Soft Places
aka Soumissions | USA | 1978 | Un film de Wray Hamilton (Joanna Williams) | Avec Annette Haven, Paul Thomas, China Leigh, John Seeman, Chrissy Petersen
Soft Places

Pour renouer avec son tour d’horizon de l’âge d’or du X américain, Wild Side nous propose de démarrer l’année 2011 comme nous avions terminé la précédente – à savoir en compagnie de la faussement diaphane Annette Haven. Alors que, sans aucune raison valable, j’ai omis de traiter Desires Within Young Girls dans ces pages, l’érotisme bienveillant était au programme de cette comédie mettant en scène la peu exploitée cover girl de Coed Fever, dans laquelle j’ai pu apprendre à m’éprendre de son naturel pour le moins désarmant. Autre détail, le film de Ramsey Karson étonnait par sa capacité à éluder les possibilités sexuelles qui ne l’intéressaient pas, mais c’est une histoire pour un autre article, de rattrapage.

Dans Soft Places, Annette incarne Monique, veuve soumise à l’improbable dernière volonté de son mari Michael. Si la belle souhaite hériter de la fortune du défunt, elle doit en effet se défaire de sa frigidité en plusieurs étapes : en apprenant à s’aimer elle-même, en partageant l’amour avec une autre femme, puis avec plusieurs hommes en même temps, afin de connaître, enfin, le désir brûlant qui animait Michael de son vivant, et auquel elle se refusait.

Pas si frigide que ça, Monique se lance dans l’entreprise sans trop d’atermoiements. Devant la caméra de Joanna Williams, Annette Haven déploie alors une sexualité syndicale à laquelle ce tour d’horizon du porno chic ne nous avait pas habitués. Si les films de Damiano (The Devil in Miss Jones et Odyssey) s’attachaient à une sexualité négative, ils mettaient tout de même en scène des intimités intenses bien que dérangeantes. Ici, Williams instaure une étrange distance avec l’objet de notre désir, faisant de la supposée froideur de son héroïne un déconcertant leitmotiv de mise en scène. Que ce soit lorsqu’elle s’autosatisfait, s’abandonne au plaisir lesbien ou masturbe deux piliers de bar de concert, Annette Haven est lointaine, comme reléguée en arrière-plan d’un glauque insaisissable. L’arrière-plan, l’actrice y est d’ailleurs littéralement réduite au détour d’une scène dans un établissement dévoué au plaisir pour femmes, où la jouissance opportuniste de travestis ou hermaphrodites, je ne saurais vous dire, emporte l’intérêt de la réalisatrice.

L’érotisme de Soft Places - qui ne se dégage en réalité, un comble, que de tableaux sans Annette Haven, mais avec un peu d’enthousiasme - s’écroule définitivement au cours d’une scène dans un infâme boui-boui, dans laquelle Joanna Williams se penche sur l’appétit sexuel de quelques clochardes peu aguicheuses. La scène n’est pas repoussante, puisque baignant dans la même froideur que le reste du film, mais la sauce ne prend pas vraiment ; d’autant que, alors que Monique déclarait se rendre « à son propre viol » - tout un programme ! -, son amour partagé avec plusieurs hommes se résume à des jeux de mains sur quelques vilains, observés sans emphase en plan américain. Certes, le film se conclut sur une scène plus classique, et attendue, entre Monique et le garant du testament du défunt, mais là encore, les velléités auteurisantes de la réalisatrice ternissent le tableau, à l’aide de cendres versées sur des corps nus.

C’est là le paradoxe d’un Soft Places bien rugueux, en dépit de la photographie de Ron Garcia, futur chef opérateur de la série Twin Peaks : étrangement intellectualisé, il finit par aliéner à la fois cinéphiles « sérieux » et pornophiles, en affirmant un entre-deux plus singulier qu’agréable. Passe encore qu’il prenne ses distances avec un érotisme classique, comme explicité dans d’extrêmes gros plans, faussement intimes ; il aurait toutefois fallu que son côté obscur soit plus prononcé et embrassé, finalement, pour satisfaire. D’autant qu’Annette Haven, derrière son ingénuité pâle et trompeuse, ne demande qu’à être pervertie.

Akatomy, le 23.03.2011 | Hors-Asie, Pour adultes

Soft Places est disponible en DVD chez Wild Side depuis le 2 mars 2011, dans la collection L’Age d’or du X américain - qui sera riche de 20 titres, à terme, au rythme de deux sorties tous les deux mois.
Remerciements à Arnaud Hallet, Cédric Landemaine, Benjamin Gaessler et Wild Side.

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