Silence

45 ans avant Martin Scorsese, Masahiro Shinoda était le premier à porter l’écran le roman Silence de Shusaku Endo.

Au XVIIe siècle, deux jésuites, le père Rodrigues et le père Garrpe, débarquent clandestinement sur les côtes japonaises pour prêcher la foi chrétienne. Les chrétiens font l’objet à cette époque d’une répression féroce de la part des autorités, qui cherchent à expurger de l’île cette religion jugée étrangère. Les deux disciples de Ignace de Loyola souhaitent savoir ce qu’il est advenu de leur mentor, le père Ferreira. Celui-ci a été capturé par les autorités et ils sont depuis sans nouvelle. Trahi par leur passeur, un Japonais apostat, le père Rodrigues va être emprisonné par le gouvernement japonais, qui veut le faire apostasier.

L’adaptation de Masahiro Shinoda est moins enfiévrée du point de vue religieux que celle de Martin Scorsese, souvent cinéaste de la culpabilité et de la rédemption. La version de celui-ci recèle aussi, sans surprise, de belles trouvailles de mise en scène.

La vision du réalisateur japonais est plus classique et plus austère, mais il s’est adjoint ici un de ses fréquents collaborateurs et pas le moindre : Kazuo Miyagawa, le plus grand des directeurs de la photographie japonais. Il fait appel à une approche ténébriste pour filmer les chrétiens japonais pratiquant leur religion dans des grottes ou enfermés dans des cachots.

Il multiplie par ailleurs les angles pour couvrir les affrontements verbaux au cours desquels le gouverneur Inoue tente de démontrer au père Rodrigues, la nature étrangère au Japon du christianisme. Kazuo Miyagawa évite à la mise en scène d’être figée. S’il convient aux pays européens, il ne peut s’enraciner dans l’Archipel, lui explique-t-il.

Silence est un livre et film sur un thème fort : le sacrifice exigé par le foi. Le gouvernement japonais force le père Rodrigues à assister aux martyrs des chrétiens japonais. Entassés dans des geôles sombres, ils font penser aux chrétiens de la Rome antique attendant d’être jetés aux lions. Quel meilleur exemple pour les éloigner de cette foi que l’apostasie d’un prédicateur, qui peu de temps encore donnait comme modèle Jésus, martyrisé par les Romains.

Le père Rodrigues se retrouve face à un cas de conscience : ne pas renier sa foi et laisser torturer des croyants, ou trahir sa foi et les sauver tout en les trahissant car eux n’ont pas renié leurs croyances. Peu avant sa capture, la caméra de Kazuo Miyagawa l’isole plusieurs fois à l’écran, silhouette minuscule sur le rivage d’une île japonaise. Le père Rodrigues se trouve désormais seul face à lui même.

Ses seuls points de repaire sont des doubles négatifs, le passeur apostat et son mentor, le père Ferreira. Celui-ci est interprété par l’acteur japonais, Tetsurō Tanba, dont le maquillage lui donne des airs de revenants. Il est à cheval entre le monde des vivants et des morts et a d’ailleurs pris le nom d’un japonais décédé, dont il a épousé la femme. Le père Ferreira est écartelé entre le Portugal et le Japon, mais aussi entre le christianisme et le bouddhisme, auquel il s’est converti, pour au final voir son identité se dissoudre.

Kizushii | 27.06.2019 | Japon

Silence est sorti sur les écrans français le 19 juin grâce à Carlotta Films.

aka 沈黙 - Chinmoku | Japon | 1971 | Un film de Masahiro Shinoda | Avec David Lampson, Mako Iwamatsu, Shima Iwashita, Yoshi Katō, Don Kenny, Mako Iwamatsu, Noboru Matsuhashi, Tetsurō Tanba
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