KT

Thriller politique alambiqué sur fond de tensions internationales...

1973. Tôkyô. Kim Dae-Jung [1], coréen dissident au régime militariste de Park Chung-Hee [2]., se rend secrètement au Japon afin d’y développer ses activités anti-gouvernementales et d’y recueillir des fonds... Le 8 août, il est victime d’un enlèvement commandité par la KCIA [3] et le gouvernement coréen. Le Jieitai, force d’autodéfense du Japon, serait mêlé à ce kidnapping, tout comme les Etats-Unis...

Dense et brillant. Ce sont sans aucun doute les deux adjectifs qui qualifient le mieux KT, onzième et avant-dernier long-métrage réalisé par le génial Junji Sakamoto, maître d’œuvre de films aussi réussis qu’éclectiques, du combatif Dotsuitarunen à la fable enfantine et nostalgique Bokunchi, en passant par le nihiliste Tokarev ou le magnifiquement désenchanté Kizudarake no Tenshi... Adaptation du roman Rachi, écrit par Eisuke Nakazono, KT est tiré de faits réels mettant en scène les relations nippo-coréennes au début des années soixante-dix, dans un climat social et politique tendu entre les gouvernements des deux pays...

...au lendemain de la tentative tragique du coup d’état de Yukio Mishima qui plongea le monde dans la stupéfaction générale, le climat politique japonais s’est alourdi. Masuo Tomita, membre des forces d’autodéfense nippone et adepte des idées de l’écrivain-nationaliste, se retrouve être un pion au milieu d’un complot politique complexe, dont la trame prend ses fondements dans un contexte géopolitique instable prêt à exploser à tout moment... Face à Tomita, un journaliste d’investigation dur en négoces, Kamikawa, seul habilité à rencontrer Kim Dae-Jung avant son enlèvement - qu’il révèlera dans un article avant qu’il n’ait lieu, compliquant ainsi la tâche aux protagonistes impliqués...

S’il est indéniable qu’une prise en compte de la situation politique internationale - et plus particulièrement entre le Japon et la Corée - est nécessaire pour la bonne appréhension et compréhension de KT, Sakamoto y pose une question en filigrane ; l’intérêt d’un homme peut-il passer avant celui de son pays ?... les relations précaires entre les deux pays aidant, la réponse n’est pas aisée... Cette question hasardeuse est matérialisée par un homme : Kim Chang-Won, agent de la KCIA en lutte contre ses peurs, obéit non pas par devoir, mais par crainte de voir sa famille exécutée... Ou lorsque l’avenir politique d’un pays dépend d’ "un seul homme".

En dehors des connexions politiques entre le pays du soleil levant et celui du matin calme, KT traite également - peut-être même surtout ! - des relations entre japonais d’origine coréennes, coréens et japonais... pas évident de ne pas tomber dans certains aspects de la société s’apparentant à des clichés, malheureusement bien réels. Sakamoto s’attarde sur les questions que se pose cette jeunesse japonaise, née de parents coréens. Kim Kab-Soo fait partie des ces jeunes qui vivent au Japon depuis leur naissance, ne parlent pas un mot de coréen, n’ont jamais vu leur "pays" d’origine, mais sont victimes d’un racisme virulent... En quête d’identité, Kab-Soo stigmatise à lui seul tout un pan de cette population rejetée, qui ne comprend pas la discrimination dont elle fait l’objet... Un racisme vécu au quotidien dont il est la proie, mais également le témoin par le biais de sa mère, coréenne farouchement opposé aux nippons...

Pour cette onéreuse production nippon-coréenne, Junji Sakamoto s’est alloué les services d’acteurs au talent assuré ; de l’excellent Koichi Sato qui prête ses traits à Tomita, habitué de Sakamoto (Tokarev, Kao, Shin Jinginaki Tatakai) vu dans plus d’une quarantaine de films, de Manon (Yoichi Higashi /1981) au récent remake de Makai Tensho (Hideyuki Hirayama /2003), en passant par Gonin (Takashi Ishii /1995) et Lie Lie Lie (Shun Nakahara /1997)... A ses côtés, l’acteur coréen Kim Gap-Su, vu quant à lui dans Their Last Love Affair (Lee Myeong-Se /1996), Segimal (A Century’s End - Song Neung-Han /1999) ou encore dans le très beau Bungee Jumping of Their Own (Kim Dae-Seung /2000). Egalement à l’affiche, l’incommensurable Yoshio Harada (Ryoma Ansatsu, Kimi yo Funme no Kawa o Watare), mais également Michitaka Tsutsui (Kira Kira Hikaru, Shikoku), Akira Emoto (Revolver, Kanzo Sensei), Ken Mitsuishi (Helpless, Chaos) ou encore Kyôko Enami (Urusai Imôtotachi, Onna Tobakushi), sans oublier le grand comédien de théâtre Choi Il-Hwa...

Avec KT, Sakamoto prouve une fois de plus son talent dans l’éclectisme cinématographique. La barrière entre la réalité et la fiction est mince dans ce thriller particulièrement impressionnant... La situation géopolitique d’une délicatesse extrême, des relations internationales sous le joug des Etats-Unis - les américains tirant de manière tacite les ficelles... Junji Sakamoto stigmatise ce maelström politique d’une densité rare en signant un film brillant et maîtrisé, qui tient tout autant de l’étude de la société humaine. Lent, consistant, éprouvant et sans concession, KT assène le spectateur d’un plan final implicite et cruel...

Kuro | 6.05.2003 | Japon

DVD (Japon - pas vu) | Buena Vista Home Entertainment | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Son : 5.1

Suppléments : Trailers, TV Spots, making of...

Ce DVD contient des sous-titres japonais et coréens amovibles.

DVD (Corée) | InterMidea | NTSC | All Zone | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Un pressage exemplaire qui rend hommage à l’image très travaillée de Norimichi Kasamatsu.
Son : 3 pistes au choix, DTS, 5.1 et Surround... des basses puissantes dans un ensemble excellent.

Suppléments : Hormis les scènes coupées couplées au film, c’est à un deuxième disque auquel nous avons droit. Il contient 43 minutes de making of, trailers, interviews, galerie de photos...

Ce DVD comporte des sous-titres anglais, coréens et japonais amovibles.

La musique du film composée par l’excellent Tomoyasu Hotei est disponible en CD. (réf. TOCT-24810).

[1L’actuel président de Corée du Sud, depuis 1998.

[2Park Chung-Hee sera assassiné par le directeur de la KCIA en 1979

[3Korean Central Intelligence Agency.

aka K.T. - Killing The Target | Japon | 2002 | Un film de Junji Sakamoto | D’après le roman Rachi écrit par Eisuke Nakazono | Avec Koichi Sato, Kim Gap-Su, Yoshio Harada, Choi Il-Hwa, Michitaka Tsutsui, Kim Byeong-Se, Riju Go, Yang Eun-Yong, Akira Emoto, Ken Mitsuishi, Nana Nakamoto, Akaji Maro, Hirochi Oguchi, Teruyuki Kagawa, Kyôko Enami
Désirs volés
The Bodyguard
Antiporno
Dernier train pour Busan
Hôtel Singapura
Les Garçons de Fengkuei
Messengers
The Sniper
L’Arc
Afternoon Overheat
Numéro 9
Ninja 3, la domination
Beastie Boys
Oira Sukeban
Himalaya
Mother of Tears
Les héritiers de Shaolin
Lost Paradise
Dark Forest
Kangokujoi
Niki Larson
Running Out of Time 2
Sex is no laughing matter
Orgies Sadiques de l’Ère Edo
Horoscope 1 : The Voice From Hell
The Moss
Lilya 4-ever
The Ring
Shaun of the Dead
Sin City