Combat sans code d’honneur

La fraternité entre yakuza en prend un sacré (Fukasa)coup...

Dans le chaos qui suivit la seconde guerre mondiale, le fameux code d’honneur des yakuza a vite laissé place à une véritable bataille rangée ne laissant survivre que les plus forts... des lâches.

C’est désormais une chose acquise, Fukasaku a révolutionné le cinéma japonais contemporain en renvoyant une image bien peu reluisante du monde des yakuza, d’habitude portés aux nues par bon nombre de ses collègues cinéastes, et ce n’est certainement pas avec ce premier volet des Jingi Naki Tatakai que le fou furieux aujourd’hui septuagénaire à peine assagi, allait changer son fusil d’épaule... Dans cette introduction d’une saga cinématographique aujourd’hui mythique, Fukasaku dépeint la vie des yakuza dans le Japon ravagé d’après guerre, époque où le pays était en proie à ses peurs et ses faiblesses économiques ; un lieu propice à l’organisation de bandes de criminels organisées.

En traitant son sujet de manière réaliste, Fukasaku va mettre à mal la vision héroïque, limite image d’Epinal, qu’en a alors le public nippon - friand d’histoires mettant en scène le yakuza romantique et valeureux ; il décide donc de montrer la lâcheté des chefs mafieux, qui n’hésitent pas à se cacher derrière ce fameux "code d’honneur" qui n’a d’honorable que le nom, en se servant de leurs hommes de mains... et c’est justement à l’un d’entre eux que Fukasaku va s’intéresser ici. Un yakuza "de base", interprété par l’excellent Bunta Sugawara (Taiyô wo Nusuda Otoko), qui campe ici un personnage taciturne, ancien soldat démobilisé prêt à tout pour ses nouveaux patrons... tout du moins dans un premier temps. Ici aucun courage ; tout se règle à l’arme à feu, si possible de loin. C’est la peur qui est le véritable moteur de ces hommes que la mort effraie... et là est le principal attrait de Jingi Naki Tatakai ; les yakuza sont des gangsters et rien d’autre. Même si Fukasaku aime son personnage principal, on sent bien en lui le désire de montrer que ces hommes ne sont ni plus ni moins que des malfrats prêts à n’importe quoi pour un peu de pouvoir (très souvent éphémère), mais à n’importe quoi dans une certaine mesure. Des hommes qui se lamentent comme des enfants apeurés, voilà ce qui ressort de ce film coup de poing, brut et sans la moindre concession.

Revenons justement sur le yakuza en bas de l’échelle joué par Sugawara ; seul personnage véritablement intéressant, son arrivée dans le monde de la mafia est due au hasard. Alors qu’il est incarcéré pour le meurtre d’un homme, il se retrouve dans la même cellule qu’un parrain local. Les deux hommes "sympathisent", après que Sugawara lui ait promis de l’aider à s’échapper. Ils s’échangent leur sang... la cérémonie ne dure pas plus longtemps qu’un suçon mutuel et notre homme est intronisé yakuza. Dès ce moment, il entre de plein pied au sein d’une "famille" à laquelle il jure fidélité et il offrira sa vie s’il le faut...

Si Kinji Fukasaku a situé l’action de son film à Hiroshima, ce n’est certainement pas un hasard ; à l’image de la ville dévastée, les hommes sont cassés, faibles, et c’est dans ce climat d’insécurité renforcé par l’omniprésence américaine (cf. article Nikutai no Mon / Gate of Flesh) que les anti-héros de Jingi Naki Tatakai vont sombrer dans ce monde d’où ils ne pourront sortir qu’une fois mort. "Combat sans code d’honneur" signifie beaucoup ; outre le manque d’honneur, justement, des dirigeants mafieux, cet honneur soit-disant si cher aux yakuza semble bien désuet, à l’image de cette séquence où Sugawara, dont le chef est victime d’un affront, s’emporte... Contraint de présenter ses excuses au grand parrain, il décide de se couper le petit doigt. N’ayant jamais "pratiqué", c’est une prostituée qui lui explique comment s’y prendre... Scène "drôle" et à la fois symptomatique d’un désespoir forçant des adultes à se comporter tels des enfants turbulents devant recevoir une punition. Les images sont douloureuses, et Fukasaku insiste puissamment sur le côté ridicule de la chose en faisant dire au grand parrain "ce n’était pas nécessaire, ce ne sont que des enfantillages"... C’est certainement à ce moment du film que le personnage campé par Sugawara a sa première prise de conscience, pas la dernière, (mal)heureusement pour lui...

Avec Jingi... Fukasaku transgresse l’une des règles cinématographiques nippones élémentaires en place depuis des décennies ; rendre le yakuza humain, dans le sens imparfait. Cet adieu au mythe, cet homicide cinématographique en bonne et due forme se révèlera être une réussite, et fera entrer le cinéma japonais dans une nouvelle ère, à l’image de cet homme qui au début du film se retrouve entouré par des hommes armés, lui qui n’a qu’un sabre pour se défendre ; il sera abattu sans le moindre état d’âme... Le yakuza héroïque disparaissait au détriment du malfrat opportuniste...

PS : Pour en savoir un peu plus sur les yakuza à travers le XXème siècle (voir photos ci-contre), je vous conseille l’excellent livre de Junichi Saga, Confessions of a Yakuza (Asakusa Bakuto Ichidai) chez Kodansha.

Kuro | 21.03.2002 | Japon

DVD | Toei Video | Copie anamorphique [2:35] - mono. | Sans sous-titres.

Les cinq épisodes de Jingi Naki Tatakai sont tous disponibles en DVD (Toei Video).

aka Jingi Naki Tatakai - Battles Without Honour and Humanity | Japon | 1973 | Un film de Kinji Fukasaku | Avec Bunta Sugawara, Hiroki Matsukata, Nobuo Kaneko, Tatsuo Umemiya, Kunie Tanaka, Hideo Murota
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