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Japon

La Vie d’un tatoué

aka Tattooed Life - Irezumi ichidai | 刺青一代 | Japon | 1965 | Un film de Seijun Suzuki | Avec Hideki Takahashi, Masako Izumi, Akira Yamauchi, Yuji Odaka, Hôsei Komatsu

Sang et or.

Fin des années 1920. Tetsutaro, aka Tetsu le tigre, yakuza de son état, est trahi par son propre clan et sauvé in extremis par son frère cadet, étudiant aux beaux-arts. Il souhaitait pourtant un autre avenir à son frère alors que lui est un homme marqué. Contraints de fuir, ils cherchent à rejoindre la Mandchourie, mais sont arnaqués par un passeur. Les deux hommes se font embaucher dans une équipe de terrassiers qui creusent un tunnel en pleine montagne, le temps de réunir de quoi payer leur passage. Mais voilà, le jeune frère tombe amoureux de la femme du patron et les concurrents de celui-ci entendent bien se venger d’avoir perdu un contrat.

Tetsutaro est un véritable héros suzukien dans le sens il se retrouve isolé car il reste fidèle à une morale dans un monde où sont nombreux ceux l’ayant abandonnée. Et au premier chef, ses chefs yakuza. Dans La Vie d’un tatoué, Tetsutaro peut cependant compter sur les terrassiers, dont un ancien yakuza rangé des voitures, qui sont des hommes du peuple. Même le patron sous ses airs bonhomme pourrait cacher quelque chose : sa parade au coup de Tetsutaro, qui n’est pourtant pas un manche question baston, en dit long.

Pendant les quatre cinquièmes du métrage, La Vie d’un tatoué est un Seijun Suzuki étonnamment sage sur le plan visuel, même s’il est égayé de flashs de couleur rouge, comme les chaussures de l’inspecteur de police. Le récit avance, l’histoire d’amour impossible entre Tetsutaro et l’épouse délaissée du patron se noue selon les codes du mélodrame Nikkatsu. On en arrive presque à se demander si le cinéaste n’est pas fatigué de réaliser des films à la chaîne.

Puis survient une bagarre de rue - le héros et ses camarades du chantier contre leurs rivaux - et le cinéaste déclenche lui aussi les hostilités avec un feu d’artifice. Les détonations et les gerbes de couleur se mêlent au vacarme et à la fureur du combat. Mais la véritable pyrotechnie visuelle reste à venir.

Le film bascule visuellement plus tard à la suite de l’assassinat du jeune frère. Le chemin se teinte de rouge, couleur du sang qui vient d’être versé et qui en appelle d’autre. Le rouge colonise petit à petit le film : il monte et contamine le ciel des séquences suivantes comme une fièvre impossible à contenir. Tetsutaro voit rouge, littéralement, et le tatoué n’a plus désormais qu’une idée en tête - assouvir sa vengeance.

La mise en scène se fait alors électrique : Seijun Suzuki recourt aux travellings relativement longs qu’il affectionne - pas trop longs - mais qui donnent à la fois un supplément de vitesse dans les scènes de combat et dilatent l’espace du scope. Sa technique cinématographique s’inscrit dans la tradition japonaise des emaki, ces rouleaux horizontaux racontant des histoires en combinant textes et images.

Au milieu de cette splendeur visuelle, le cinéaste parvient encore à nous surprendre, avec une contreplongée sidérante : Tetsutaro, kimono flottant et sabre en main, est filmé à travers un plancher transparent avant son affrontement avec le chef du clan Kanbe. Tel un Midas du cinéma – même s’il préfère le rouge à l’or- Seijun Suzuki transforme une série B des plus ordinaires en un film dont on se souvient et qui marque encore soixante ans plus tard.

La Vie d’un tatoué est ressortie au cinéma grâce à Carlotta Films, en même temps que plusieurs grandes réussites de Seijun Suzuki dans des versions restaurées : Élégie de la bagarre, La Jeunesse de la bête, Les Fleurs et les vagues, Le Vagabond de Kanto, Détective bureau 2-3, La Barrière de la chair, Histoire d’une prostituée, La Marque du tueur, Le Vagabond de Tokyo et Carmen de Kawachi.

- Article paru le mercredi 22 avril 2026

signé Kizushii

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