Non-Fiction Diary

La perspective d’un documentaire sur la place de la violence dans la société coréenne m’avait semblé particulièrement intéressante. Dès la première fois où j’ai entendu parler de la Corée, le pays était associé à la violence. A la fin des années 80 ou au début des années 90, le journal de 20 heures montrait des images d’affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants, et, à mon étonnement, ces derniers étaient particulièrement remontés lorsqu’ils chargeaient les premiers. Par la suite, les films coréens m’ont aussi souvent frappé par leur violence, mais pas de la même façon que dans les films américains. Elle me semblait très prégnante dans le tissu social coréen. J’espérais donc confirmation ou infirmation de mes impressions.

Le point de départ de ce documentaire est une série de meurtres commis en 1993 par un clan originaire d’une campagne pauvre, dont l’unique motif était de s’enrichir. Ce fait divers fit scandale puisque le pays n’avait jamais connu de tels crimes. Aucun des perpétrateurs n’a fait preuve de remords, bien au contraire. Ces évènements interviennent à un moment charnière de l’histoire du pays, en pleine transition démocratique avec la première élection d’un président civil, depuis 1961, Kim Young-sam. Le Pays du matin calme vit aussi une mutation économique, avec la libéralisation de son économie. Le réalisateur fait revivre cette période en interrogeant les policiers qui ont arrêté les meurtriers, des membres de l’institution pénitentiaire en contact avec le gang, mais aussi en diffusant des extraits d’émissions TV et d’actualités, afin de donner une idée de l’atmosphère qui régnait dans le pays.

Le documentariste lie sans ambiguïté les meurtres avec les profonds changements économiques qui touchent son pays pendant cette époque. Dans son introduction, il évoque « l’apogée » du capitalisme, tout en montrant à l’écran le crâne de l’une des victimes tuées et incinérées par le gang. Ces meurtres sont plus tard associés à deux tragédies qui ont aussi défrayé la chronique en Corée à cette époque, les effondrements du pont de Seongsu et du magasin Sampoong [1]. Deux catastrophes qu’il explique par le non-respect des normes en raison de l’appât du gain.

Cette explication est à mes yeux trop réductrice, étant données les transformations profondes et rapides au niveau social, politique et économique subies par le pays. Une société ne traverse pas des changements aussi brutaux sans que cela ne génère des comportements aberrants. Mais ont-il seulement une seule cause ?

Le réalisateur évoque cependant une autre piste intéressante, sans essayer de l’approfondir. Un des intervenants explique que la région natale des tueurs a été à plusieurs reprises, dans l’histoire de la Corée, une zone de fracture. Elle a été le théâtre d’importantes persécutions contre les Chrétiens, et l’activité partisane pendant la guerre civile était particulièrement importante en raison des écarts de richesse, déjà, existants entre les différents villages.

Non-Fiction Diary pèche également par une absence de cohérence d’ensemble. A trop vouloir étreindre, Jung Yoon-suk mal embrasse. Pourquoi ainsi nous parler de la religion choisie par les membres du gang lorsqu’ils sont emprisonnés ?

Le réalisateur devient plus pertinent à la fin du documentaire, lorsqu’il s’interroge sur l’équité de la justice dans son pays à la même époque. Condamnés à mort, les membres du gang sont exécutés plus rapidement qu’à l’ordinaire, avec la bénédiction du président, tandis qu’au même moment celui-ci gracie les responsables de massacres pendant la dictature, dont celui de Gwangju.

Non-Fiction Diary a été projeté lors de l’édition 2014 du Festival du Film Coréen à Paris (FFCP).
Remerciement à l’équipe du festival, notamment à Marion Delmas.

[1Catastrophe dont Park Chan-wook s’est inspiré pour son court métrage Judgement, qui a fait 502 victimes.

aka 논픽션 다이어리 | Corée | 2014 | Un film de Jung Yoon-suk
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