Le secret de la chambre noire

Ancien photographe de mode, Stéphane vit quasiment en reclus dans sa propriété de la banlieue parisienne en compagnie de sa fille. Pour l’aider dans son travail, il embauche un nouvel assistant, Jean. Stéphane réalise des portraits de femme grandeur nature en utilisant une technique de photographie très ancienne, le daguerréotype, qui nécessite un appareillage très lourd. Sa fille Marie a pris le relais de sa femme décédée pour lui servir de modèle et son obsession pour ces images devient toxiques pour son entourage. Les deux jeunes gens vont se rapprocher tandis que le père bouleversé par le décès de sa femme perd pied et commence à entendre sa voix. La propriété est par ailleurs convoitée par un promoteur immobilier que Jean accepte d’aider pour faire accepter à Stéphane sa proposition.

Le début du film, avec son premier plan de RER très kurosawien, est ma partie préférée. Le réalisateur japonais met en place son histoire en jouant avec les attentes des spectateurs, qui espèrent de sa part des apparitions ectoplasmiques : des portes s’ouvrent mystérieusement, une jeune femme habillée comme au 19ème siècle semble sortir de nulle part... J’en suis venu à imaginer que, pied de nez au spectateur, le film ne comporterait aucune composante fantastique. Mais Le secret de la chambre noire prend par la suite une tournure plus attendue.

Chez Kiyoshi Kurosawa, les fantômes, comme dans Vers l’autre rive, ont parfois cette particularité de ne pas être dématérialisés et semblent aussi en vie que les vivants. Une façon pour le réalisateur d’affirmer sa croyance dans leur présence parmi nous. L’art de Stéphane consiste si l’on y réfléchi à faire apparaître des fantômes. En effet quoi de plus proche qu’un fantôme que les portraits en pied grandeur nature du photographe qui ressuscitent d’une certaines façons des femmes du passé en habillant ses modèles avec des robes d’époque ?

Kiyoshi Kurosawa est fameux pour son talent à mettre en scène des apparitions qui vous donnent la chair de poule, sans chercher à vous faire sursauter. Ce nouveau film est l’occasion pour nous offrir plusieurs belles scènes de ce type. Celle où le photographe se fait assaillir dans la serre par sa femme revêtue d’une des robes ancienne qu’il lui faisait porter pendant leur séance de photos est particulièrement magnifique. Sa seule présence mérite d’aller voir le film.

Pour réaliser son premier métrage dans un pays étranger, une expérience toujours délicate, le cinéaste a la chance de pouvoir compter sur Tahar Rahim en tant qu’acteur principal dans le rôle de Jean, qui nous offre de nouveau une interprétation de grande qualité. Mais son talent ne peut pas réconcilier les deux facettes de son personnage lorsque le film bascule dans le fantastique. Une incompatibilité qui pour moi nuit à la fin du film. Il est d’un côté très rationnel et matérialiste dans ses relations avec le promoteur. Mais de l’autre côté, son amour pour Marie fait de lui quelqu’un de très crédule.

Kizushii | 6.03.2017 | Japon, Hors-Asie

Le secret de la chambre noire sortira le 8 mars sur les écrans français.
Remerciements à Matilde Incerti.

aka ダゲレオライプの女 - Daguerreotype | France-Japon | 2016 | Un film de Kiyoshi Kurosawa | Avec Tahar Rahim, Olivier Gourmet, Constance Rousseau, Mathieu Amalric, Malik Zidi et Valérie Sibilia.
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