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Inde

Le Lâche

aka কাপুরুষ - Kapurush | Inde | 1965 | Un film de Satyajit Ray | Avec Soumitra Chatterjee, Madhabi Mukherjee, Haradhan Bannerjee

Un samedi en fin d’après-midi, mes pas m’avaient conduit aux environs du cinéma Le Champo, qui organisait une rétrospective Satyajit Ray. Son œuvre m’étant alors inconnue, je décidais à l’impromptu de voir le premier de ses films qui serait projeté. Ce fut Le Lâche, dont l’élégance de la mise en scène et l’intelligence de l’écriture m’ont marqué. Le cinéaste indien bénéficie d’une sortie bien méritée de six de ses films en Blu-ray.

En chemin pour visiter son frère médecin dans la campagne des environs de Calcutta, le scénariste Amithab tombe en panne de voiture. Le garage le plus proche ne disposant pas des pièces nécessaires, il est contraint de rester sur place. Amithab rencontre l’aimable manager d’une plantation de thé, Bimal, qui lui propose de passer la nuit dans sa villa. Sa présence lui fera de la compagnie. Arrivé sur place, il découvre à sa grande surprise que l’épouse du manager, Karuna, est une femme qu’il a aimé jadis mais qu’il n’a pas su garder.

Le cinéaste nous ravit avec son approche élégante et sans fioritures de la mise en scène. Captant l’attention du spectateur dès l’ouverture, constituée d’un superbe plan séquence, il va progressivement et habilement nous faire comprendre les thèmes de son film et nous faire partager les sentiments des personnages principaux. Aidé en cela par le très bon jeu des acteurs, Soumitra Chatterjee et Madhabi Mukherjee. Les enjeux de cette relation triangulaire sont habilement mis en valeur par les cadrages où la présence et les positions d’Amithab, de Karuna et de Bimal doivent tout sauf au hasard.

"Boy meets girl, boy gets girl, boy loses girl". Bimal décrit les scénarios qu’il imagine Amithab écrire, sans savoir qu’il résume aussi le plus important événement de la vie du scénariste. Le film prend ainsi parfois une dimension méta. Le Lâche raconte l’histoire d’un homme confronté à la conséquence d’une décision prise par le passé et qu’il regrette amèrement. Satyajit Ray met en scène son examen de conscience alors que s’offre à lui la possibilité d’une seconde chance.

Satyajit Ray dépeint une société incapable d’apporter le bonheur à ses membres. Chacun des personnages utilise des psychotropes pour simplement vivre sa vie. Karuna n’est clairement pas amoureuse de son mari et elle a besoin de somnifères pour s’endormir. La dernière scène, point culminant du lâche, montre ô combien elle en est dépendante et offre au film une fin admirable. Son époux Bimal lui porte peu d’attention - il a mis trois ans pour découvrir ses talents de dessinatrice – et noie son isolement social dans l’alcool. Amithab rédige des scénarios pour des raisons uniquement lucratives. Il juge que sa pauvreté d’alors est l’une des raisons pour laquelle il n’a pas eu le courage de garder Karuna à ses côtés.

Dans le contexte actuel d’une approche macho du cinéma où une durée de 100 à 150 minutes est devenue la norme, Satyajit Ray montre qu’il est tout à fait possible de faire un excellent film en un peu plus d’une heure. Ce format particulier a cependant empêché cette œuvre du cinéaste bengali d’avoir l’exposition qu’il méritait, au grand dam de son créateur, explique le critique Charles Tesson dans l’un des bonus du Blu-ray. L’existence de cette chouette « galette » permettra de réparer cette injustice.

Le Lâche est disponible en version restaurée 2K en DVD et en Blu-ray dans un box édité par Carlotta, qui comprend également La grande ville, Charulata, Le Saint, Le Héros et Le Dieu éléphant.

- Article paru le vendredi 11 mars 2022

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