Lumberjack the Monster
Alors que Sham s’apprête à sortir sur nos écrans, auréolé du prix Cannes Ecrans Juniors, et que nous attendons avec impatience Bad Lieutenant : Tokyo, dont la première a eu lieu hier au TIFF à Toronto, j’ai eu l’éclair de lucidité de rattraper ce matin Lumberjack the Monster, l’un des seuls films de Takashi Miike à être arrivé en France depuis le fantastique First Love en 2019, bien que ce soit par le biais de Netflix et non du grand écran. En effet, le film n’est sorti en salles qu’au Japon, et la plateforme a assuré la distribution du film partout ailleurs dans le monde, quoique bien plus discrètement qu’elle l’avait fait avec l’excellent Blade of the Immortal en 2017.
Adaptation d’un roman de Mayusuke Kurai visiblement très populaire au Japon, Lumberjack the Monster s’ouvre sur la résolution d’une sordide affaire d’enlèvements d’enfants, trépanations et cadavres immergés ; la coupable, Midori Toma, se suicidant devant les policiers venus l’appréhender, laissant derrière elle un jeune survivant. Nous faisons alors un bond dans le temps et rencontrons Akira Ninomiya, un jeune avocat psychopathe, qui assassine sans émotion mais une bonne dose de frime un homme qui le suivait, et menaçait de le faire chanter ainsi que Kuro Sugitani, son ami médecin. Il faut dire aussi qu’a priori, le premier commet des meurtres à tours de bras, tandis que le second les dissimule, autant qu’il se livre à des expériences interdites... Ninomiya va croiser le chemin d’un autre psychopathe, tueur en série à la hache qui réduit les crânes de ses victimes - des orphelins marginaux - à néant, dérobe leurs cerveaux, et laisse la task force de la profileuse Ranko Toshiro perplexe. Réchappant à la tentative d’assassinat, Ninomiya se réveille tout de même à l’hôpital suite à un coup de manche de hache à la tête, et découvre qu’il a un mystérieux implant dans le crâne, pile sur la zone qui gère notre capacité à l’empathie...
L’ouverture de Lumberjack the Monster - avec son prologue sordide, la rencontre de Ninomiya, ses plans aériens, les geysers artériels, la musique de Koji Endo,... - ne nous fait certes pas une promesse, mais attise la flamme des enthousiastes de Miike que nous sommes. Un léger manque de nervosité, une image trop propre, mettent toutefois la puce à l’oreille, et la pudeur des scènes de crimes à suivre, floutées ou pixelisées via des photos zoomées, calment totalement nos ardeurs : Lumberjack the Monster ne sera pas le film malade qu’il aurait pu être, opposition grand-guignolesque de deux psychopathes. Au lieu de cela, les exactions de Ninomiya seront, en gros, simplement évoquées, légende urbaine qui plane sur le film, tout comme celles de Sugitani, et le film va se recentrer sur cette idée, certes intéressante, de la volonté de Midori Toma de créer des humains dénués de toute empathie, et ses conséquences, ainsi que sur le mystère de l’identité et la motivation du tueur à la hache, au costume emprunté au conte pour enfants qui donne son titre au film et le structure.
Il convient toutefois d’apprécier un film pour ce qu’il est, et non pour ce que nous aurions aimé qu’il soit. Bye-bye le film de barge, place à un polar classique bien que farfelu, à plusieurs dynamiques chat/souris – la plus intéressante étant celle reliant Ninomiya à la charmante Toshiro qui, bien que non meurtrière, n’en est pas moins aussi froide et hautaine que l’avocat – et à cette idée sympathique de l’opportunité de pouvoir porter sa culpabilité en toute conscience. Kazuya Kamenashi a une présence convaincante à l’écran, la modèle Nanao est fort sympathique, et Shota Sometani est sous-exploité. Le livre inventé pour le film par contre, est superbe, et donne tout de même à l’ensemble une étrange teinte morbide, en dépit de ses velléités optimistes et grand public. Un peu dommage donc, mais pas désagréable pour autant.
Lumberjack the Monster est, vous l’aurez compris, disponible sur Netflix. Pour le support physique, ça se passe uniquement au Japon, en Blu-ray et DVD, sans sous-titres.











