Tears of the Black Tiger

La Thaïlande, une fois de plus ! Et au vu de Fa Talai Jone, c’est clairement un pays asiatique de plus avec lequel il va falloir désormais compter - au moins dans le circuit des festivals. Ceci étant, difficile de dire que la première réalisation de Wisit Sasanatieng (dont c’est le deuxième scénario de long-métrage après celui de Nang-Nak) soit véritablement représentatif du cinéma du pays. Encore que...

Fa Talai Jone est une espèce de western spaghetti sur fond de mélodrame en Technicolor. Dans sa plastique, le film renvoie à celle, aujourd’hui désuète, des films asiatiques de studio d’autrefois. La palette utilisée pour mettre en image l’amour impossible de Dam et Rumpoey est ainsi aussi kitsch qu’ancestrale, et confère au film un aspect bi-dimensionnel d’une autre époque. En contraste total avec les techniques de mises en scènes "avancées" utilisées par le réalisateur, l’imagerie plonge le film dans une ambiance de mélodrame éculée (on retrouve particulièrement le ton des films indiens de la grande époque) pour mieux faire ressortir le caractère virtuose des séquences d’action, souvent très gore.

Dam est un fils de paysan devenu hors-la-loi au service de Faï, en dépit de plusieurs tentatives (échouées) d’échapper à un destin de violence, de tristesse et de trahisons. Pendant son enfance, il fait la rencontre de Rumpoey, la fille du gouverneur. Un jour, alors qu’ils se promènent en jonque sur un lac recouvert de nénuphars, Dam s’oppose à un trio de jeunes garçons qui en veulent à son amie. Dans le processus, Rumpoey manque de se noyer, et Dam est sévèrement battu avant que le Gouverneur et sa fille ne s’en retournent définitivement à Bangkok. Dix ans passeront avant que les jeunes gens se rencontrent à nouveau, dans une université de Bangkok. Le temps n’aura pas pour autant effacé les sentiments qui les unissaient l’un à l’autre...

Film éminemment visuel, Fa Talai Jone constitue un hommage, non seulement à Sergio Leone mais aussi à Sam Peckinpah et à sa Horde Sauvage, et au Django de Sergio Corbucci (notamment lors de l’attaque du camp de Faï par le commissaire/fiancé de Rumpoey). Avec des emprunts directs, sous formes de variations reconnaissables, des musiques d’Ennio Moricone (on reconnaît sans peine les accords du célèbre Sixty Seconds to What ? de Pour quelques dollars de plus pendant le duel final du film) et la même affection pour les gros plans, Sasanatieng réussit à faire passer Fa Talai Jone pour un western des années soixante plutôt moderne. L’illusion s’écroule (malheureusement ?) lorsque l’hommage à Leone devient un hommage interposé par le biais d’un grand nombre d’idées reprises du Mort ou Vif de Sam Raimi, dont c’était déjà l’objectif avoué.

En dépit de certaines maladresses, et surtout d’un développement narratif beaucoup trop long au centre du film, qui le fait basculer un peu trop longtemps dans le genre qu’il tente de dynamiter (le mélo), Fa Talai Jone est un film frais et intéressant, impeccablement interprété et mis en images, jouissif à de nombreuses reprises. On peut néanmoins lui reprocher un manque flagrant d’idées complètement neuves, qui auraient achevé de transformer totalement l’essai en réussite.

Akatomy | 22.07.2001 | Thaïlande

Les Larmes de Tigre Noir, qui est passé à Cannes cette année, devrait connaître une sortie en salles avant la fin 2001, tout comme Bangkok Dangerous.
En attendant cette sortie éventuelle, le film n’est disponible sur aucun support.

aka Fa Talai Jone - Les larmes du tigre noir | Thaïlande | 2000 | Un film de Wisit Sasanatieng | Avec Chartchai Ngamsan, Stella Malucchi, Supakorn Kitsuwon, Arawat Ruangvuth, Sombat Metanee
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