Bending the Rules

Une troupe d’étudiants iraniens fait ses dernières répétitions afin de partir à l’étranger pour participer à un festival de théâtre. S’ils ont quasiment tous menti à leurs parents pour pouvoir quitter l’Iran, Shéhérazade a préféré révéler la vérité à son père à qui elle ne cache rien. Mais cette rectitude n’est pas récompensée, il se refuse absolument à la laisser partir et lui a confisqué son passeport pour l’empêcher de quitter le pays. L’affrontement entre le père et la fille dégénère et celle-ci disparaît. Son père menace la troupe de la dénoncer si Shéhérazade ne rentre pas à la maison. Cette menace provoque des tensions entre les différents membres du groupe : doit-on rester fidèle à son amie et risquer de compromettre ce voyage si important ou céder au chantage du père ?

Si une troupe de théâtre se trouve au centre de ce film, celui-ci n’est ni adapté d’une pièce, ni du théâtre filmé. Pour autant, Bending the Rules puise ses qualités dans cet art. L’action se déroule dans un nombre de lieux (décors) limité [1], principalement la maison où ils répètent, et le metteur en scène et scénariste Behnam Behzadi filme en longs plans séquences. L’expérience du spectateur s’approche ainsi de celle d’une représentation au théâtre. Le rideau qui tombe traditionnellement à la fin d’une pièce est remplacé par un écran qui passe peu à peu au noir.

Behnam Behzadi parvient à faire traverser son film par une tension rarement vue à l’écran pour ce type de sujet. Créer de la tension dans un film via la musique et/ou le montage est relativement facile, mais nous sortons alors du cadre du cinéma pour rentrer dans celui de la physiologie. Il n’en est pas du tout question dans ce film. Elle nait ici de la performance des acteurs, résultat de leur travail collectif avec le metteur en scène.

Au-delà de l’évidente fracture générationnelle dépeinte – seuls les parents d’une des protagonistes sont au courant de la réalité du projet et l’appuient - il est tentant d’attribuer à Bending the Rules un caractère plus allégorique. Au centre du film se trouve la figure emblématique du père qui donne la parole à sa fille sans pour autant lui donner voix au chapitre. Son comportement peut se rapprocher de celui du pouvoir iranien en 2009 lorsqu’il laisse le peuple s’exprimer via des élections pour ensuite lui confisquer sa parole lorsque sa décision - celle d’élire le modéré Hussain Moussavi [2] - ne lui convient pas.

Dans l’échantillon de films iraniens qu’il m’a été donné l’occasion de voir récemment, les réalisateurs décrivent généralement une jeunesse issue de milieux favorisés. Dans Bending the Rules le père de l’une des étudiantes possède ainsi un 4X4 BMW. Je me demande qu’elle serait la vision du pays donnée par une tranche de la population plus pauvre.

Bending the Rules a été présenté lors de l’édition 2013 du Festival des 3 Continents (Nantes), en compétition officielle, où il a remporté le prix du public.
Remerciements à l’équipe des 3 Continents.

[1Sans doute pour des raisons pratiques de tournage.

[2Toujours en résidence surveillée.

aka قاعده‌ی تصادف | Iran | 2013 | Un film de Behnam Behzadi | Avec Amir Jafari, Ashkan Khatibi, Mehrdad Sedighian, Baharan Bani Ahmadi, Neda Jebraeeli, Martin Shamoonpour, Roshanak Gerami, Mohammad-Reza Ghaffari, Elaheh Hesari, Soroosh Sehhat, Omid Roohani
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