la compagnie outrée, mais le scandale a certainement profité au succès du film des frères Mitchell.

Marilyn Chambers en tout cas, est certainement le plus grand argument - et ceci reste valable près de trente ans plus tard - en faveur du film. L’actrice, à mille lieux des canons souvent exubérants du X contemporain, est magnifique, et joue à merveille son (vorace) épanouissement sexuel. Si les frères Mitchell ont des lacunes en montage et surtout en prise de son, ils ont bien compris qu’il leur suffisait pour remplir leur objectif, de garder la caméra sur leur découverte : entre bon nombre de plans hard, le désir et le plaisir de Derrière la porte verte se jouent principalement et avec une intensité étonnante, sur le visage et dans le regard de l’actrice.

Ainsi, point de violence ni une quelconque agressivité ici ; le sexe derrière cette porte verte, bien qu’ultra-fantaisiste - voire parfaitement onirique, sous acide - et baignant dans une atmosphère d’orgie doucement décadente, ne parait pas être un simple étalage de chairs et de fluides, sans saveur ni volonté. Au contraire même, plus qu’un déballage racoleur de pulsions artificielles, le film des frères Mitchell s’apparenterait presque à une ode expérimentale au plaisir féminin. Ainsi au cours de la dernière scène du film, Marilyn Chambers semble tellement jouir de l’instant - si vous me passez l’expression - que le spectateur se sentirait presque voyeur d’une authentique intimité. Le film y gagne en potentiel érotique, ce que tous nos déballages numériques modernes ont perdu en faveur d’une vulgarité par trop explicite, souvent "exclusive" par rapport au grand public - un comble pour une industrie qui s’attaque à l’un des seuls appétits partagé par l’humanité toute entière.

Alors bien entendu, tout ça reste de la pornographie et Derrière la porte verte n’échappe pas à quelques longueurs - et pas non plus complètement au poids des années. La mise en scène est très marquée seventies, à l’image de ce final de coït au ralenti extrême, et prête régulièrement à sourire. S’en dégage néanmoins toujours ce parfum presque élitiste d’une décadence charmante, que Marilyn Chambers incarne avec une volupté si crédible qu’elle en devient parfaitement respectable. Une autre époque, je vous dis...

Akatomy | 9.08.2003 | Hors-Asie, Pour adultes

Disponible aux USA en DVD (pas vu).

aka Derrière la porte verte | USA | 1971 | Un film de Jim & Artie Mitchell | Avec Marilyn Chambers, George S. MacDonald, Johnny Keyes, Lisa Grant, Yank Levine, Toad Attell, Angela Castle, Ben Davidson
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