Marronnier

Dawn of the Dolls...

Marino est une jeune fille comme tant d’autres ; elle aime sortir avec ses copines, chanter dans les karaoke, gonfler ses joues en signe de mécontentement, se brosser les dents, mais ce qu’elle adore par-dessus tout, c’est de rester béate d’admiration devant sa poupée Marronnier. Mais ce que Marino ne sait pas, c’est que son étrange poupée est l’œuvre d’un savant fou qui a inventé une machine transformant les humains en cire... son procédé est assez simple, puisque le vil homme découpe ses victimes en morceaux, avant de les transformer en poupées et de les vendre à de jeunes filles en fleur adeptes de ces étranges jouets très "in"... Si la déraison du créateur dingo n’est plus à prouver, l’état psychiatrique de son assistant Numai est quant à lui bien pire ; le jeune homme, frustré patenté, ne cesse de poursuivre la pauvre Marino depuis le collège, mais la jeune fille a toujours refusé ses lourdes avances, même lorsque celui-ci se "brosse les dents" devant elle (il aura vraiment tout essayé !)... Blessé au plus profond de son âme, Numai kidnappe Marino. Son dessein est on ne peut plus simple, puisqu’il se résume à faire de la jeune femme son jouet... Alors qu’il est sur le point de réaliser ce projet machiavélique, les poupées se mettent à vivre et commencent à massacrer tout ceux qui se trouve sur leur passage...

...je ne sais pas si le 28 décembre 1895, les frères Lumière avaient imaginé que cent sept ans plus tard, un film tel que Marronnier verrait le jour... non, certainement pas ! Alors par où commencer ? Hideyuki Kobayashi, sorte d’Orson Welles nippon, décide donc de tout faire lui-même ; ainsi, le jeune homme à la coupe de footballeur allemand très 80’s a-t-il réalisé, filmé, écrit, monté, produit (via sa propre boîte de prod, Koganemushi) composé la musique ou encore joué dans son œuvre... Tourné en vidéo, post-synchronisé avec le cul, Marronnier s’est vu distribué confidentiellement en salles, et a parcouru quelques festivals à travers la planète -oui, oui, la planète Terre !- tel le New-York Asian Film Festival... Kobayashi est quand même un mec mortel, puisqu’en plus de ses multiples talents cinématographiques -on peut parler de véritable don -, il est créateur de marionnettes et de spectacles qui mêlent musique (composées et jouées par lui-même) et monstres féeriques (animés par lui-même)... bref, comme le disait un petit garçon au sous pull orange et à la coupe au bol quand j’étais petit : "le génie ?! ça ne s’explique pas ! [1]"... d’ailleurs, à propos de poupées, sachez que si Kobayashi les a sculptées, leur design est quant à lui l’œuvre de Junji Itô, mangaka célèbre (Tomie) qui a même droit à une cameo...

...expérience visuelle troublante, voire radicale, Marronnier est au film d’horreur ce que Jean-Louis Costes est à la Star Academy ; un truc que l’on n’imagine pas qui puisse exister jusqu’à ce qu’on le découvre, non sans une certaine appréhension, qui se transforme en un bonheur indicible et en une certitude d’assister à quelque chose de radicalement "différent". Ok Marronnier est cheap... mais également tellement sincère ! Kobayashi croit en son projet, et peu importe les moyens dont il dispose, il nous fait partager sa vision du film d’horreur, entre cauchemar et féerie, d’une manière certes proche de l’amateurisme, mais sans détour aucun, animé par une passion qui semble inépuisable...

...en découvrant Marronnier, des images du freudien Dolls (Les Poupées /1987) de l’excellent Stuart Gordon me revenaient en vrac ; mais hormis le lien de parenté entre les deux films qui semble d’une évidente évidence, la comparaison s’arrête là ! Marronnier, objet filmique non identifié, grand-guignolesque à souhait, fait plaisir à voir tant le pari audacieux de son créateur semble aujourd’hui voué à l’échec ; production plus indépendante que celle-ci tu meurs ! et bien malgré tout, Marronnier commence à se faire une petite réputation grâce au web, et au bouche à oreille des quelques chanceux l’ayant découvert, au cinéma lors d’un festival ou en vidéo...

Marronnier est donc un film d’une bizarrerie qui frôle l’excès, mais surtout infiniment jouissif et totalement indéfinissable ; ce doll horror movie comme l’indiquent les flyers promotionnels, est à la fois très bis, très Z, très bueno, vraiment captivant, cheap, gore, poétique, mortellement drôle, dérangeant, avec son lot d’amputations à gogo, de décapitations à coups de pelle, d’arrachages d’yeux, j’en passe et des meilleurs, doté d’un fétichisme morbide latent, d’une partition à frémir, et d’une réalisation qui emprunte ouvertement aux manga (le film se compose de saynètes, pour ne pas dire de chapitres), Marronnier c’est super mortel le bonheur, le Bonheur avec un B majuscule tellement c’est le bonheur du bonheur de la bonheur attitude exacerbée, bref, en matière de film d’horreur bis venant du pays du soleil levant, c’est la crème de la crème... de marron.

Note : c’est l’excellente et infiniment talentueuse jeune mangaka Misao Inagaki (Shitai Shori Ukeoinin Amane, Ring) qui interprète Mitsuba, l’amie de Marino, avec charme et mystère.

Kuro | 15.11.2004 | Japon

DVD-R (Japon) | Scarabee | NTSC - All Zone | Format : 1:1:33 - 4/3 | Images : Bonnes dans l’ensemble, surtout si l’on considère l’aspect artisanal du DVD. | Son : Excellent Surround. | Suppléments : Trailer du film ainsi que le press kit en images.

Ce DVD-R ne contient pas le moindre sous-titre.

Site officiel : http://www32.ocn.ne.jp/~ultra_p/marronnier.html

[1© Spirograph de MB.

aka Maronie | Japon | 2002 /2004 | Un film de Hideyuki Kobayashi | Avec Mayu, Misao Inagaki, Miyako Koga, Hime, Hideyuki Kobayashi, Junji Itô
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