Vivre et chanter

Zhao Li dirige une troupe d’opéra du Sichuan qui vit et se produit dans un théâtre délabré de la périphérie de Chengdu. Elle reçoit un avis de démolition, mais préfère le passer sous silence de peur d’assister à l’entropie de sa troupe. Déjà qu’elle s’inquiète de la volonté d’émancipation de la jeune actrice, Dan Dan, star du spectacle, qui souhaite aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte... Zhao Li part à la recherche d’un nouvel endroit où elle pourrait installer ses comédiens. Les obstacles sont nombreux (bureaucratie, prix élevé des locations…) et elle commence à voir apparaître dans la vie réelle des personnages d’opéra...

Le grand vent de la modernisation représente un péril mortel pour une tradition culturelle déjà fragilisée. Dans Vivre et chanter, l’opéra est passé de mode, ainsi qu’en témoigne la salle uniquement remplie de spectateurs âgés.

Les godets des engins de démolition éventrant des maisons en brique sont filmés au ralenti. Version moderne de l’épée de Damoclès, dont les bruits résonnent dans le quartier promis à la destruction. Malgré leurs griffes menaçantes, rarement engins mécaniques auront été filmés avec autant de poésie. Ces images rappellent le ballet des camions américains du Convoi de Sam Peckinpah, roulant sur une route sinueuse et sablonneuse sur un fond de musique classique.

Ayant consacrée toute sa vie à cet art, Zhao Li se lance dans la bataille avec toute son énergie. Elle se bat sur de multiples fronts : empêcher la destruction annoncée de leur théâtre et freiner les velléités de départ de membres de la troupe, jeunes et anciens, qui veulent mieux gagner leur vie, même s’il faut pour cela assurer l’ambiance dans les restaurants.

De la même manière qu’il mélangeait thriller et documentaire dans Old Stone, Johnny Ma n’hésite pas ici à faire appel à des scènes oniriques – illustrant la situation mentale de Zhao Li - tout en maintenant en parallèle une vérité documentaire. Le départ de l’une des actrices offre ainsi une scène où l’émotion sincère des personnes présente m’a fait vibrer.

Le cinéaste chinois a travaillé avec une véritable troupe, qui a connu les affres décrits dans le film. Il les filme vivant leur art : dormant, mangeant dans le théâtre, partageant les bons et les mauvais moments.

Cette troupe qui bat de l’aile car elle peine à attirer des spectateurs rappelle celle d’Herbes flottantes de Yasujirō Ozu.

Je regrette que, comme fréquemment dans les films, les chansons des extraits des pièces de théâtre montrés ici ne soient pas traduites. Nous ne saurons pas si elles apportent un éclairage supplémentaire sur le film.

Kizushii | 2.12.2019 | Chine

Vivre et chanter est sorti sur les écrans français le 22 novembre 2019.

aka To Live to Sing - 活着唱着 - Huózhe chàngzhe | Chine | 2019 | Un film de Johnny Ma | Avec Avec Zhao Xiaoli, Gan Guidan, Yan Xihu, Yan Huanghe, Deng Xiurong, Liu Min, Li Tangrong, Su Guangjin, Gao Chenggen, Wan Minghua, Wang Sanyun, Zhao Hongqiong, Zhao Guoxiang
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