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The Furious (2025)
Hong Kong | Chine

The Furious

aka Huo zhe yan - 火遮眼 | Hong Kong / Chine | 2025 | Un film de Kenji Tanigaki | Avec Xie Miao, Joe Taslim, Yang Enyou, Brian Le, Joey Iwanaga, Yayan Ruhian, Jeeja Yanin

Il était un père.

Après le KO infligé par The Raid, faire mieux relevait du pari un peu raide. Repartant à l'assaut avec The Raid 2, Gareth Evans avait tenté de se surpasser, proposant une intrigue plus élaborée et des combattants plus nombreux, sans me convaincre totalement. L'ambition était au rendez-vous, mais l'orchestration n'était pas à la hauteur. Cette veine de cinéma d’action bien trempé s’était ensuite tarie, en dépit de quelques tentatives honorables, dont City of Darkness. Kenji Tanigaki, qui avait réglé les combats de ce dernier, signe avec The Furious le film d'action le plus percutant et inventif depuis The Raid.

Père solo et muet, Wang Wei se lance à la recherche de sa fille, enlevée par des criminels. En chemin, il croise Navin, journaliste comme sa femme, laquelle a disparu lors d'une enquête sur un trafic d’enfants. Comprenant vite qu'ils ne pourraient pas compter sur une police corrompue aux plus hauts niveaux, les deux hommes unissent leurs forces et leurs compétences martiales pour retrouver leurs proches.

The Furious n'échappe pas à une tare du genre, celle d’un scénario convenu, porté par des sentiments et des motivations très primaires : un père muet prêt à tout pour sauver sa fille, des policiers corrompus, des méchants vraiment méchants. Une justice poétique finit certes par s'exercer, si tant est que le mot « poésie » convienne à une telle noirceur. The Raid avait contourné cet écueil en réduisant son récit à sa plus simple expression pour viser directement la jugulaire.

Le film se distingue en revanche nettement par sa manière novatrice de filmer les affrontements : ce ne sont plus seulement les pieds ou les poings qui frappent, mais le corps tout entier qui se fait arme. The Furious s'inscrit dans la veine du cinéma de Jackie Chan des années 1980 et 1990 dans cet usage virtuose des corps. S'il contient d'autres références, à l'image de l'usine à glace présente dans Big Boss, Kenji Tanigaki ne se contente pas de citer ses aînés. Fort de longues années passées comme l'un des piliers de l'équipe de cascadeurs de Donnie Yen, il trouve sa propre voix.

Dans les scènes d'action, Kenji Tanigaki et son directeur des combats, Kensuke Sonomura, ne laissent pratiquement aucun répit. Coups de pied, coups de poing, clés et fauchages s'enchaînent sur un rythme endiablé, sans presque jamais de pause. Ce tempo très soutenu tient au fait que les duels restent l'exception. Le cinéaste et son chorégraphe font naître une "dynamique de groupe", qui nourrit l'intensité des affrontements au point que leur accumulation devient une qualité en soi. Les corps semblent parfois devenir pur mouvement, sans pour autant verser dans l’invraisemblance totale : les prouesses restent physiquement raisonnables. Cette philosophie de la mise en scène culmine dans le combat final au cours duquel cinq combattants, séparés en trois camps, s'affrontent pour un résultat saisissant. La caméra épouse les mouvements pour en accentuer le dynamisme ou, dans des moments plus statiques, place le spectateur au cœur de l'action. Time and Tide vient alors à l’esprit, même si le cinéaste japonais ne possède pas le génie visuel de Tsui Hark.

Les combats frappent par leur brutalité et leur physicalité : les combattants chutent, s’écrasent, se fracassent. Dans plusieurs séquences, Wang Wei attaque même ses ennemis à coups de marteau. Un des enjeux de la mise en scène consiste à faire éprouver aux spectateurs la force des coups que s'assènent les adversaires et à les convaincre que rien n'est du chiqué. Le cinéaste y parvient en conjuguant une violence crue à l'écran et sa traduction acoustique, effets sonores ou fracas des éléments du décors détruits ou renversés. Les combats restent pourtant très lisibles. A rebours de la tendance actuelle consistant à multiplier les coupes, le cinéaste privilégie les plans larges et tenus dans la durée, du moins au regard des standards du genre.

La distribution très internationale apporte dans ses bagages des styles d'arts martiaux différents (judo, kung-fu, pencak silat...), dont le mélange contribue à l'inventivité des bastons. Xie Miao, qui interprète le père, assure le spectacle et pas seulement côté castagne : rayon course à pied, Tom Cruise a trouvé en lui un adversaire à sa mesure. Le charismatique Joe Taslim, dans le rôle de son comparse, n'est pas en reste, et les seconds rôles se montrent aussi affutés. Parmi les méchants, on retrouve Yayan Ruhian, l'inoubliable Mad Dog de The Raid, qui a parfois des airs de fantôme revenu des enfers. Et il y a Hà, campé par Brian Le, un profil rare depuis Sammo Hung : un costaud, aussi impressionnant que souple, qui impose une menace bien physique.

La musique est assez réussie en soi, mais elle demeure plaquée sur l’image, sans véritablement dialoguer avec la chorégraphie. Je me suis alors fait cette réflexion - référence écrasante pour n'importe quel cinéaste, j’en conviens - que si Stanley Kubrick avait voulu faire un film de kung-fu, il aurait forcément calé les combats sur la musique. Faire avec les combats ce que Baby Driver a fait avec les poursuites en voiture : voilà une piste que le cinéma d'arts martiaux gagnerait à explorer.

The Furious est disponible en édition collector limitée 4K Ultra HD + Blu-ray (collection HK Vidéo) chez Metropolitan depuis le 23 octobre 2026.

Kizushii, le vendredi 30 octobre 2026
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