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Parfum d’un sortilège

aka Scent of a Spell – 魔性の香り - Masho no kaori | Japon | 1985 | Un film de Toshiharu Ikeda | Avec Johnny Okura, Mari Amachi, Yuki Kazamatsuri, Chôei Takahashi, Haruko Wanibuchi

Esaka, témoin de la tentative de suicide d’une femme qui se jette d’un pont, plonge dans l’eau pour la sauver. Alors qu’il monte dans un taxi pour l’emmener à l’hôpital, celle-ci, paniquée, refuse, persuadée d’être traquée – un sentiment qui fait écho à l’étrange sensation qu’a Esaka ces derniers temps, d’être observé... Esaka dédide donc d’héberger un temps la jeune femme. Arrivée chez lui, Akiko lui explique qu’elle a fui Osaka pour Tokyo quelques mois auparavant, pour échapper à l’emprise d’un mari jaloux et violent, persuadé d’être trompé chaque fois que sa femme met un pied hors de chez elle...

Un an après La Vengeance de la sirène, Toshiharu Ikeda sauve de nouveau une femme de la noyade, pour la plonger cette fois dans les eaux troubles de la jalousie et la suspicion. Parfum d’un sortilège, adaptation d’un roman de Shoji Yuki avec Takashi Ishii au scénario, quelques années après la collaboration des deux hommes sur Angel Guts : Red Porno, et deux ans avant le mythique Evil Dead Trap, délaisse les préoccupations écologiques de son prédécesseur, mais pas un certain féminisme, ni l’exploitation - le film étant produit sous l’égide de la Nikkatsu et de ses Roman Porno (au seins desquels Ikeda a fait ses débuts), bien que ce soit en collaboration avec la Directors Company.

Parfum d’un sortilège s’ouvre sur une partie de billard entre Esaka et l’un de ses amis, au cours de laquelle Esaka n’a de cesse de se retourner pour voir si quelqu’un n’est pas en train de l’observer. Ce motif du doute, doublé rapidement de la jalousie qu’il instaure, parcourt l’ensemble du film d’Ikeda, et s’emploie à déliter les différentes relations qu’il met en scène. Cela commence par celle d’Akiko et son mari, si l’on en croit son récit d’abus et oppression. Mais cela se poursuivra jusque dans la relation entre Akiko et Esaka qui, bien que torride, se fissure rapidement. Nous pourrions aussi dire qu’elle prend l’eau, tant la pluie, les inondations et autres motifs aqueux, accompagnent la disparition de la confiance à l’écran.

Relation torride, donc, car qui dit Roman Porno dit nécessairement scènes de sexe. Parfum d’un sortilège n’échappe pas à la règle, et Ikeda filme plusieurs longues séquences, explicites et donc floutées, entre Johnny Okura et Mari Amachi. Si celle-ci - bien qu’elle ait été beaucoup plus populaire à l’époque, et que son incursion dans le cinéma dénudé ait contribué à un certain succès du film -, n’a pas à mes yeux le charme de la sirène Mari Shirato, l’érotisme est ici tout de même très réussi, entre moiteur et agressivité, exprimant une honnêteté brute que seules les relations charnelles possèdent dans le film. Comme si le plaisir, lui, ne souffrait d’aucun doute, se ressentait au-delà et en dépit de toute suspicion. Le sexe est d’ailleurs d’autant plus intense qu’Esaka et Akiko ont besoin de se rassurer l’un quant à l’autre, cherchant la vérité dans la chair de leur partenaire.

Bien que la violence et le sang surgissent évidemment à un moment dans l’histoire, la réalisation de Toshiharu Ikeda n’exprime plus la colère qui transpirait de La Vengeance de la sirène. Plus posée, plus froide d’une certaine façon, presque clinique dans son érotisme, elle sied parfaitement au caractère désabusé de Parfum d’un sortilège. Un temps anodine, cette œuvre entre film noir et film d’exploitation – car oui, cette Akiko en détresse est une femme fatale malgré elle - gagne dans ses derniers instants l’étoffe d’un véritable discours sur le destin d’une femme, dont on comprend comme Esaka, trop tard, combien les doutes et les trahisons l’ont abîmée.

Même si ses dernières images sont belles et marquantes, ma préférence, contrairement au public japonais des années 80, va tout de même au prédécesseur de Parfum d’un sortilège issu du travail d’Ikeda au sein de la mythique Directors Company.

Parfum d’un sortilège est disponible en Blu-ray chez Carlotta Films, comme toujours dans une copie superbe (sortie le 20 janvier 2026).
Deux suppléments et une bande annonce accompagnent le film.
Dans un entretien d’une vingtaine de minutes, Shozo Ichiyama, directeur de la programmation du TIFF, revient sur les affres financières de la Directors Company, sur la singularité de Kiyoshi Kurosawa, seul débutant en son sein, sur l’importance de Shinji Somai, sur l’échec de La Vengeance de la sirène et le succès de Parfum d’un sortilège, la présence de la star Mari Amachi aidant, ainsi que sur son admiration pour Takashi Ishii, notamment en tant que scénariste.
En 16 minutes, « Parfum d’un sortilège : le lien entre le Roman Porno et la Directors Company » (en anglais sous-titré) resitue le film dans le contexte du projet Roman Porno de la Nikkatsu, inventé pour ramener le public japonais en salle, et proposer une alternative au sexe très indie des Pinku Eiga, et de l’histoire de la Directors Company. Il livre aussi une analyse du film.
Remerciements à Pauline Boisseau et Carlotta Films.

- Article paru le lundi 19 janvier 2026

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