Taipei Story

Ancien joueur de base-ball devenu vendeur de tissus, Lung vit en couple avec Chin qu’il connaît depuis fort longtemps. Cette dernière se retrouve sans emploi après avoir refusé un nouveau poste dans un cabinet d’architectes, où elle était précédemment assistante de l’ancienne propriétaire. Confrontés à cette nouvelle situation, ils hésitent à émigrer aux États-Unis. Lung vient d’aller voir sa sœur Lung qui s’y est mariée et leur mère l’a rejointe. Au même moment, les affaires du père de Chin traversent une mauvaise passe et celui-ci demande à Lung de l’aider. Il accepte, ce qui déplait à Chin, provoquant une dispute...

Taipei Story est le deuxième film d’Edward Yang à la suite de That Day, on the Beach. Au générique, il partage la vedette avec plusieurs grands noms de la nouvelle vague taïwanaise. Le film est co-scénarisé par lui, Hou Hsiao-hsien et Chu Tien-wen, qui deviendra la scénariste attitré du précédent. Hou Hsiao-hsien est cette fois-ci devant la caméra, interprétant Lung. Le son est conçu par Tu Duu-Chih, moins connu que les deux réalisateurs, mais technicien indispensable des productions de l’île.

Edward Yang nous promène dans Taipei, passant des immeubles modernes imaginés par le cabinet d’architectes où Chin travaille à la maison traditionnelle de son père, en passant par les bars karaoké et les rues fourmillant de circulation. Il met en scène dans cette ville deux personnes dont les trajectoires d’abord similaires, vont s’éloigner avant de prendre définitivement des directions différentes.

A travers l’histoire de ce couple, le cinéaste évoque les changements que traverse la société taïwanaise - effacement des valeurs traditionnelles et occidentalisation - à l’instar de Yasujirō Ozu dans Tokyo Story. Lung est associé au passé de Taïwan et sa compagne à son futur. Le passé lui colle aux basques : il vient en aide à un ancien joueur de joueur de base-ball devenu chauffeur de taxi et une précédente petite amie refait son apparition.

Si Lung vend du tissu dans une boutique, Chin travaille dans la société qui conçoit des immeubles, visage du Taipei moderne. Elle essaye de se projeter dans l’avenir, d’avancer, refusant un travail qui aurait constitué un déclassement économique. Fille d’une courtisane, elle s’émancipe de sa famille - son père s’étonne qu’une fille célibataire quitte le domicile de ses parents - tandis que Lung vient en aide à son père, illustration de la piété filiale, vertu cardinale du confucianisme.

Le cinéaste construit ses personnages tout au long de l’histoire. Ils ne sont pas donnés d’emblée. Comme pour un puzzle, leur image nous apparaît peu à peu dans sa globalité.

La photographie, qui mérite de faire l’objet d’une restauration 4K, est souvent en clair obscure, basculant parfois dans l’obscurité. Elle est l’image du destin des personnages, qui reste encore incertain et à découvrir.

Le plus beau moment du film est celui où Edward Yang montre magnifiquement le sentiment de solitude dans les grandes villes modernes en filmant Chin uniquement éclairée d’une énorme publicité en néon, contemplant la ville sous elle. Chin est seule quand bien même elle est entourée par sa jeune sœur et ses amis.

Kizushii | 12.04.2017 | Taiwan

Taipei Story sort sur les écrans le 12 avril.
Remerciement à Elise Borgobello chez Carlotta Films.

aka 青梅竹馬 - Qingmei Zhuma | Taïwan | 1985 | Un film de Edward Yang | Avec Hou Hsiao-hsien, Tsai Chin, Wu Nien-jen, Wu Ping-nan, Ke I-cheng
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