Aoi Haru

Désillusions d’une jeunesse perdue...

Asahi, un lycée dans lequel des profs démissionnaires subissent une violence quotidienne... Pour y être respecté et en devenir le caïd, les élèves de l’établissement jouent à un petit jeu dangereux dont la règle est assez simple ; sur le toit, se mettre au-dessus du vide en ne se retenant qu’à une barrière vétuste, puis frapper dans ses mains le plus de fois possible en se rattrapant au dernier moment. Mais chaque souverain de cette micro-société a fort à faire pour garder ce convoité domaine sien. Aujourd’hui, c’est Kujô qui bat le nouveau record, en totalisant un nombre de huit applaudissements...

Toshiaki Toyoda, ex-jeune prodige de Shôgi (jeu d’échec nippon), se lance dans l’industrie cinématographique en 1991, en écrivant le scénario du film Ôte pour l’excellent Junji Sakamoto (Orokamono). Cinq ans plus tard, il signe le script d’un autre film réalisé par Sakamoto, Biriken. 1998 marque ses débuts derrière la caméra avec le film Pornostar... Puis, Toyoda réalise un documentaire, Unchain (tourné sur une période de cinq ans), dans lequel il narre le parcours de quatre boxeurs, leur espoirs et leurs désillusions. 2001, Toyoda choisi d’adapter un manga de Tayou Matsumoto (Ping Pong [1]), Aoi Haru...

...lorsqu’il devient le nouvel élève "respecté" d’Asahi, Kujô devient quasi-instantanément l’homme à abattre, et les querelles avec et entre les prétendants au pouvoir vont rapidement devenir légion. Kujô doit se faire respecter, qu’il le veuille ou non, et il vient de mettre le pied dans un engrenage de violence sans fin... Dans ce maelström de violence, Kujô a un ami : Aoki. Aoki admire Kujô, et Kujô aime son ami. Mais que veulent-ils faire de leurs vies ? Ont-ils des rêves ? ...errer dans les couloirs du lycée, dormir, discuter, manger pendant les cours, ne pas travailler, se battre, l’absence d’une quelconque vie familiale... Que veulent ces jeunes en proie à un ennuie inqualifiable, déjà las d’une vie qu’ils n’imaginent même plus ?...

..."les gens qui savent ce qu’ils veulent me font peur..." ; cette phrase prononcée par Kujô, édifiante, en dit long sur l’état d’esprit de ces jeunes, acculés, constamment sous pression, qui doivent réussir sous peine d’être des exclus toute leur vie, et ce dès leur plus jeune âge. Pour Kujô, Asahi est un paradis sur Terre, et il est le garant d’un certain "respect" de cet endroit, qui passe pourtant uniquement par la violence. Kujô est l’élément sur lequel comptent ses camarades de classe, mais également son seul véritable ami, Aoki... Mais la réalité rattrape vite ces jeunes égarés, et alors que le temps passe, un futur doit obligatoirement se dessiner à eux, qu’ils le veuillent ou non...

...la prise de conscience, réelle ou non, que Kujô va sembler adopter, va faire s’écrouler le Monde qui l’entoure. Son accession au pouvoir éveille les convoitises, et va devenir le vecteur déclenchant de mini tempêtes dans les cerveaux de ses "amis" ; que faire ? ....rester un vassal toute sa vie ? Tenter la prise de pouvoir par la force ? Grandir et s’éloigner ? ...les désillusions de cette jeunesses sont telles, qu’aucun ne semble parvenir à trouver le bon chemin... Une jeunesse perdue dans un négativisme sans fin. Assassiner, devenir yakuza, s’enfermer dans la folie et la violence... Nous assistons, impuissants, aux rêves brisés ("mon rêve était d’être pilote", "je voulais atteindre le niveau national avec mon équipe de baseball"...) d’une poignée de jeunes arrivés au crépuscules de leurs vies, alors que l’aube semblait poindre...

..."ne regrette pas ta jeunesse... perdant" Out !

C’est Ryuhei Matsuda que Toshiaki Toyoda a choisi pour porter son film... Deux ans après ses débuts dans le très beau Gohatto (Nagisa Oshima), Ryuhei, fils de l’immense Yûsaku Matsuda (cf. mini dossier) et de la comédienne/écrivain Miyuki Matsuda (Elephant Song), prouve tout son talent d’acteur en incarnant avec force et sensibilité le jeune Kujô. A ses côtés, une cohorte de jeunes acteurs talentueux, dont Hirofumi Arai (Go) qui compose ici un Aoki effrayant et émouvant...

Si tu es heureux et que tu le sais, frappe dans tes mains.

...film d’une puissance graphique inouïe, Aoi Haru est un poème désenchanté, une œuvre lyrique et douloureuse, sans retour... Magnifique et cruelle.

Kuro | 14.12.2003 | Japon

Aoi Haru est sorti sur les écrans japonais le 29/06/2002.

DVD (Japon pas vu) | KSS Films | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

DVD (HK) | Winson Entertainment | NTSC | Zone 3 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Un pressage anamorphique réussi ! | Son : Un excellent 5.1 !

Suppléments : le trailer... et c’est tout !

Ce DVD comporte des sous-titres optionnels chinois, chinois simplifié et anglais.

[1cf. article Ping Pong

aka Blue Spring | Japon | 2001 | Un film de Toshiaki Toyoda | D’après le manga Aoi Haru de Tayou Matsumoto | Avec Ryuhei Matsuda, Hirofumi Arai, Sousuke Takaoka, Yusuke Oshiba, Yuta Yamazaki, Shûgo Oshinari, Kyôko Koizumi, Mame Yamada, Eita, Takashi Tsukamoto, Onimaru, Kee
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